"Je n'avais pas le droit à la moindre erreur à cette course"

Champion d'EuroNascar depuis dimanche, le Fribourgeois Thomas Toffel revient sur sa victoire et nous parle de son sport "rustique".

La catégorie Open, ça, c'est fait! Mais Thomas Toffel compte bien soulever le trophée européen de la V8GP l'année prochaine. © NASCAR Euro Series/Nina Weinbrenner

Des bolides rutilants, des carrosseries qui rappellent les modèles emblématiques américains. Bienvenue dans le monde de la Nascar, là où (presque) tous les coups sont permis. On ne se trouve pourtant pas aux Etats-Unis, mais sur le circuit de Zolder, en Belgique, ultime étape du championnat européen. Là où Thomas Toffel, 35 ans, a décroché dimanche son titre, avec sa Chevrolet Camaro, après une course sous haute tension. Interview avec un pilote qui a du culot, mais qui sait aussi se montrer raisonnable!

RadioFr.: Vous êtes champion d’Europe! Qu’est-ce que vous ressentez?

Thomas Toffel: C’est un gros mélange d’émotions. Juste après la course de dimanche, j’ai ressenti de la joie et un sentiment de "ça, c’est fait!". Ça fait deux saisons que je peux vraiment prétendre à ce titre, donc ça représente beaucoup d’efforts pour arriver à ce résultat. Et puis, la fatigue m'a rattrapé rapidement. La nuit précédant la course, je n’ai dormi que trois heures. Je n’arrivais pas à trouver le sommeil à cause de l’enjeu de dimanche. Maintenant que je passe quelques jours de vacances en famille, je savoure ce que j'ai accompli et je me remets de toutes ces émotions!

Vous deviez absolument finir cette course dans les quinze premiers pour décrocher le titre, donc il fallait éviter à tout prix de vous faire sortir par vos adversaires! Comment y êtes-vous parvenu?

Je devais absolument préserver la mécanique de ma voiture. Je n’avais pas le droit à une seule faille lors de cette course. Quand on conduit avec ce sentiment de ne rien devoir casser, de ne pas devoir se mêler à une bagarre, de ne pas se faire éjecter, c’est très compliqué. Il faut gérer tout ça et on roule sur une espèce de faux rythme. Je peux vous garantir qu'à chaque passage de vitesse, tout avait l’air fragile dans la voiture. Cette course n’a duré qu’une trentaine de minutes. Mais, pour moi, les tours de circuit ont passé très, très, très lentement!

Donc, pour gagner, il faut parfois être raisonnable?

Pour remporter le championnat, il faut totalement être raisonnable! J'ai retenu la leçon de ma saison 2025, qui était beaucoup plus en dents de scie. Il n'y a que six week-ends de course et, comme je n'avais pas commencé avec les résultats escomptés, j'avais essayé de rattraper des points sur le reste du championnat. Cette saison, je savais qu'il fallait miser sur la régularité, ce qui implique parfois d'accepter un résultat un peu mitigé pour sauver des points, mais qui vaut bien mieux qu'un crash ou une sortie de route. 

Les courses de Nascar sont beaucoup plus connues aux Etats-Unis que chez nous. Ici on connaît mieux la Formule 1. L'esprit en Nascar est-il beaucoup plus "brut"?
Oui, c’est un sport plus "rustique" que la F1! Aux Etats-Unis, les pilotes de Nascar tournent la plupart du temps sur ces super speedways, ces grands ovales, à des vitesses folles, autour de 300 km/h. En Europe, on roule sur des circuits avec des virages, des lignes droites et des stands. Les voitures de Nascar, contrairement à la F1, n’ont pas du tout d’assistance électronique, donc pas de contrôle de traction ou d’ABS, par exemple. Autre différence: il y a aussi toute une culture du "bump", du contact, très présente en Nascar… en respectant quand même certaines limites! On ne peut pas sortir tout simplement son adversaire en lui fonçant dedans 30 km/h plus vite!

Vous avez grandi à Neyruz, dans la campagne fribourgeoise, bien loin de Daytona ou Indianapolis… D’où vous est venue cette envie de devenir pilote de Nascar?

J'ai toujours aimé la moto, mais c'est un sport contraignant. Il faut avoir un camion, ça coûte cher. Adolescent, on a trouvé un compromis avec mes parents: les championnats de pocket bike, le seul sport mécanique où on peut mettre une petite moto dans un coffre de voiture! Quand j’ai pu m’organiser tout seul, j’ai continué avec les courses de moto. J’ai décidé de faire une pause dans ma carrière d’athlète, au moment où j’ai repris l’entreprise d’immobilier que mon papa a créée et parce que j'étais souvent blessé. Mais ça m’a beaucoup manqué. Il y a quelques années, j’ai acheté une Legend Car, une petite voiture de course, et je voulais juste m’amuser en faisant de petites sorties sur circuits…

Mais le hasard a voulu que vous participiez à une manche de championnat en Italie, en 2023, qui se déroulait en même temps qu’une course de Nascar…

Je me suis dit: "je vais aller voir s’il n’y a pas une équipe d’accord de m'accepter pour une manche du championnat". J'ai trouvé un camion avec des plaques tessinoises. J’y suis allé au culot et j’ai demandé au team manager si c'était possible de participer à la dernière manche en Croatie. Voilà comment tout a commencé!

Vous n’êtes pas seulement pilote de Nascar, mais aussi papa d’une petite fille de 5 ans et vous dirigez l’entreprise familiale. L’année prochaine, pourrez-vous continuez à ce rythme?

J’ai encore beaucoup d’objectifs sportifs. J’aimerais devenir champion d’Europe dans la deuxième catégorie d’EuroNascar, qui s’appelle la V8GP. Cette année, j’ai couru dans les deux catégories. Mais la saison prochaine, je vais me concentrer uniquement sur la V8GP, donc ça va me dégager un peu de temps. J’ai aussi un autre rêve pour 2027: aller me frotter à des pilotes américains de Nascar lors de deux courses sur la saison aux Etats-Unis!

RadioFr. - Isabelle Taylor
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