Incendies agricoles: le risque zéro n’existe pas

L'incendie d'une ferme à Palézieux (VD) rappelle les pires souvenirs à Frédéric Zosso. L'agriculteur avait pourtant pris ses précautions.

Le 26 août 2023, ce hangar, aujourd'hui reconstruit, est parti en fumée. © Thibaut Clémence

Une ferme en flammes, 250 animaux morts et une soixantaine de pompiers mobilisés. À Palézieux, dans le canton de Vaud, le feu a laissé derrière lui un lourd bilan, il y a une dizaine de jours. À Cournillens, Frédéric Zosso sait ce que ces images veulent dire. Le 26 août 2023, son exploitation de 3200m² a brûlé en une heure. De la fumée est d’abord apparue dans un local technique. Avec son père, Frédéric Zosso a eu le temps de sortir les bêtes, mais cinq jeunes veaux sont morts asphyxiés. Trois ans plus tard, ce souvenir hante encore l'agriculteur.

On se sent complétement anéanti. On se dit: "ce n’est pas possible que ça puisse brûler!"

"On se sent complètement anéanti, on est rempli de questions...pourquoi?", raconte Frédéric. Sa ferme n’avait que 19 ans. Les contrôles électriques étaient réalisés régulièrement, les locaux techniques étaient en béton, le reste largement constitué de métal. La cause officielle a été liée à un problème technique, possiblement un moteur ou un chauffage électrique, sans qu’une origine précise puisse être établie. "On se dit: "ce n’est pas possible que ça puisse brûler"."

Le drame de Palézieux du 12 septembre dernier rappelle que les bâtiments agricoles sont propices aux incendies et être précautionneux ne suffit pas. Selon le Service de prévention des accidents dans l’agriculture (SPAA), environ 500 incendies surviennent chaque année dans les exploitations agricoles en Suisse. Dans le canton de Fribourg, l’ECAB, chargé d'assurer les bâtiments, ne constate pas de hausse, ni de baisse du nombre de sinistres agricoles ces dernières années. 

Une ferme reste propice au danger d'incendie. Les bâtiments réunissent de fait beaucoup de combustibles, des machines, des moteurs, du carburant, des installations électriques. En Suisse comme dans le canton, un cas d'incendie sur deux est causé par la foudre, devant les installations électriques et la combustion du fourrage insuffisamment sec. Cette cause représente 8% des incendies de bâtiments agricoles du canton de Fribourg.

Un danger destructeur

Il y a un paradoxe. L’ECAB constate que l'auto-combustion de fourrage est le principal facteur de risque en termes de dégâts financiers. Entre 2021 et 2025, les incendies liés à ce phénomène ont représenté 8,5 millions de francs de dommages assurés, soit 44% du volume financier des dégâts. Si la foudre est de loin la cause la plus fréquente, elle représente seulement 1% des dommages financiers déclarés auprès de l'ECAB. 

Le danger est bien connu des agriculteurs: du fourrage trop humide peut fermenter au cœur des balles et faire progressivement monter la température. Pour éviter le pire, l'ECAB recommande de surveiller le foin et le regain durant les six semaines suivant leur entreposage. À 55 degrés, il faut agir pour empêcher la température de continuer à grimper. Au-delà de 70 degrés, le risque d’embrasement devient critique et les pompiers doivent être alertés.

Je ne redouble pas deux fois de vigilance, mais 100’000 fois. Je suis tout le temps sur le qui-vive depuis l’incendie.

Des sondes permettent de suivre cette température. À Fribourg, l’ECAB rembourse 50% de leur prix, jusqu’à 1500 francs. Plus de 40 demandes ont déjà été financées.

Frédéric Zosso, lui, avait déjà des sondes avant que sa ferme ne parte en fumée. Si son incendie n’était pas lié au fourrage, la vigilance vire aujourd'hui, selon ses mots, à la paranoïa. "Je ne redouble pas deux fois de vigilance, mais 100’000 fois. Je suis tout le temps sur le qui-vive depuis l’incendie." Lors de la reconstruction, il a renforcé la sécurité du bâtiment. Il s'est également équipée d'une caméra thermique avec son propre argent. Prix: environ 300 francs. Il n’a pas demandé les aides cantonales disponibles, notamment pour éviter des démarches administratives supplémentaires.

Malgré ce nouveau matériel, la peur de l'incendie reste permanente. "Dès qu’on entend une sirène, ça nous reprend." C’est pour cela que les discours accusant  les agriculteurs de négligence passe mal auprès de Frédéric Zosso. "Laisser notre bétail en danger, c'est juste impensable, insiste l'éleveur. Je suis certain que mes collègues agriculteurs font tout ce qui est possible".

Réduire le risque

Le SPAA et le Centre d’information pour la prévention des incendies (CIPI) ont lancé en 2025 une campagne nationale consacrée aux incendies dans l’agriculture, prévue jusqu’en 2027. L’objectif: rappeler les gestes qui peuvent éviter un départ de feu ou limiter ses conséquences. Par exemple: un tracteur encore chaud ne devrait par exemple pas être stationné contre du foin ou de la paille. On y trouve également des conseils sur l'entretien des installations électriques et de chauffage ou sur le nettoyage des machines.

Pour le SPAA, les agriculteurs sont aujourd’hui mieux informés, mais la répétition des messages reste nécessaire. Il reste ce qui ne peut pas se contrôler comme la foudre, ou une panne ou encore une défaillance technique. Un bâtiment récent, entretenu et équipé de systèmes de sécurité sans être invulnérable.

"Les agriculteurs font déjà énormément d’efforts", rappelle Yves-Laurent Blanc, chargé de communication à l’ECAB. Pour l’organisme, la lutte contre les incendies doit se poursuivre entre les exploitants, les assurances et les acteurs de la prévention. "On doit constamment continuer nos efforts de prévention et de sensibilisation, poursuit Yves-Laurent Blanc. Même si on est tout à fait conscients que le risque zéro n'existe pas."

Après des hésitations, la famille de Frédéric Zosso l'a convaincu et aidé pour reconstruire le hangar de 3200m2 à l'identique. 
Frapp / RadioFr. - Thibaut Clémence
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