Accouchements comparés par le CHUV

Accoucher à l'hôpital ou à domicile: une étude de chercheurs de l'UNIL et du CHUV tente de mieux comprendre les univers bactériens.

Chaque année en Suisse, 3 à 4% des femmes accouchent en dehors de l'hôpital, une statistique certainement encore favorisée par le Covid-19 depuis 2020. Le couple peut ainsi bénéficier d'un environnement familier, calme et intime, pour autant que l'accouchement soit physiologique, souligne le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Bactéries plus variées

"Le CHUV est très intéressé par tous les accouchements physiologiques, avec des protocoles que nous avons adaptés pour diminuer les interventions pendant l'accouchement et donc le risque de césarienne", explique à Keystone-ATS David Baud, chef du service d'obstétrique du CHUV.

Et de rappeler que, selon des études réalisées aux Pays-Bas où un quart des accouchements se déroulent à domicile, les enfants nés à la maison auraient moins d'allergies alimentaires, moins d'eczéma cutané que ceux nés en milieu hospitalier. L'hypothèse est que les bactéries auxquelles ils ont été exposés au début de leur vie ont été beaucoup plus variées qu'à l'hôpital, milieu stérile.

"On pense que le premier contact entre bactéries et système immunitaire va prédéterminer beaucoup de choses pour la vie future", relève le Dr Stojanov, microbiologiste, coauteur de l’étude. Si les micro-organismes qui colonisent l'intestin sont bien connus, ce n'est pas le cas de ceux du vagin, à plus forte raison le microbiome qui colonise le bébé à la maison, constate le chercheur.

D'où le lancement d'une étude en collaboration avec les sages-femmes pratiquant des accouchements à domicile, ainsi qu'avec le Dr Michel Odent, précurseur de ce type d'accouchements, l'Université de Lausanne et le CHUV.

Pas besoin de prendre ses draps

Les chercheurs sont partis de l'hypothèse que, quand les mères accouchent à la maison, elles le font parmi une grande diversité de microbes familiers. A l'hôpital, pauvre en bactéries et "inhospitalier", cela pourrait être l'inverse.

Les scientifiques ont donc comparé les bactéries du vagin de femmes accouchant à domicile et au CHUV, ainsi que celles de la peau, de la bouche et des premières selles de leurs nouveau-nés. L'étude vient d'être publiée dans la revue "Lancet Microbe".

Après séquençage de milliers de bactéries et analyses bioinformatiques très poussées, les chercheurs ont conclu qu'il n'y avait aucune différence entre les microbiomes hospitaliers et du domicile. "Il ne sera donc pas nécessaire d'emporter son microbiome, à savoir ses propres draps, coussins ou autres à l'hôpital", note David Baud.

L'étude se poursuit avec pour objectif d'évaluer l'effet de l'environnement sur la formation de la colonisation bactérienne du nouveau-né, ainsi que les effets potentiels sur sa santé.

ATS