Budget 2027: pas de hausse d'impôts mais des arbitrages
L'Etat de Fribourg n'augmentera pas les impôts, mais prélève 90 millions de francs dans ses réserves pour boucler un budget à l'équilibre.

L'Etat de Fribourg ne touche pas aux impôts, mais tape dans la fortune pour boucler son budget 2027. Quasiment cent millions de francs dans la réserve de la BNS pour pouvoir arriver à l'équilibre avec un léger excédent de deux cents mille francs.
Un équilibre difficile à atteindre en raison du refus de la LAFE en avril, de l'aveu du ministre des finances, Jean-Pierre Siggen, qui présentait son dernier budget avant la retraite. "Des arbitrages ont dû être faits", avance le grand argentier.
La plupart des investissements ont été maintenus pour l'année prochaine. Mais les recettes fiscales ont été revus à la hausse. De leur côté, les syndicats ont réagi et jugent ce budget "insuffisant". Ils demandent une augmentation de salaire du personnel de l'Etat de 3%, au lieu des 1% prévu.
RadioFr: vous avez dû prélever dans la fortune pour ne pas augmenter les impôts, c'est ça ?
Jean-Pierre Siggen: Oui, on a évidemment pris dans la fortune presque cent millions du côté de la réserve de la BNS. Évidemment qu'augmenter les impôts aurait été une possibilité, mais le Conseil d'État n'a pas souhaité aller dans cette direction. Il faut rappeler que l'effort d'assainissement que nous proposions à la population, c'était un effort sur les dépenses prioritairement, et c'est bien là-dessus que se trouve le problème. Vous ne comblez pas ce problème simplement en augmentant les impôts.
Le refus de la LAFE a engendré une insuffisance de financement de 114 millions. Vous avez dû faire certains arbitrages, lesquels ?
Évidemment qu'on ne se contente pas d'un seul domaine. Il y a de nombreux arbitrages, tout au long du processus budgétaire. On serre la vis partout où on peut. On a eu beaucoup de discussions sur le paquet d'allégements de la Confédération qui nous impacte pour plusieurs dizaines de millions. La question est: doit-on le compenser ou non ? La première tentation, je dirais, était de tout compenser, mais on n'a pas pu le faire.
On a réduit un certain nombre de subventions fédérales qu'on n'a pas compensées dans le nombre de domaines. On ne le verra peut-être pas de manière claire comme cela, mais on ne compense qu'en partie les baisses de subventions de la Confédération.
Est-ce que certains projets ont été reportés en 2028 ?
On étale des subventions sur plusieurs années, ou on reporte des projets sur plus d'années. Ça, on le regarde un peu dans les micro-décisions qu'on prend. On prend chaque fois les montants les plus bas. Lorsqu'il y a des subventions, lorsqu'il y a des dépenses, d'achat, de fonctionnement ou d'évolution, de croissance de dépenses dans un secteur, on prend les chiffres les plus bas tout en mettant quelque chose.
C'est un peu cette manière de travailler que nous avons. Et puis après, il y a des domaines pour lesquels on sait qu'il y a de la croissance de toute façon. Et puis là, on essaye d'être réaliste.
Et vous avez aussi été assez optimiste concernant, par exemple, les recettes fiscales. Alors, les recettes fiscales, on a prévu des augmentations partout. On comprend le risque que ça ne soit pas le cas.
Et puis, cela pousse à faire des crédits supplémentaires pour financer les prestations afférentes qui sont financées par, je dirais, ces meilleures recettes fiscales. Mais là, on l'a aussi vu cette année. On a communiqué les comptes 25 avant la votation sur l'assainissement.
Des comptes 25 qui étaient positifs, contrairement à ce qu'on avait prévu, ou plus positifs que ce qu'on avait prévu. On s'est dit, en profitant de ce phénomène, on est de nouveau positifs pour 2027 en termes de croissance des recettes. Et puis, on prend plus dans la Banque Nationale.
Finalement, c'est les deux éléments qui nous ont un peu péjorés dans la votation. On a tablé là-dessus pour pouvoir équilibrer les comptes, le budget. Par contre, les investissements, ils restent quasiment pareils.
Ils sont un tout petit peu légèrement inférieurs. Mais on continue de dépenser tous les gros projets qui étaient déjà lancés. Alors, on est obligé de continuer.
En revanche, on a étalé les amortissements sur un peu plus de temps. Ça, ça reste une mesure qui avait été prévue avec les saignissements, qu'on continuera d'appliquer. Et puis, il y a des projets qui sont aussi, à la fin, des projets qui ne sont plus des projets d'actualité, mais pour lesquels il y avait encore des montants à amortir importants, notamment le pont de la Poya ou la route de contournement de la H189.
2027 est la dernière année. Donc, en 2027, on amortit tout ce qui reste. C'est le solde.
Et puis, c'est souvent plus élevé que les tranches qui ont été amorties année par année. Et c'est pour ça qu'on a des amortissements qui restent élevés. Mais vous craignez quand même.
Il y a certains domaines dont les charges vont exploser. Et là, il y a lesquels, par exemple ? Qu'est-ce que vous voyez venir un peu à l'horizon ? Alors, il y a le domaine, évidemment, de l'assurance maladie, avec l'atténuation et l'augmentation des primes. Là, il y a le compte projet fédéral qui doit s'appliquer maintenant.
C'est 20 millions de plus. Mais il y a aussi, au niveau cantonal, un compte projet, une initiative du Parti socialiste qui demande une augmentation très forte du subventionnement en la matière. Et puis, ça viendra en votation prochainement, j'imagine.
Et là, ça va aussi générer des augmentations de subventions. Puis, il y a le projet de financement uniforme des prestations de santé. La votation populaire, c'est le projet EFAS, la votation populaire en 2024, qui va pratiquement dépasser la centaine de millions de nouvelles subventions dans le domaine de l'assurance maladie.
Et ça, c'est une croissance très forte des subventions qui vont évidemment pénaliser les futurs budgets qui commencent déjà et qui s'accroîtront les années prochaines. Je fais juste une aparté. Demain, ils annoncent la hausse des primes d'assurance maladie au niveau national.
Est-ce qu'au niveau du canton, vous avez un peu en tête la fourchette des subsides ? Ah non, je le demanderai alors à Fabrice. Il doit faire une conférence de presse, je pense, mon collègue Demier. Ah, peut-être.
Il ne nous a pas donné les réserves. Ah, d'accord. Oui, il m'a dit, demande, demande.
Les éléments que je vous mentionne, c'est le stationnaire ambulatoire. Ça, c'est EFAS, c'est encore en plus. Et puis, l'atténuation des primes d'assurance maladie, c'est l'initiative cantonale à 10 %, puis le compte projet.
Ça, c'est encore en plus de cette augmentation. Ça vient s'ajouter encore. C'est ça que là, on voit.
Puis dans ce domaine, c'est difficile de ne pas faire les efforts. Après, nous, on propose le compte projet. On peut mesurer, quoi.
Ça fait deux dizaines de millions de moins, mais ça fait quand même 30 millions de plus. C'est moins grave que là, mais ça fait quand même des dizaines de millions de subventions supplémentaires. Vous n'allez pas y couper.
Vous avez dit que c'était la cote. La cote d'alarme, elle est dans le rouge. Ça veut dire quoi? Ça veut dire que la proportion de subventions que nous versons à la population dépasse les 41 %. Ça veut dire que la proportion de subventions par rapport à nos propres impôts, ça veut dire qu'actuellement, la moitié des recettes que nous avons, nous la transmettons en termes de subventions et nous ne l'utilisons pas pour nos propres dépenses de l'État.
La loi prévoit une cote à ne pas dépasser, qui est de 41 %. Et on a dépassé maintenant cette cote. Ça veut simplement dire que la force ou le poids ou la pression sur les dépenses est énorme, et en particulier sur les subventions. Et si on dépasse cette cote d'alerte, la loi nous demande maintenant de diminuer les subventions dans les deux années qui viennent.
Ça veut dire pour votre successeur qu'il y aura certainement un nouveau package d'assainissement à prévoir. En tout cas, c'est un élément sur lequel il va falloir travailler dès le début de l'année. D'accord.
Donc à titre personnel, c'est la dernière fois que vous présentez un budget, un budget devant la presse aussi. C'est un petit pansement au cœur. Bien sûr, c'est toujours évidemment pour le directeur des finances et les comptes et le budget, les grandes interventions publiques devant la presse.
On peut présenter l'entier du reflet financier de la situation cantonale. Voilà, tout à une fin. J'ai présenté ce dernier budget et je passe le témoin à celui ou celle qui reprendra les finances pour l'année prochaine.
Qu'est-ce que vous avez aimé là-dedans ? Vous disiez une vue d'ensemble, vous avez la main sur le porte-monnaie. Oui, mais l'aspect financier, c'est la traduction financière du fonctionnement du canton. En étant en finances, vous avez tout le canton et tout le fonctionnement du canton et les dépenses, les prestations, les recettes, la manière dont les choses se développent, la vie des entreprises, la vie des personnes, les relations avec les autres cantons, les relations avec la Confédération.
Tout cela, c'est une synthèse chiffrée. Mais si vous regardez au-delà des chiffres, vous avez quand même une bonne vision, une bonne synthèse de la situation cantonale et plus largement de la Suisse d'où nous en sommes.


