"Il y a assez d'histoires en F1 pour ne pas en inventer"

Frédéric Vasseur est à la tête de l'écurie Alfa Romeo, basée en Suisse. Rencontre avec le Français qui n'a pas la langue dans sa poche.

Valtteri Bottas au volant de l'Alfa Romeo C42 développée à Hinwil, près de Zürich. © KEYSTONE

L'écurie Alfa Romeo, contrairement à sa monoplace, fait peu de bruit. Discrète, celle qui portait le nom de Sauber jusqu'en 2019 se reconstruit sous la houlette de Frédéric Vasseur. Le Français de 54 ans est arrivé à Hinwil en 2017. Il incarne le renouveau d'Alfa Romeo. Et son travail commence à payer.

L'équipe occupe actuellement la sixième place du classement des constructeurs avec encore quatre Grands Prix à disputer. Si elle parvenait à rester à cette position, elle signerait son meilleur résultat depuis l'arrivée de Frédéric Vasseur. Rencontré à Hinwil dans les locaux de l'usine Sauber, l'ancien ingénieur est optimiste: "c'est serré. Il y a encore beaucoup de points à attribuer, mais j'ai quand même l'impression qu'on a fait un gros pas en avant cette année".

Les pilotes Valterri Bottas et Guanyu Zhou ont donc quatre courses - aux États-Unis, au Mexique, au Brésil et à Abu Dhabi - pour sécuriser cette sixième position. Frédéric Vasseur s'attend à des rebondissements: "Quand on arrive à la fin de la saison, il y a toujours des courses un peu particulières. Il y a les pilotes qui n'ont plus rien à gagner et qui se lâchent parce qu'ils n'ont plus peur de prendre des risques". Tout le contraire d'Alfa Romeo, qui n'a que six points d'avance sur Aston Martin. "On se surveille. On ne veut pas faire le show. Maintenir cette position, c'est important pour l'avenir de l'équipe".

L'effet Netflix

La mine de Frédéric Vasseur est moins inquiète que par le passé. Depuis quelque temps déjà, son écurie est sur la bonne voie. Elle profite notamment du plafond budgétaire qui a été instauré en 2021. Une révolution qui permet aux petits de lutter avec les grands comme Red Bull, Mercedes et Ferrari. Alfa Romeo bénéficie aussi de l'énorme regain d'intérêt du public pour la F1.

Depuis que la série "Formule 1 : Pilotes de leur destin" est sortie sur Netflix, les écuries et leurs pilotes sont partout. Frédéric Vasseur n'a pas tout de suite été emballé par l'idée: "je dois admettre que je n'étais pas un grand fan, mais ça nous a changé la vie. On a des fans beaucoup plus jeunes qu'avant. On a perdu dix ans de moyenne d'âge. Il y a aussi plus de femmes qui suivent la F1".

Ne pas tomber dans la télé-réalité

La discipline est entrée dans une nouvelle dimension. Certains Grands Prix de la prochaine saison, comme celui de Zandvoort, affichent déjà complet. Mais les fans de la première heure ne sont pas tous convaincus par la série. Ils dénoncent des inexactitudes. Le double champion du monde en titre Max Verstappen a d'ailleurs décidé de ne pas participer à la saison 4. Il apparaît à l'écran mais ne donne plus d'interview, car il reproche au documentaire d'exagérer certains événements.

Une position que Frédéric Vasseur comprend: "ce sont les limites de l'exercice, il ne faut pas qu'on tombe complètement dans la télé-réalité. Je pense qu'ils vont faire attention à la ligne éditoriale. Ils ont eu besoin d'un peu de temps pour comprendre ce qui se passe dans le paddock. À mon avis, il y a assez d'histoires en F1 pour ne pas en inventer".

Si la série "Formule 1 : Pilotes de leur destin" a attiré un nouveau public, elle a aussi le mérite d'intéresser les investisseurs. Une véritable aubaine pour Alfa Romeo qui a trouvé 27 nouveaux sponsors rien qu'en 2022. De quoi donner le sourire à Frédéric Vasseur. Mais le directeur ne s'emballe pas. Quand on lui demande s'il compte rester longtemps à la tête de l'écurie, il préfère en rigoler: "dans mon métier, il ne faut pas faire de pari sur le trop long terme".

RadioFr. - Marie Ceriani
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