30 coups de fil pour un RDV chez le médecin

La Fédération romande des consommateurs a documenté les problèmes générés par la pénurie de médecins généralistes.

L'Agglomération de Fribourg est la région de Suisse romande où il est le plus difficile de trouver un médecin généraliste. Telles sont, du moins, les conclusions d'une vaste enquête menée et publiée ce jeudi par la Fédération romande des consommateurs.

Résultats, si vous voulez obtenir un premier rendez-vous auprès d'un médecin de famille à Fribourg, il vous faudra, en moyenne, passer 30 coups de téléphones. "On a été surpris par l'ampleur du chiffre à Fribourg. Dans les autres régions urbaines de Suisse romande, on est plutôt entre 15 et 20 appels", commente Yannis Papadaniel, responsable santé à la FRC et coordinateur de l'étude.

Cette problématique est bien connue depuis plusieurs années dans le canton de Fribourg mais la FRC a le mérité de documenter concrètement les problèmes que génèrent cette pénurie de médecins de famille au quotidien.

Dans les détails, à Fribourg, faute de place, plus de la moitié des appels que vous allez effectuer vers des cabinets médicaux vont déboucher sur un refus. Et lorsqu'un rendez-vous est enfin fixé, cela ne vous garantit pas pour autant une prise en charge idéale. "Rien n'indique que vous allez bien vous entendre avec votre médecin de famille, ce qui est primordial dans la médecine générale. Or, le choix est restreint aujourd'hui et pour l'instant on y va au fonctionnel et on se contente juste de trouver quelqu'un", explique Yannis Papadaniel.

De plus, les cabinets avertissent souvent que leurs médecins ne travaillent qu'à temps partiel et qu'il n’est pas certain qu’ils puissent traiter la demande de consultation et les cas d'urgence.

La FRC répète ce constat déjà connu: il y a trop de médecins spécialistes et pas assez de généralistes. Elle appelle donc à prendre rapidement des mesures, ce d'autant plus que la moitié de la population en Suisse dispose d'un modèle d'assurance - médecin de famille ou HMO - qui l'oblige à passer par un généraliste.

La fédération recommande notamment d'élargir le cercle des prestataires de soins. "L'approche de la médecine générale est très médico-centrée en Suisse. Il faudrait, peut-être, faire en sorte qu'un certain nombre de prestations puissent être fournies par un nombre d'acteurs élargies, comme les pharamacies", explique Yannis Papadaniel.

Pour répondre à cette pénurie de médecins de famille, le canton de Fribourg mise beaucoup sur le Master en médecine humaine, lancé depuis deux ans, à l'Université de Fribourg.

La première volée, à savoir une quarantaine d'étudiants, termineront cette formation l'année prochaine. "Mais cela ne veut pas dire qu'ils vont forcément, à terme, devenir médecins généralistes. Et il n'y a surtout aucune garantie qu'ils restent ensuite sur Fribourg", lance Pierre-Yves Rodondi. Le directeur de l’Institut de médecine de famille à l'Université de Fribourg n'a pas été surpris des chiffres pour Fribourg. "Avec 0,61 praticien pour 1000 habitants, le canton pointe à l'avant-dernière place des cantons suisses", rappelle Pierre-Yves Rodondi

Selon lui, il faut encore davantage renforcer le soutien des pouvoirs publics dans formation postgrade, en augmentant, par exemple, le nombre de postes de médecins-assistants dans les cabinets médiaux.

RadioFr. - Mehdi Piccand