Bug des indemnités chômage: le bilan de notre témoin

Claudio Leitão ne décolère pas. Il reçoit désormais ses allocations, mais il constate toujours des dysfonctionnements. Il regrette aussi le manque d'empathie des autorités.

Le bug du système de versement des indemnités a impacté des milliers de chômeurs. De quoi provoquer une grosse colère © Keystone

"C'est inadmissible!" Alors que le Secrétariat d'État à l'économie affirme que la situation se normalise, Claudio Leitão est toujours très en colère contre le SECO et son nouveau programme de versement des indemnités de chômage.

Comme lui, des milliers de chômeurs et de chômeuses ont été privés de leur versement mensuel pendant des semaines, voire des mois. En cause: SIPAC 2.0, la nouvelle plateforme centralisée, lancée le 6 janvier pour traiter et verser les indemnités de chômage en Suisse.

Quand nous l'avions rencontré la première fois en avril dernier, le Fribourgeois de 29 ans vivait sur ses économies depuis le début de l'année, faute de recevoir ses allocations. Il se disait toutefois privilégié par rapport à d'autres assurés, sans un sou devant eux. Mais il ne mâchait pas ses mots sur le manque de communication et de considération des autorités à l'égard des chômeurs et des chômeuses touchés.

Aujourd'hui, Claudio est toujours aussi remonté. Alors oui, il touche maintenant ses allocations à peu près dans les temps, "même s'il y a toujours quelques petits jours de retard", nuance le Giblousien. Mais il a fallu se battre, se déplacer et même faire appel à sa protection juridique pour obtenir gain de cause.

Des bugs encore et toujours

Et tout n'est pas réglé. Informaticien de métier, il constate toujours de nombreux dysfonctionnements, en particulier sur Job-Room.ch, la plateforme en ligne officielle de l'assurance-chômage et du service public de l'emploi. C'est là que les employeurs publient notamment leurs annonces de postes vacants, tandis que les demandeurs d'emploi transmettent leurs dossiers de candidatures et les preuves de leurs recherches, indispensables pour toucher les allocations.

"Il y a des bugs côté serveur. Moi je suis du métier donc je comprends un peu ces choses-là. Mais d'autres, qui se connectent à Job-Room, n'ont pas forcément la possibilité de saisir ce qui se passe. Les professionnels eux-mêmes, qui travaillent quotidiennement sur la plateforme, sont aussi lésés par cette situation."

Prenez vos précautions

Pour éviter les pertes de documents, en particulier les preuves de ses recherches d'emploi, le Giblousien prend ses précautions et conseille à tous les demandeurs et demandeuses d'emploi d'en faire autant. "Je garde toujours une version papier de toutes mes démarches, comme mes postulations. Je fais aussi des captures d'écran. Je n'ai plus confiance."

Il est aussi dégoûté du manque de considération et d'empathie des autorités qui, selon lui, ont minimisé la gravité de la situation et ses conséquences sur les chômeurs et les chômeuses. Il pense à certaines de ses connaissances, forcées d'aller demander de l'aide ou même un toit à des proches, faute de pouvoir payer leur loyer. Lui-même a dépanné un ami qui ne pouvait plus faire face à ses charges.

Au final, on arrive à une plateforme complètement buggée. Il faut se rendre à l'évidence: on se fout de notre gueule quand même!

"Comment peut-on faire autant faux et aussi mal? Et je pèse mes mots!" Claudio Leitão rappelle que dans un contexte étatique, la mise en place d'un programme comme SIPAC 2.0 nécessite des heures de travail, de correction, de maintenance et de tests. 10 ans, c'est le temps qu'a pris le développement du système pour un coût de 200 millions de francs. "Et au final, on arrive à une plateforme complètement buggée. Il faut se rendre à l'évidence : on se fout de notre gueule, quand même!"

RadioFr. - Sarah Camporini
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