Une association éveille la conscience politique des jeunes

"Discuss it" organise des débats dans les collèges et écoles professionnelles. Elle profite des élections cantonales pour développer son action.

En 2022, quarante jeunes s'étaient glissés dans la peau de députés du Grand Conseil pendant 2 jours. © Radio Fribourg

Comment donner aux jeunes le goût de la politique et les encourager à participer aux décisions qui façonnent leur avenir ? C’est le défi que relève l’association Discuss it , créée en 2017. Elle entend rapprocher les jeunes adultes du monde politique en leur proposant des expériences concrètes, notamment dans les collèges et les écoles professionnelles.

L’enjeu est de taille. Lors des élections fédérales de 2023, seul un jeune sur trois âgé de 18 à 24 ans et disposant du droit de vote a participé au scrutin en Suisse, selon une enquête du Centre de compétences suisse en science sociales. La participation des seniors était deux fois plus élevée.

Rendre la politique plus concrète

Selon Loïc Jaquier, collaborateur de projets Discuss it pour la Suisse romande, le manque de participation ne signifie pas nécessairement que les jeunes se désintéressent des questions de société. Beaucoup s’interrogent sur leur avenir, le climat, l’intelligence artificielle ou encore l’éducation, sans toujours faire le lien avec la politique et les décisions prises par les élus. 

Et puis entre les études, la construction de leur identité et les nombreuses préoccupations propres à cette période de la vie, les jeunes ne disposent pas toujours du temps ou de la motivation nécessaires pour se plonger dans les dossiers politiques. Les brochures de votation et les débats institutionnels peuvent notamment sembler difficiles d’accès.

Apprendre pas à pas la citoyenneté

Pour Loïc Jaquier, il s’agit de partir des centres d’intérêt des jeunes, de leurs passions et de leurs préoccupations pour leur montrer comment les décisions politiques influencent leur quotidien. Dans ce but, l’association organise des débats politiques directement dans les établissements du secondaire II. Des politiciens et politiciennes sont invités à échanger avec les élèves et les apprentis, notamment autour des votations fédérales ou des enjeux électoraux. L'idée est de créer un véritable dialogue entre les représentants politiques et les jeunes.

Les bénévoles de Discuss it assurent la modération, veillent à l’équilibre des prises de parole et permettent au public d’intervenir, de poser des questions et de confronter les élus à ses préoccupations. À la fin des rencontres, les participants peuvent également prendre part à un vote fictif. Lors des débats consacrés aux votations, ils se prononcent sur les objets présentés. En période électorale, ils peuvent désigner les candidats qui les ont le plus convaincus. Une manière de se familiariser avec les mécanismes démocratiques avant de se rendre aux urnes.

D'ailleurs, à l’approche des élections cantonales fribourgeoises, Discuss it intensifie ses interventions dans les établissements scolaires du canton afin d’aider les jeunes à comparer les programmes, à identifier les candidats qui défendent leurs idées et à comprendre les enjeux des scrutins.

S'il ou elle s’est lancée, pourquoi est-ce que moi, je ne pourrais pas le faire? 

Pour Loïc Jaquier,  le manque de proximité entre les jeunes et les institutions constitue aussi un obstacle à leur engagement citoyen. La politique reste parfois associée exclusivement aux partis et à leurs représentants, alors qu’elle influence de nombreux aspects du quotidien.

La présence de jeunes élus lors des événements peut toutefois contribuer à combler cette distance. Certains exercent déjà des mandats au niveau communal avant l’âge de 25 ans. Dans les communes fribourgeoises par exemple, près de 150 élus sur un peu plus de 2000 ont entre 18 et 29 ans. C'est encore peu mais leur témoignage permet aux élèves et aux apprentis de découvrir des parcours accessibles, d'avoir des modèles et de se sentir représentés dans la vie publique. "S'il ou elle s’est lancée, pourquoi est-ce que moi, je ne pourrais pas le faire? Voilà ce que peuvent en conclure les jeunes au terme de ces rencontres", résume Loïc Jaquier.

Des soutiens étatiques mais pas partisans

L'association insiste sur son indépendance: aucun parti politique ne la finance. Son fonctionnement repose principalement sur le bénévolat, complété par des contributions des écoles, des subventions cantonales et le soutien de fondations privées.

À l’échelle suisse, l’organisation compte environ 120 bénévoles, dont une vingtaine en Suisse romande, ainsi qu’une équipe de sept employés chargée de coordonner les activités.

RadioFr. - Sarah Camporini
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