Le FIFF veut se développer et pense déjà à 2022

La 35e édition, qui s'achève dimanche, a retrouvé son rythme de croisière alors que la suivante se profile déjà, dans huit mois à peine.

"Le FIFF est sorti plus fort de la pandémie", note son président Mathieu Fleury dans un entretien accordé à Keystone-ATS. Les 18 derniers mois ont permis de resserrer les liens avec la communauté de soutien et le milieu du cinéma. "A ce stade, c'est un retour à la normale, avec le plaisir de renouer avec nos fonctionnements."

"Le festival constitue un succès humain cette année", se réjouit le directeur artistique Thierry Jobin. L'irruption de la crise sanitaire en mars 2020, qui a empêché la tenue de la 34e édition en présentiel, a soudé l'équipe et scellé un recentrage, conviennent les deux hommes en parlant d'un renforcement.


Renouer avec les rencontres


"Tout à coup, dans une forêt, on regarde l'arbre qui tient le tout", image Thierry Jobin. "Le déroulement en juillet est une découverte", ajoute Mathieu Fleury. "Nous défrichons une saison inconnue, avec de nouvelles pratiques". A l'instar de la cérémonie d'ouverture qui s'est muée en création musicale, rappelle Thierry Jobin.

"Il y a eu un bel alignement des planètes", se réjouit le directeur artistique, en poste depuis dix ans. "Même si c'était un peu comme sauter à l'élastique". Le soleil, revenu après l'épisode de pluie, n'a pas favorisé l'offre en open air, une première: elle n’a pas nécessairement attiré davantage de monde que dans les salles. "En fait, nous avons observé que le public s’est déshabitué des rencontres collectives. Les festivals auront un rôle central pour qu’il revienne peu à peu", observe Thierry Jobin.

Partant des enseignements récents, Mathieu Fleury et Thierry Jobin, tous deux Jurassiens installés à Fribourg, souhaitent donc miser sur les spécificités du FIFF. Le second pense déjà à la 36e édition en 2022, qui renouera avec son calendrier habituel à fin mars. Au-delà de réserver les films dès septembre, il déborde déjà d'idées.


Bilinguisme


Thierry Jobin parle de continuer de faire voter le public, comme les cinq classiques de la comédie musicale choisis par 300 votants l'automne passé pour l'édition 2021, de développer l'offre familiale, d'organiser une nuit de projection ou encore de proposer une "soirée surprise incroyable".

Outre le bilinguisme, considéré, grâce à de nouvelles mannes de la Confédération et du canton de Fribourg, comme un objectif qui sera quasi atteint dès 2022, avec le sous-titrage de tous les films en allemand, Mathieu Fleury évoque la nécessité d'accroître le budget dédié à l'hospitalité.

Le FIFF ne peut se permettre d’accueillir, hors jurys et cinéastes en compétition, que cinq à dix invités au maximum. Et Thierry Jobin de mettre en exergue deux problèmes. "D'abord, l'accueil hôtelier, problématique en ville de Fribourg, qui constitue souvent une exigence".

Toutes les stars ne sont pas aussi accommodantes qu’Etienne Daho, qui a dévoilé ses films fétiches et donne samedi une "masterclass". Le chanteur français a en effet préféré loger à Fribourg plutôt que dans un 5 étoiles à Berne. Ensuite, le directeur artistique craint un contre-effet Covid sur deux-trois ans, lorsque les aides auront disparu.


Masterclass de Guillermo del Toro


"Le public va-t-il revenir?", s'interroge Thierry Jobin. Il restera encore à comptabiliser le résultat de l’offre en ligne, une quinzaine de films qui seront disponibles via le site du festival dès lundi et jusqu’au 15 août. Mais la fréquentation 2021 sera forcément inférieure aux près de 45’000 spectateurs d'avant 2020.

La baisse sera pourtant limitée : "Nous espérions atteindre 50% des chiffres de 2019 et nous serons certainement bien au-delà", rassure Thierry Jobin. Pas de quoi décourager l'ancien critique de cinéma, lui qui partira bientôt à Locarno, Venise et, si possible, Toronto pour renouer avec les contacts après des mois de conversation en ligne.

"Nous ne devons plus renoncer à ce qui nous correspond", indique Mathieu Fleury pour symboliser le recentrage de l'association qu'il préside depuis 2018. Le festival entend offrir des rencontres avec des phares culturels, comme Etienne Daho ou le réalisateur mexicain Guillermo del Torro, qui a donné une masterclass depuis Los Angeles dimanche passé.

D'ailleurs, Mathieu Fleury se veut le président du développement, afin de concrétiser la mutation engagée par son directeur artistique et sa "douce folie", lui qui cherche à établir des liens entre le cinéma et d'autres domaines ainsi qu'à mettre des gens ensemble. "Lui faire la courte échelle pour aller plus haut", résume-t-il.

Le rêve de Thierry Jobin: faire venir à Fribourg un réalisateur de la trempe d'un Guillermo del Toro pour qu'il coache des étudiants en cinéma. Et de rappeler que le FIFF n'est pas le festival des avant-premières ni des têtes d'affiche, mais un événement "où l'on réfléchit avec le ventre et le cœur et où l’on se réunit pour les bonnes raisons".

ATS