Cadmium: sommes-nous tous contaminés?

En France, le gouvernement durcit les règles après les révélations sur une contamination massive. Qu'en est-il en Suisse? Interview.

Le cadmium se retrouve facilement dans les plantes cultivées comme le riz ou le blé. © KEYSTONE

Le gouvernement français s'est engagé, début octobre, à réduire les limites autorisées pour le cadmium. Un métal lourd et toxique que l'on retrouve dans les engrais phosphatés. Des engrais en partie responsables de la contamination massive dans le pays, révélée au grand public au printemps dernier.

Quelle est l'ampleur de la contamination en Suisse? Interview de Delphine Gilliard, scientifique aux tests comparatifs à la Fédération romande des consommateurs (FRC).

RadioFr: En France, les analyses et les modélisations montrent que la moitié de la population et tous les enfants de 2 à 3 ans présentaient des taux de cadmium dans les urines plus élevés que le seuil de concentration considéré comme critique. Qu'en est-il en Suisse?

Delphine Gilliard: Le problème, aujourd'hui, c'est que l'on sait peu de choses sur le sujet. On n'est pas alarmiste, mais on ne peut pas affirmer que tout va bien en Suisse, parce qu'on manque vraiment de données. 

En collaboration avec la RTS, vous vous êtes emparé du dossier ce printemps. Vous avez analysé 90 produits alimentaires courants: pâtes, riz, avoine, céréales, ou encore chocolat. Des produits connus pour être riches en cadmium. Que suggèrent vos résultats?

On voit qu'aucun de ces produits ne dépasse les seuils légaux. Mais au-delà de la concentration par aliment, il y a aussi l'enjeu de l'accumulation dans l'organisme, qui peut être problématique. Il y a ce qu'on appelle une dose tolérable hebdomadaire, c'est-à-dire une certaine quantité de cadmium que l'on peut ingérer par semaine sans que cela n'ait un impact néfaste pour notre santé. Voilà pourquoi, à la FRC, on a créé un calculateur qui permet d'estimer à quelle dose on est sur une semaine, avec les 90 produits testés.

L'enjeu, c'est l'accumulation qui peut être problématique.

Et qu'avez-vous découvert?

Pour un adulte en bonne santé et d'un poids corporel normal, on voit qu'on arrive à environ 50% du seuil. Selon le type d'alimentation, on peut encore s'en rapprocher. Donc on n'est pas dans une zone de risque immédiate. Par contre, les enfants qui consomment des produits où il y a beaucoup de cadmium atteignent plus fréquemment cette limite.

Cela pose donc problème pour les plus jeunes et les personnes qui ont un poids plutôt bas. Voilà pourquoi nous demandons à la Confédération de reprendre son projet de biosurveillance. Pour que l'on puisse en avoir le cœur net. Une étude qui devait analyser des échantillons de sang à large échelle a notamment été abandonnée en 2025, après des coupes financières.

Le Conseil fédéral a affirmé cet été que selon les résultats des dernières études, la contamination de la population suisse au cadmium est globalement inférieure aux valeurs mesurées en France. En attendant, de potentielles nouvelles études, quels conseils de prévention donneriez-vous aux Fribourgeois et aux Fribourgeoises?

La première, c'est d'arrêter ou de réduire le tabagisme. La fumée est une grande source de contamination. Après, on voit dans le test que l'on a mené qu'il y a des céréales exemptes de cadmium, comme les céréales à la base de maïs. Donc avoir une alimentation variée aide vraiment à limiter l'exposition au cadmium. Et ce conseil vaut pour limiter l'exposition à tous les autres polluants, comme le mercure ou l'arsenic.

RadioFr. - Maëlle Robert
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