Préfectures: mode d'emploi!
Que font les préfets? Pourquoi y a-t-il autant de candidats le 8 novembre? On vous dit tout sur cette particularité fribourgeoise!

Le 8 novembre, chaque district du canton de Fribourg devra élire son préfet ou sa préfète. On pourrait presque penser qu'ils vivent la vie de château... car c'est souvent leur lieu de travail, comme à Morat, Estavayer ou Romont par exemple. Et jusqu'en 1994, ils devaient même y habiter. Mais cette obligation a changé depuis que Jean-Claude Cornu, l'ancien préfet de la Glâne, a refusé de s'y plier.
Quel est le rôle du préfet?
On peut le voir à choix comme un shérif, un capitaine, un leader. Bref, il est le moteur de son district. Il fait le lien entre les communes et le Canton, fait partie de beaucoup d'associations et il est sur le terrain, au contact de la population.
Sa mission est parfaitement claire: "C'est le préfet ou la préfète de tous les citoyens et il faut toujours penser à la population du district quand on prend une décision. Comment augmenter le bien-être des habitants? Faut-il fusionner certaines communes? Quelles infrastructures faut-il développer? A-t-on besoin de nouvelles places en crèches? Doit-on autoriser cette construction? Ce sont des questions toujours très concrètes qui ont un impact sur la vie quotidienne", explique Willy Schorderet, préfet de la Glâne durant quatorze ans.
Comment décide-t-il?
Le préfet est beaucoup plus libre que le Conseil d'Etat. Pas de principe de collégialité pour lui: il décide seul, dans les limites de la loi et en s'appuyant sur son équipe. "Le gros avantage, c'est qu'on tranche rapidement. Mais on est aussi seul pour assumer", précise l'ancien préfet glânois.
Les préfets et préfètes ne doivent rendre de comptes ni au Conseil d'Etat ni à leur parti. Généralement, c'est d'ailleurs plutôt la personnalité d'un préfet qui compte lors des élections, plutôt que son étiquette politique. Depuis 2007, même des préfets indépendants sont en fonction.
Qui veut devenir préfet?
Beaucoup de monde, apparemment! 22 personnes sont candidates pour s'installer dans une préfecture. C'est un record. Aux élections de 2006 ou 2011, il n'y avait par exemple que 11 ou 12 candidats.
Dans les détails, si vous habitez la Sarine, vous avez le choix entre sept personnes. La préfète Lise-Marie Graden est candidate au Conseil d'Etat et ne brigue pas de nouveau mandat. Les socialistes aimeraient conserver à tout prix cette préfecture, la seule qu'ils occupent.
Dans les districts du Lac et de la Singine, vous avez cinq possibilités. En Veveyse, il y a deux candidats, dont le sortant François Genoud. L'UDC aimerait récupérer cette préfecture. Elle n'en a plus depuis dix ans, mais le défi s'avère compliqué. Aucun concurrent n'a jamais réussi à déloger un préfet en fonction.
Dans les trois autres districts, moins de suspense: les trois préfets déjà en place (Vincent Bosson en Gruyère, Valentin Bard dans la Glâne et Nicolas Kilchoer dans la Broye) se représentent et ils n'ont pas de concurrents.
Le Centre va-t-il regagner des préfectures?
En plus du préfet sortant en Veveyse, le Centre présente trois candidats dans trois districts différents: Christophe Maillard en Sarine, Alessa Itten dans le Lac et Bojan Seewer en Singine. L’objectif du parti est clair: reprendre du terrain dans les régions, car il ne possède plus qu’une préfecture sur sept, alors que, dans les années 1970 et 1990, il en détenait jusqu'à cinq sur sept.
"Il y a une raison historique. Avant 1976, c'était le Conseil d'Etat qui nommait les préfets. Il y avait beaucoup de conseillers d'Etat PDC, comme s'appelait le Centre à l'époque, et par conséquent de préfets PDC", explique Willy Schorderet. Après une période dominée par les libéraux-radicaux entre 1997 et 2007, les préfectures sont occupées actuellement par 3 PLR (Lac, Glâne, Gruyère), 1 Centriste (Veveyse), 1 PS (Sarine) et 2 indépendants (Broye et Singine).
Pourquoi autant de candidats?
Plusieurs raisons. Tout d'abord, les préfets ont fait beaucoup d'efforts pour "dépoussiérer" les préfectures et mieux faire connaître leur rôle, en organisant par exemple des portes ouvertes. "Les gens et les partis ont réalisé que cette fonction était passionnante", se réjouit Willy Schorderet.
L'élection de Lise-Marie Graden en 2021, première femme préfète du canton de Fribourg, a certainement aussi été inspirante. Cette année, huit femmes se trouvent parmi les candidats. C'est quatre fois plus que les dernières années. Avant 2016, aucune ne s'était présentée.
Une exception fribourgeoise?
Oui, complètement. Les préfets existent seulement dans quatre cantons en Suisse, dont le nôtre. Les Fribourgeois et les Bernois sont les seuls à les élire. Chez les Vaudois et les Valaisans, c'est le Conseil d'Etat qui les nomme.


