Cressier: fini l'accueil de midi pour les écoliers dès août

Les élèves devront aller dîner en bus à Morat. Des parents sont fâchés et déçus. La commune regrette, mais dit n'avoir pas d'autre solution.

Il n'y aura bientôt plus d'accueil extrascolaire dans le village de Cressier. © Google Street View

Les élèves de l’école primaire de Cressier, dans le district du Lac, n’auront bientôt plus du tout d’accueil extrascolaire dans leur village. L'offre sur place était déjà limitée, mais ils avaient la possibilité de manger à midi le mardi et le jeudi dans le local aménagé du centre-village, à la route Gonzague de Reynold, grâce à une collaboration avec l’accueil extrascolaire du Trésor à Morat. Ce service en place depuis 2018, appelé "table de midi", sera supprimé dans quelques semaines: la structure moratoise vient d’annoncer aux parents, par un mail envoyé le 27 avril dernier, qu’elle ne pourra plus l'assurer dès la rentrée prochaine, au mois d’août. 

Pour les familles concernées, c’est un choc. Elles doivent maintenant trouver une solution de garde fiable d’ici trois mois. Leur surprise est d’autant plus grande qu’elles ont rempli au mois de mars un formulaire d’inscription du Trésor pour la table de midi à Cressier pour la rentrée 26/27.

Les parents que nous avons pu contacter soulignent aussi que la répartition des élèves dans le cercle scolaire pour l'année prochaine tombera au mois de juin seulement, ce qui renforce encore leur insécurité et leur précarité. La table de midi était pour eux une solution d'accueil "partielle", car uniquement deux fois par semaine, mais qui les soulageait quand même et sur laquelle ils comptaient.

Trop peu d'inscriptions pour le Trésor

Pour les responsables du Trésor à Morat, le nombre d'inscriptions reçues pour le site de Cressier n'est pas suffisant pour la prochaine rentrée: six enfants pour le repas du mardi et un seul pour celui du jeudi, alors que la capacité maximale de dix élèves était toujours atteinte ces dernières années. A noter que le site internet de la commune de Cressier précise lui que "pour que l'accueil extrascolaire ait lieu à Cressier, il faut qu'au moins six enfants soient régulièrement inscrits pour chacun des modules proposés". 

Mais le Trésor invoque encore d'autres motifs pour justifier la suppression de la table de midi: "L’organisation actuelle ne répond plus aux exigences toujours plus élevées en matière d’encadrement, de qualité et de sécurité. A Cressier, la personne responsable est seule avec les enfants pendant le repas de midi, contrairement à Morat. Dans les situations d’urgence, cela représente une grande responsabilité. Des ressources humaines supplémentaires seraient nécessaires. Toutefois, en raison du faible nombre d’inscriptions, cela ne serait ni proportionné, ni réalisable sur les plans organisationnel et financier", écrit Nathalie Sobrado, directrice de l'association crèche Schildli, qui gère le Trésor.

30 minutes pour manger

Comme alternative, les parents ont été invités à s’inscrire sur une liste d’attente pour intégrer l’accueil extrascolaire de Morat. Une solution qui n’en est pas vraiment une pour beaucoup d’entre eux: sur sa pause de midi, leur enfant passerait plus de temps dans le bus aller-retour Cressier-Morat qu’assis à table, avec un dîner à avaler en 30 minutes chrono. Certaines familles, résignées, cherchent déjà une autre solution de garde de leur côté notamment pour le mardi midi, une plage horaire connue pour être saturée à Morat.

Nathalie Sobrado assure qu'elle "comprend la déception des parents et reste à l'écoute de tous les clients". La directrice de l'association crèche Schildli se démène pour trouver des solutions pour les familles de Cressier: "Nous avons pu créer douze nouvelles places de table de midi dans de nouveaux locaux au Trésor. Les inscriptions ayant déjà eu lieu, nous avons permis aux parents de Cressier d’être traités en priorité sur la liste d’attente".

Les responsables de l'accueil de Morat écrivent "avoir communiqué leur décision suffisamment tôt à la commune et se tenir à la disposition des autorités pour transmettre leurs processus et apporter leur soutien si elles parviennent à trouver une nouvelle institution".

Proposer des alternatives "correctes"

Car d’après la loi cantonale sur les structures d’accueil extrafamilial de jour, c’est bien aux communes de répondre aux besoins des familles dans ce domaine. "Une commune a le droit de supprimer un accueil si elle estime ne pas avoir assez d’inscriptions, mais elle doit alors proposer une alternative correcte. Cette solution ne doit pas forcément être sur son territoire. Elle peut collaborer avec d’autres communes ou encore des mamans de jour", explique Estelle Papaux, cheffe du Service de l’enfance et de la jeunesse du canton de Fribourg (SEJ).

La solution proposée par Cressier dès le mois d’août, soit celle d’un accueil à Morat avec un trajet en bus, est-elle "correcte", selon elle? "Cela dépend. La solution doit dans tous les cas être dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Il ne doit pas passer plus de temps dans le bus que ce qui peut être supportable selon son âge et l’organisation doit être légère pour les parents. Le but de ces structures est de permettre de mieux concilier la vie familiale et la vie privée, comme cela est mentionné dans la loi. On ne peut pas non plus demander à des parents de véhiculer eux-mêmes leur enfant de l’école à un accueil dans la commune d'à côté durant leur pause de midi", poursuit la cheffe du SEJ.

Cressier déplore la situation

La commune de Cressier aussi dit "comprendre la déception des parents et regretter que les tables de midi ne puissent plus avoir lieu, d’autant plus que les locaux où les enfants prennent leur repas étaient parfaits pour cette utilisation et situés à proximité de l’école".

Pourquoi ne continue-t-elle pas de proposer un accueil à cet endroit, même sans le Trésor? "Nous sommes tributaires de leur décision et cela confirme le dernier sondage réalisé auprès de la population de Cressier en 2024 à la demande du SEJ, à savoir que la demande pour des places d'accueil extrascolaire n'est pas assez haute", répond-elle.

Pour certains parents, ce système est un cercle vicieux car l'offre très limitée de leur commune les pousse à trouver d'autres solutions de garde. Ils ne manifestent donc pas leur intérêt dans ces sondages, ce qui donne un mauvais signal à leurs autorités, mais leur fournit aussi un prétexte pour ne pas mettre plus de choses en place.

La commune de Cressier reconnaît que l'alternative avec les bus vers Morat "n'est pas idéale", mais elle réfute le fait d'être inactive, arguant qu'il est "très compliqué de mettre en place des solutions à Cressier même". Face aux réactions de parents interloqués par la suppression de l’accueil, la commune de Cressier envisage de refaire un sondage encore cette année pour réévaluer les besoins.

Conseils du SEJ

La situation dans laquelle se trouve Cressier est problématique pour les parents, mais elle n’est pas extraordinaire dans le canton de Fribourg. De nombreuses communes proposent par exemple un accueil régulier durant les semaines d’école, mais aucune heure de garde durant les quatorze semaines de vacances des élèves. "Les parents doivent faire valoir leurs droits et demander à leur commune d’instaurer un système qui tienne la route, comme un tournus avec les villages voisins. Certaines crèches sont aussi parfois d’accord de garder des enfants plus grands durant les vacances", selon Estelle Papaux.

En cas de problème, la cheffe du SEJ recommande aux parents de tout d’abord demander une détermination officielle à leur commune. Ils peuvent ensuite faire un premier recours à la commune concernant cette décision écrite. Si celle-ci est maintenue et leur semble toujours incorrecte, ils peuvent alors déposer un recours auprès de la préfecture de leur district.

RadioFr. - Isabelle Taylor
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