Les restaurants fribourgeois se vident de leurs clients

La fréquentation est en baisse, surtout en semaine. Un phénomène qui pousse même certains restaurateurs à changer de métier.

"On sert environ 70% de repas de moins par rapport à un mois d'automne moyen", déplore le patron d'un restaurant à Granges, en Veveyse, qui propose plats traditionnels et plats iraniens. Il explique que ces trois derniers dimanches, faute de clients, le restaurant a fermé à 13 heures. Du jamais vu, selon lui.

"En semaine, les clients se font rares", abonde la gérante d'un restaurant à Romont, qui sert notamment des plats du jour, des pizzas et des salades et emploie dix personnes à temps partiel. Le week-end, il y a un peu plus de monde, mais la fréquentation est en dents de scie: "Je ne sais jamais à quoi m'attendre. C'est difficile de jongler avec le personnel. Parfois, il n'y a pas assez de travail. On se retrouve avec six clients un dimanche midi. Alors qu'avant le covid, on avait au moins une trentaine de personnes à chaque fois", explique la restauratrice.

Depuis le 13 septembre, date à laquelle le pass sanitaire est devenu obligatoire pour manger à l'intérieur des restaurants en Suisse, la fréquentation dans les restaurants a chuté. Globalement, la baisse oscille entre -20% et -50%. Difficile d'articuler des chiffres précis: ils sont très variables d'un endroit à l'autre. La fréquentation dépend aussi de la météo, et des évènements. Par exemple, la Bénichon ou la chasse peuvent apporter des clients dans certains établissements.

L'ampleur de la baisse dépend du point de comparaison: sur quel mois de référence se base-t-on? Une année moyenne ou une année avec de bons chiffres? Plusieurs tendances ressortent néanmoins: les restaurants en zone rurale semblent souffrir davantage que ceux situés en ville. Ensuite, la baisse de fréquentation est plus marquée le week-end qu'en semaine. Enfin, "il y a bien plus de clients qui mangent en terrasse qu'en temps normal en automne", remarque le tenancier d'un établissement à Ependes, en Sarine.

"Je préfère travailler à l'usine"

Pour les professionnels de la restauration, la situation risque de se détériorer encore davantage avec le passage aux tests covid payants, mesure entrée en vigueur ce lundi. Mais certains n'ont pas attendu pour jeter l'éponge. Nous avons recueilli le témoignage d'un patron de restaurant de l'agglomération fribourgeoise qui a décidé de remettre son fonds de commerce.

Il souhaite rester anonyme, étant donné que des discussions sont en cours avec des repreneurs intéressés, mais il nous a confié son histoire et son combat, au quotidien, pour faire marcher son établissement, malgré la pandémie de Covid. "Je n'ai pas pu engager de personnel supplémentaire, faute de moyens financiers. Jusqu'ici, je travaillais six jours sur sept au restaurant. Avant, je venais même tous les jours, mais au printemps, j'ai décidé de fermer le dimanche."

Pour lui, l'introduction du pass sanitaire a été la goutte d'eau, la mesure de trop. Il a vu le nombre de clients chuter. "Ce covid m'a bouleversé mentalement. Parfois, quand je rentre à la maison, je me mets au lit et je dors. Je suis épuisé. Je n'ai plus le temps de me raser. Aujourd'hui, je préfère aller travailler dans une usine, avoir des horaires précis, faire mes heures, travailler cinq jours, avoir un salaire à la fin du mois, une vie familiale et être tranquille."

Ce sont d'ailleurs ses enfants qui l'ont poussé à quitter la profession. "Mon fils m'a dit "papa, tu ne passes jamais de temps avec nous!" Cela m'a fait réfléchir", confie-t-il. Ce restaurateur s'apprête donc à tourner la page, mais non sans une certaine nostalgie. Il connaît tous ses clients, il s'est battu pour faire connaître son établissement, il y a passé beaucoup de bons moments, il est attaché à ses employés. Mais il se réjouit de pouvoir, pendant son temps libre, emmener ses enfants à la montagne ou à la piscine.

RadioFr. - Maëlle Robert