Alimentation: réactions politiques fribourgeoises au non

Le canton a refusé l'initiative pour une alimentation sûre à 72,52%. À Fribourg, agriculteurs, patrons et écologistes réagissent au résultat.

À Fribourg et au niveau fédéral, le non à l'initiative pour une alimentation sûre avoisine les 72%. © Jean-Christophe Bott - Keystone

L'initiative pour une alimentation sûre a été franchement refusée par la population suisse. À Fribourg et au niveau fédéral, le non avoisine les 72%. Dans le canton, aucune commune n'a accepté ce texte visant à favoriser les cultures végétales pour augmenter le taux d'auto-approvisionnement.

Une fois les résultats tombés, Didier Castella, ministre en charge de l'agriculture, se dit soulagé pour ce secteur: "Cette initiative mettait en danger notre agriculture traditionnelle avec de la culture végétale intensive", a-t-il expliqué. "Par contre, on a une évolution climatique et on doit s'adapter", a-t-il rajouté.

Pour Robin Philipona, directeur d'AGRI Fribourg, "l’initiative qui était proposée n’apportait pas les bonnes mesures pour arriver à augmenter le taux d’auto-approvisionnement". Avec la diminution de la surface disponible à l'agriculture, il appelle à "l’intégration des nouvelles technologies ou des nouvelles techniques de travail" pour faire augmenter le taux.

Cadre "irréaliste"

Du côté de l’Union Patronale du Canton de Fribourg (UPCF), le rejet de l’initiative est également salué. Elle estime que les objectifs de renforcement de la sécurité alimentaire et de protection des ressources naturelles sont légitimes, mais que le texte imposait des contraintes trop importantes dans le délai prévu.

L'UPCF souligne notamment que l’objectif de faire passer le taux net d’auto-approvisionnement d’environ 45% à au moins 70% en dix ans aurait nécessité une réorientation importante du secteur agroalimentaire et une évolution des habitudes de consommation. "Cette évolution doit toutefois s’inscrire dans un cadre réaliste et prévisible, laissant aux agriculteurs et aux entreprises le temps d’adapter leur production," écrit la Chambre patronale dans un communiqué. 

La topographie fribourgeoise ne permettait pas un changement aussi radical.

La conseillère aux Etats fribourgeoise Isabelle Chassot, qui faisait partie du comité d'opposition, réagit pour le site Watson à un résultat net "qui démontre  que les enjeux ont été compris". Mais la centriste précise: "il ne s'agit pas de remettre en cause la sécurité de l'approvisionnement, l'agriculture indigène forte ou l'utilisation responsable des ressources." Elle prend l'exemple du canton de Fribourg pour pointer du doigt des "moyens irréalistes" et une "topographie fribourgeoise qui ne permettait pas un changement aussi radical."

Les écologistes divisés

A gauche, les jeunes Verts fribourgeois se félicitent d'avoir imposé la question de l'auto-approvisionnement et d'une alimentation plus végétale dans le débat. Ils regrettent toutefois que les organisations paysannes n'aient pas été associées à l'élaboration du texte.

Pour Mathieu Senn, membre de Jeunes Vertes et Verts du canton de Fribourg, la campagne du camp du NON frisait le complotisme avec le slogan du "diktat vegan" frisait le complotisme. "Leur slogan est honteux. Il est repris des mouvements féministes, transformé en message de liberté de manger de la viande."

Pas de réaction officielle de la part de la section cantonale du parti écologiste sur ce résultat. Pour rappel, les VERT-E-S Fribourg n'avaient fait aucune recommandation de vote sur cette initiative.

Frapp - Yann Roulin / Thibaut Clémence
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