Salman Rushdie sous assistance respiratoire

L'auteur des «Versets sataniques » été placé sous respirateur après avoir été poignardé aux Etats-Unis. L'agresseur a été arrêté.

Salman Rushdie s'apprêtait à donner une conférence littéraire dans un centre culturel à Chautauqua au moment de l'attaque. © KEYSTONE/AP/Ted Shaffrey

"Les nouvelles ne sont pas bonnes", a déclaré l'agent de l'auteur britannique de 75 ans au New York Times. "Il va probablement perdre un oeil; les nerfs de son bras ont été sectionnés et il a été poignardé au niveau du foie", a détaillé l'agent.

Immédiatement après son agression, sur l'estrade d'un amphithéâtre d'un centre culturel à Chautauqua, dans le nord-ouest de l'Etat de New York, Salman Rushdie a été transporté en hélicoptère vers l'hôpital le plus proche où il a été opéré en urgence, a précisé un major de la police de l'Etat de New York.

Peu avant 11h00 (17h00 en Suisse), "un suspect s'est précipité sur la scène et a attaqué Salman Rushdie et l'intervieweur" en "poignardant" l'écrivain "au cou", avait auparavant annoncé la police. M. Rushdie a aussi été poignardé "à l'abdomen". L'animateur de la conférence, âgé de 73 ans, a été "blessé légèrement au visage".

"Tuer Salman Rushdie"

L'agresseur de 24 ans a été aussitôt arrêté et placé en détention, selon le major de police. Il s'appelle Hadi Matar et est originaire de l'Etat du New Jersey. M. Rushdie s'apprêtait à donner une conférence littéraire dans cette petite ville située à 100 km de Buffalo, près du lac Erié qui sépare les Etats-Unis du Canada.

Présent dans la salle, Carl LeVan, professeur de sciences politiques, a raconté au téléphone à l'AFP qu'un homme s'était jeté sur la scène, où M. Rushdie était assis pour le poignarder violemment à plusieurs reprises. Il "essayait de tuer Salman Rushdie", a affirmé ce témoin.

Né le 19 juin 1947 à Bombay, deux mois avant l'indépendance de l'Inde, M. Rushdie a été élevé par une famille d'intellectuels musulmans non pratiquants, riches, progressistes et cultivés. Il avait embrasé une partie du monde musulman avec la publication des "Versets sataniques", conduisant l'ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny à émettre en 1989 une "fatwa" demandant son assassinat.

Une vie dans la clandestinité

L'auteur avait été contraint dès lors de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cache en cache. Il affronte alors une immense solitude, accrue par la rupture avec sa femme, la romancière américaine Marianne Wiggins, à qui les "Versets sataniques" sont dédiés.

Vivant discrètement à New York, Salman Rushdie avait repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l'irrévérence. Mais la "fatwa" n'a jamais été levée et beaucoup de traducteurs de son livre ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, victime de plusieurs coups de poignard en 1991.

"Trente ans ont passé", disait-il toutefois à l'automne 2018. "Maintenant tout va bien. J'avais 41 ans à l'époque. J'en ai 71 maintenant. Nous vivons dans un monde où les sujets de préoccupation changent très vite. Il y a désormais beaucoup d'autres raisons d'avoir peur, d'autres gens à tuer".

Macron et Johnson condamnent

Anobli en 2007 par la reine d'Angleterre, au grand dam des extrémistes musulmans, ce maître du réalisme magique, homme d'une immense culture qui se dit apolitique, a écrit en anglais une quinzaine de romans, récits pour la jeunesse, nouvelles et essais.

"Son combat est le nôtre, universel", a lancé sur Twitter le président français Emmanuel Macron assurant être "aujourd'hui, plus que jamais, à ses côtés".

Le premier ministre britannique Boris Johnson s'est de son côté dit "atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu'il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre", en allusion à la liberté d'expression.

Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a déclaré via son porte-parole être "horrifié" par l'attaque. "En aucun cas, la violence est une réponse aux mots", a-t-il ajouté.

L'association de défense des écrivains dans le monde, PEN America, était aussi "sous le choc". Elle a révélé que vendredi matin M. Rushdie leur avait proposé son "aide pour des écrivains ukrainiens".

ATS
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