Dès l'année prochaine, les règles du jeu vont changer pour les propriétaires de panneaux solaires.
Dès le 1er janvier prochain, le cadre légal suisse évolue. De fait, Groupe E introduit les tarifs de rachat dynamiques pour l’électricité solaire. 30'000 clients sont concernés.
Si vous êtes clients de l'énergéticien fribourgeois, vous allez d'ailleurs recevoir un courrier d'ici la mi-novembre vous expliquant ces changements.
La fin de la prévisibilité
Jusqu’à présent, la formule était simple et rassurante: l’électricité solaire produite, qui n'était pas consommée, était automatiquement réinjectée dans le réseau, puis rachetée à un tarif établi chaque trimestre par le distributeur local.
Dès le début de l’année prochaine, le prix de rachat de l'électricité ne sera plus fixé par trimestre, mais de manière "dynamique". Concrètement, il sera adapté toutes les 15 minutes aux fluctuations réelles du marché.
Des prix négatifs
Ce changement crée une inquiétude: lorsque la production globale sera trop forte et la demande trop faible, typiquement en été, les prix pourront s'effondrer jusqu'à devenir négatifs. Autrement dit, le producteur pourrait devoir payer son fournisseur pour se débarrasser de son surplus d'énergie.
Selon Groupe E, seuls les gros producteurs seront concernés par les prix négatifs. En effet, la loi fédérale sur l'énergie fixe un prix minimal garanti de 6 centimes par kilowattheure pour la reprise de l'électricité solaire. Ce prix plancher concerne les petites installations photovoltaïques typiques des maisons individuelles, d'une puissance inférieure à 30 kilowatts.
Selon Groupe E, ce changement poussera à l'autoconsommation. Autre conséquence: une meilleure réflexion sur la façon d'installer des panneaux solaires. Gruyère Energie communiquera fin novembre sur ce changement de tarification.
L'analyse d'un expert
Marc Müller est ingénieur dans le domaine de l’énergie. Il analyse ce changement de tarification.
RadioFr./Frapp: Quelle analyse vous faites de la mise en place des prix dynamiques?
Marc Müller: Jusqu'à aujourd'hui, le marché était relativement protégé pour l'énergie solaire. C'était une façon de la rendre attractive pour que les gens puissent investir facilement avec des conditions qui étaient claires. Ce modèle est très facile à tenir quand il y a relativement peu d'énergie solaire dans le réseau. Aujourd'hui, l'énergie solaire devient beaucoup plus proéminente dans la production énergétique en général, c'est donc assez normal que les producteurs d'énergie soient soumis aux règles du marché. Il s'agit d'une petite dégradation de la sécurité économique pour les investisseurs dans le solaire. Mais ça reste des conditions qui, globalement, sont très, très bonnes.
On a le risque, avec ce changement-là, pour les producteurs, d'avoir un prix négatif. C'est une crainte qui est fondée?
Oui, c'est une crainte qui est fondée et qui est assez naturelle. À la fin, le prix reflète quand même certaines réalités physiques. En été, si vous avez une grande installation solaire, vous ne consommez pas d'énergie chez vous, et que tout le monde produit en même temps, personne ne peut utiliser efficacement cette énergie. Il faudra donc payer pour la revendre et c'est assez logique. Et puis, en hiver, quand il y a une vraie pénurie d'énergie, si on arrive à produire de l'énergie renouvelable à ce moment, forcément, elle a une valeur qui est beaucoup plus élevée que le même kilowattheure qui sera produit en été. Cela force aussi à réfléchir à sa maison, à son système ou à son industrie de façon globale et de réfléchir à comment est-ce qu'on contribue ou alors qu'on utilise le système énergie dans sa globalité.
Est-ce que ce changement ralentit concrètement les investissements dans le secteur?
Forcément. Parce que si vous faites un marché protégé, qui est un petit peu un marché de bisounours, on protège complètement les producteurs solaires de la réalité de la physique, de la réalité du marché et on donne des conditions qui sont très favorables. La promotion des ventes est donc très bonne. Mais il y a forcément quelqu'un qui paie. À un moment donné, il doit y avoir une certaine équité avec les autres producteurs d'énergie: hydraulique, éolien, biomasse. Il faut que l'énergie solaire trouve un équilibre entre bonnes conditions et une réalité physique. A mon avis, la solution proposée actuellement est assez juste et équilibrée.
Est-ce que le signal envoyé, il n'est pas quand même un petit peu négatif quand on veut aller vers plus de transition énergétique?
Évidemment, à terme, si on veut vraiment se substituer aux énergies fossiles et aussi compenser la fin de vie des centrales nucléaires, il nous faut beaucoup plus d'énergie solaire. En tout cas, cinq fois plus que ce qu'on a installé aujourd'hui au minimum. Il faut arriver à avoir un peu cette dichotomie entre le fait qu'on doit installer encore beaucoup d'énergie solaire, avoir de fait des conditions attractives, mais qui ne peuvent pas être complètement hors marché non plus. C'est un réglage assez fin que les politiques essaient de faire, que les entreprises électriques essaient de faire. Et on est encore dans un moment où on a de bonnes conditions, il faut le rappeler. Elles sont moins bonnes, mais elles restent très bonnes. Vous avez le droit d'autoconsommer votre énergie gratuitement. Vous bénéficiez de la prestation de réseaux gratuitement pour les producteurs d'énergie. Vous avez différents modèles pour valoriser votre énergie solaire. Je pense que quand même, l'énergie solaire va continuer à se développer assez fort ces prochaines années.





