Mieux accompagner les femmes qui traversent la ménopause
Une Fribourgeoise a mis sur pieds un programme de formation pour aider les femmes a comprendre et traverser cette étape de vie.

Aujourd’hui six femmes sur dix se sentent mal accompagnées lorsqu'arrivent les premiers signes de péri-ménopause. Pourtant, il s'agit d'un chamboulement tant sur le plan psychique et physique, qui durera plusieurs années. Les premiers symptômes sont des gros coups de fatigue, de l’anxiété, du brouillard mental; ils ne se résument pas à de simples bouffées de chaleur. Bien souvent, les femmes traversent cette étape de vie en silence; elles n'osent pas en parler ni à leur entourage, ni à leur employeur. Révoltée par ce tabou encore trop présent, Marie Bourel dénonce à l'occasion de la journée mondiale de la ménopause: "Pour moi, il n'est pas acceptable aujourd'hui qu'on dise aux femmes de serrer les dents et que ça va passer".
Cette Fribourgeoise spécialiste en santé féminine a fondé Ménopulse. Il s'agit d'une entreprise qui propose une formation en ligne pour donner des outils d'accompagnement d'hygiène de vie aux femmes en ménopause. Elles sont 400 professionnelles à avoir déjà suivi cette formation dans le canton de Fribourg, en Suisse romande, en France et en Belgique. "Ce qui prouve que le besoin est là, et que les femmes ont envie que les choses changent !" insiste sa fondatrice.
L'interview de Marie Bourel, fondatrice de Ménopulse
RadioFr: Dimanche 18 octobre a eu lieu la journée mondiale de la ménopause. Une étape de vie encore trop taboue?
Marie Bourel: Je trouve qu'il y a encore très peu d'informations autour de cette phase de transformation. Le tabou commence à être levé. Les médias s'en sont emparés. Il y a des discussions aussi dans les institutions médicales, mais ça bouge quand même très doucement. C'est encore une période qui est très peu connue, les femmes sont très peu informées de cette étape de vie. Pourtant, on voit que ça les impacte dans leur vie personnelle, dans leur vie professionnelle, parce qu'il y a des choses qui peuvent se déséquilibrer dans notre corps, dans notre mental. Et donc l'idée reçue c'est un peu, oui mais on a quelques bouffées de chaleur, mais c'est bien plus que ça.
Quels sont les symptômes de la ménopause ?
Il y en a vraiment beaucoup, mais les premiers symptômes qui apparaissent dans cette phase de péri-ménopause sont des troubles du sommeil. Cela peut aussi être de l'anxiété qui peut monter, ça peut être des douleurs prémenstruelles qui vont être intensifiées. Après on peut avoir des symptômes comme des douleurs articulaires, des épaules gelées, on va avoir des troubles digestifs, une peau plus sèche, des réactions cutanées, des boutons. Il y a également le brouillard mental et des trous de mémoire. Il y a beaucoup de personnes qui ont l'impression qu'elles ont Alzheimer tout d'un coup.
Beaucoup de femmes disent: "je me sens hors service, je ne m'aime plus". Ça peut aller jusqu'à un dégoût de soi.
Et d'ailleurs, ces femmes le vivent mal parce qu'elles ont l'impression qu'elles sont périmées?
Beaucoup de femmes disent: "Je me sens hors service, je ne m'aime plus". Ça peut aller jusqu'à un dégoût de soi, une perte de confiance avec deux choses qui se conjuguent. D'un côté, hormonalement, on a cette vague, comme il y a eu au moment de l'adolescence, mais à l'envers. De l'autre, on a un regard sociétal sur le fait de vieillir qui n'aide pas.
Et professionnellement ou familialement c'est également difficile?
Oui, on va dire que du côté de la famille, il y a plein de choses qui se passent. Ça peut être une période où les enfants partent de la maison. On parle là du syndrome du nid vide. La femme doit redéfinir son rôle puisqu'elle était mère, et puis les enfants partent, donc on se retrouve dans une autre configuration de couple. Avec aussi des symptômes physiques comme une perte de libido. Des sécheresses vaginales peuvent provoquer des douleurs lors des rapports sexuels. L'intimité du couple est impacté. Et au travail, ce passage de 50 à 55 ans peut être délicat dans les entreprises. On se dit: "est-ce que je vais pouvoir maintenir mon poste?" Avec une instabilité mentale ou des trous de mémoire, ça rend parfois la situation précaire.
Jusqu'à maintenant on disait aux femmes: Serre les dents, ça va passer!" Il faut changer cette mentalité?
C'est vrai que les femmes parlent très peu de leur douleur. Donc, elles encaissent. Pourtant on n'a pas forcément à subir. Si on nous donne un mode d'emploi sur comment se rééquilibrer hormonalement, si on nous parle aussi de solutions comme le traitement hormonal, on peut venir vraiment soulager. Entre deux et dix ans, ça peut être très long de tenir cette instabilité hormonale, émotionnelle et corporelle. Oui, c'est une étape normale, mais ce n'est pas normal de mal la vivre.
Vous avez mis en place une formation: Ménopulse. Quel est votre constat?
Le constat est simple: la demande est bien présente. Au départ, j’ai reçu des femmes venues de tous les cantons de Suisse. Certaines me contactaient de très loin, car elles ne trouvaient personne pour les informer sur cette période de leur vie. J’ai rapidement réalisé dit qu’il fallait former des relais. Informer, c’est bien, mais si personne ne peut ensuite les accompagner dans la mise en pratique, on reste finalement au même stade. C’est ainsi que j’ai créé cette formation.
Cette période peut devenir votre plus beau deuxième printemps!
Aujourd’hui, près de 400 personnes ont été formées en France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg, avec une forte représentation en Suisse, notamment dans le canton de Fribourg. L’objectif est de leur permettre de soutenir, d’informer et d’accompagner les femmes, notamment dans le rééquilibrage de leur hygiène de vie, tout en leur expliquant ce qui se passe dans leur corps.
Quel serait votre message aux femmes aujourd’hui?
Mon message est résolument positif. Je vois beaucoup de femmes qui vivent leur meilleure vie lorsqu’elles arrivent à cette étape. C’est aussi un moment où elles peuvent se recentrer sur elles-mêmes et sur leurs besoins. Il y a des choses à faire : il ne faut vraiment pas subir cette période. Je conseille donc aux femmes de s’informer et de faire appel à des personnes spécialisées, capables de les accompagner. Vous verrez, cette période peut devenir votre plus beau deuxième printemps!


