Etats-Unis

Midterms: 5 leçons d'un historien fribourgeois basé aux USA

Mais que change vraiment cette vague démocrate? Les réponses du Fribourgeois Benoît Challand, professeur d'histoire et de sociologie, établi à New York.
Actualisé: 05.11.2026 18:02 | Publié: 05.11.2026
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Nathan Clément
Les représentants et sénateurs élus durant ces Midterms entreront en fonctions le 3 janvier 2027.
Les représentants et sénateurs élus durant ces Midterms entreront en fonctions le 3 janvier 2027. © KEYSTONE

Le jour où le Texas est devenu bleu. Plus de trente ans que The Lone Star State n'avait pas porté un ou une élue démocrate à sa tête. C'est chose faite avec l'élection au Sénat de James Talarico et de Gina Hinojosa au poste de gouverneure de l’État. Et ce bastion républicain n'est pas le seul à avoir basculé: le Kansas, la Caroline du Sud, entre autres. Donald Trump encaisse la plus lourde défaite d'un parti présidentiel depuis 1976.

Chargé de cours à l'Université de Fribourg ce semestre, Benoît Challand, historien et sociologue fribourgeois qui enseigne à la New School for Social Research à New York, est venu décrypter le résultat dans nos studios. Voici les cinq enseignements que Frapp tire de cet entretien.

Le portefeuille a fait tomber Donald Trump

Plusieurs éléments expliquent cette poussée extraordinaire des démocrates vers les deux chambres. JD Vance a d'ores et déjà évoqué la guerre menée par les États-Unis en Iran comme l'une des raisons de "cette catastrophe". L'opposition du vice-président à ce conflit n'est qu'un secret de polichinelle.

Benoît Challand évoque également le prix à la pompe, qui a fait basculer les urnes: "Le prix du gallon de benzine a augmenté de 50% en une année aux États-Unis. De 3 dollars, il est passé à 4,50 dollars, parfois 5,50 dans certains États."

Le panier de courses a flambé, tout comme les coûts de la santé. "Pour la campagne présidentielle, il y a deux ans, Donald Trump a réussi à se focaliser sur le prix des œufs, explique Benoît Challand. C'était l'un des thèmes de la présidentielle. Cette fois-ci, c'est parti en eau de boudin."

Au Congrès, (presque) rien de nouveau sous le soleil

Composer avec un Congrès hostile, ce n'est pas inédit. Benoît Challand compare la situation à celle d'une cohabitation française sous la Ve République, avec une administration en porte-à-faux avec la majorité (ndlr: quand le président et le Premier ministre appartiennent à des camps politiques opposés).

"Ce n'est pas inédit. Le président va utiliser son droit de veto. Trump va continuer les executive orders." Il en a déjà signé 292 depuis son retour. Mais le Congrès peut bloquer des nominations, peser sur le budget, lancer des enquêtes. "Je pense que ça va ralentir un peu ces dynamiques-là."

Une politique extérieure différente?

JD Vance l'a lui-même martelé: la guerre en Iran a pesé dans cette élection. Benoît Challand voit dans cette pression une opportunité pour le nouveau Congrès.

"C'est possible que les États-Unis devront revoir leur copie sur la guerre en Iran, s'ils veulent vraiment régler le problème de la flambée des coûts. Les États-Unis ont le pétrole qu'il faut avec le fracking (ndlr: fracturation hydraulique), mais les prix restent liés à une chaîne d'approvisionnement mondiale qu'on ne maîtrise pas seul."

Les démocrates ont gagné, mais...

"C'est autant le Parti républicain qui a perdu ces élections que le Parti démocrate qui les a gagnées." Le vote des jeunes, des Latinos et des déçus de la politique de Donald Trump s'est aussi agrégé contre quelque chose.

"Il faut maintenant que les démocrates actent et traduisent cette énergie positive en actions concrètes. Les deux prochaines années seront décisives." Avec, forcément, en ligne de mire, la présidentielle de 2028.

2028?

Interrogé sur les profils qui se démarquent, Benoît Challand cite du côté démocrate Gavin Newsom, le gouverneur de la Californie, et surtout Hakeem Jeffries, qui doit devenir Speaker de la Chambre des représentants: "une personnalité extrêmement charismatique." Il ajoute: "On s'est rendu compte que de prendre Hillary Clinton à Kamala Harris, ça avait mal payé, parce que c'était des gens qui étaient trop proches des apparatchiks de l'appareil démocrate." Alexandria Ocasio-Cortez, alias AOC, pourrait aussi entrer dans la danse.

Du côté républicain, Challand parie sur JD Vance. "Le vice-président a un droit presque automatique de se présenter." Tout comme Geroge Bush Senior qui a succédé à Ronald Reagan, Joe Biden qui a été le vice-président de Barack Obama pendant huit ans.

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