Sylvie Bonvin-Sansonnens: "C'est toujours moi qui décide"
La conseillère d'Etat Verte se représente pour un nouveau mandat. Elle veut garder la direction de la formation et des affaires culturelles.
La conseillère d'État sortante Sylvie Bonvin-Sansonnens brigue un deuxième mandat au gouvernement fribourgeois. Seule femme et seule représentante de la gauche au sein de l'exécutif, l'élue verte défend son bilan après cinq ans à la tête de la Direction de la formation et des affaires culturelles. "L'école, c'est un gros bateau qu'il faut faire avancer lentement. Pas de grosse révolution, mais des petits pas et toujours en avant", résume-t-elle.
Née à Estavayer et domiciliée à Rueyres-les-Prés, la Broyarde a multiplié les expériences professionnelles avant d'entrer au gouvernement. Journaliste, agricultrice titulaire d'une maîtrise fédérale, auteure puis députée, elle a rejoint le Conseil d'État en 2022.
Son premier mandat n'a pas été de tout repos. École inclusive, éducation numérique, gestion de sa direction: les critiques n'ont pas manqué. Mais Sylvie Bonvin-Sansonnens assure garder la main. "C'est toujours moi qui tranche, c'est toujours moi qui porte les responsabilités", affirme-t-elle. Absente plusieurs mois pour des raisons de santé, elle n'a rien perdu de sa motivation. "Je suis d'attaque, je suis en pleine énergie pour continuer", assure-t-elle.
Son premier mandat n'a pas été de tout repos. École inclusive, éducation numérique, gestion de sa direction: les critiques n'ont pas manqué. Mais Sylvie Bonvin-Sansonnens assure garder la main. "C'est toujours moi qui tranche, c'est toujours moi qui porte les responsabilités", affirme-t-elle. Et sa motivation est intacte, malgré son absence de plusieurs semaines durant son dernier mandat pour des raisons de santé. "Je suis d'attaque, je suis en pleine énergie pour continuer", assure-t-elle.
Un ruisseau chargé de souvenirs
Invitée à choisir un son qui l'inspire ou suscite une émotion, Sylvie Bonvin-Sansonnens a opté pour celui d'un ruisseau. Un choix qui la ramène à ses racines agricoles et à son histoire familiale.
Sur son exploitation coule le Valleton, un petit cours d'eau où vivaient autrefois des écrevisses, comme le racontait sa grand-mère. Mais cet été, le ruisseau était à sec. "Ça me fend le cœur", confie la Broyarde, préoccupée par les conséquences de la sécheresse sur la faune et la flore.
Face à cette situation, elle appelle à écouter les agriculteurs et à adapter les pratiques agricoles. Son ancienne vie lui manque parfois, surtout les naissances au printemps, les poulinages et les éclosions de poussins.
L'école inclusive, un modèle à réorganiser
Après cinq ans à la tête de la Direction de la formation et des affaires culturelles, Sylvie Bonvin-Sansonnens défend son bilan. Près de 50 000 élèves, des milliers d'enseignants et un budget de 1,2 milliard de francs: la direction pèse lourd. Parmi les dossiers sensibles, l'école inclusive. Si son principe est largement soutenu, le manque de moyens est régulièrement dénoncé.
Peut-on continuer avec le modèle actuel de l'école inclusive ou faut-il le repenser?
Nous devons repenser le modèle de l'école inclusive à Fribourg, non pas en termes de ressources, car elles sont déjà là, mais en réfléchissant à la manière de mieux les organiser, de réduire la bureaucratie et de supprimer les listes d'attente. Cela passe d'abord par une réorganisation. Nous sommes sur le point de développer un nouveau cadre légal, à la suite des discussions qui ont eu lieu au Grand Conseil et qui m'ont encouragée à poursuivre cette réflexion.
Concrètement, qu'est-ce que cela signifie? Davantage d'enseignants, des classes plus petites?
Nous travaillons actuellement sur un modèle appelé co-teaching, ou co-enseignement. L'idée est de faire en sorte qu'il y ait toujours deux adultes dans les classes où des difficultés se présentent.
Mais cela nécessite une réflexion sur l'organisation générale de l'école, à l'échelle de chaque établissement et avec sa direction. Par exemple, plutôt que d'ouvrir neuf classes, on pourrait n'en ouvrir que huit et disposer d'un enseignant supplémentaire pour soutenir les autres.
C'est un modèle possible. Nous devons apporter davantage de souplesse à chaque classe et, surtout, écouter le terrain.
Mais cela représente des coûts supplémentaires? Cela signifie engager de nouveaux enseignants. En a-t-on les moyens?
Non, cela ne signifie pas forcément engager de nouveaux enseignants, mais plutôt mieux utiliser les ressources déjà présentes. Par exemple, un enseignant spécialisé qui intervient dans une classe pour un seul élève pourrait également prendre en charge une moitié de la classe.
Ce sont des modèles déjà développés dans d'autres pays et dans d'autres cantons. Nous avons actuellement des projets pilotes en cours et nous allons voir s'il est possible de les adapter. Mais, encore une fois, les propositions doivent venir du terrain.
J'espère que des idées émergeront des établissements. Quant aux ressources supplémentaires, elles pourront éventuellement intervenir dans un deuxième temps.
Le numérique était l'une des priorités de la législature. Au départ, il était question d'une tablette par élève. Aujourd'hui, vous recommandez aux communes d'équiper les écoles, et l'éducation numérique ne figure toujours pas dans la grille horaire. Est-ce un échec?
J'ai été chargée de mettre en place l'éducation numérique dans le plan d'études des élèves fribourgeois. Cela fait partie des accords intercantonaux que nous avons. C'est une nouvelle discipline que nous devions introduire.
La question était de savoir qui allait payer quoi. Au départ, on m'a proposé un immense concept qu'il a fallu faire passer par un petit tuyau. Nous avons pu le remodeler avec l'aide des enseignants, du Grand Conseil, mais aussi de toutes les équipes impliquées dans ce projet.
Pour moi, c'est une réussite. Nous avons réussi à répartir le financement du matériel destiné aux élèves et aux enseignants, ainsi que celui des équipes techniques, avec des supports techniques qui vont être mis en place.
Sauf que ce n'est toujours pas en place. La discipline ne figure pas encore dans la grille horaire. À la place de quelle branche va-t-on introduire l'éducation numérique?
Aujourd'hui, nous arrivons au terme de la formation de l'ensemble des enseignants. Nous avançons progressivement et nous avons organisé le financement.
Il existe différentes manières de procéder. Par exemple, dans le canton de Fribourg, les périodes scolaires durent 50 minutes, contre 45 minutes dans d'autres cantons. Cela pourrait être une piste, mais il faudra évidemment en discuter. Les enseignants doivent être partie prenante de cette évolution.
Si nous passons à des périodes de 45 minutes, nous pouvons très bien introduire une heure d'éducation numérique. Cette discipline sera de toute façon obligatoire. Mais l'objectif n'est pas de surcharger les grilles horaires. Il s'agit de les réorganiser en provoquant le moins de bouleversements possible.
À 25 ans, 8% des jeunes du canton de Fribourg n'ont toujours pas d'autre formation que l'école obligatoire. Est-ce un échec de l'école?
Je pense que c'est un échec collectif. Nous savons que l'orientation professionnelle ne relève pas uniquement de l'école ni d'une conseillère d'orientation. Les parents ont également un rôle à jouer.
Je pense que c'est un véritable défi. Pour la prochaine législature, nous avons un projet, avec plusieurs autres directions, visant à augmenter le taux de jeunes titulaires d'un diplôme à 25 ans, qui est relativement bas dans le canton de Fribourg.
Nous allons mettre en place de nombreuses mesures pour améliorer ce taux. Nous avons également discuté avec d'autres cantons pour comprendre comment ils procèdent, notamment avec le Valais, qui nous est proche. C'est un véritable enjeu et nous avons des idées pour améliorer la situation.


