C. Maé: "C'est un métier qui demande beaucoup de courage"
Christophe Maé dévoile son 7e album “Fête Foraine”. Le plus intime, entre amour, famille et cycles de la vie. Rencontre.
Radio Fr: Le choix du titre de l’album, “Fête Foraine”, il n'est pas anodin. La Fête foraine c'est une métaphore de la vie, cette vie avec ses hauts et ses bas et plus précisément de ta vie en l'occurrence?
Christophe Maé: Oui c'est l'album le plus intime que j'ai jamais fait et le plus introspectif aussi. Je venais de terminer ma tournée précédente quand j'ai commencé à écrire cet album. Autant te dire qu'il y a comme un sentiment de vide, un sentiment de solitude qui s'installe tout doucement à la sortie d'une tournée parce que je venais de faire la fête avec des milliers de personnes, et là je me retrouve chez moi où je suis pas tout seul. Il y a ma femme et mes enfants, mais chacun mène sa vie et puis moi je commence à tourner en rond et à me dire “bon qu’est-ce que je vais faire?” Et c'est vrai qu'il y a comme un silence un peu assourdissant dans les semaines qui suivent la fin d'une tournée. Quand je sors de tournée j'ai la bougeotte, j'ai besoin d'aller à droite et à gauche, de continuer à voir des gens et là étrangement j'ai pas ressenti ce besoin. Je suis resté chez moi et j'ai commencé à écrire sur sur cette fête foraine. Il m'est venu l'image de cette roue, cette métaphore de la roue où on est en haut, en bas, dans la lumière, dans le silence... Et j'ai trouvé ça plutôt joli de commencer à écrire là-dessus. La vie est faite de cycles de toute manière.
“Fête Foraine”, c'est aussi le premier titre qu'on retrouve sur cet album. On peut parler d'une espèce de rétrospective qu'on peut faire un 31 décembre. Dans la vie, est-ce que tu es quelqu'un qui aime bien faire des bilans du passé. Est-ce qu'il y a un peu de nostalgie qui t'habite?
Oui, il y a toujours ce sentiment un peu de nostalgie, et là on l'a peut-être un peu plus dans deux ou trois chansons. C'est quelque chose que j'aborde très naturellement en fait, ça a été une vraie prise de conscience. C'est un album pour moi, et par rapport à mon âge aussi. Et c'est vrai que 50 ans, ça bouscule un petit peu. Et c'est pour ça que je parle de prise de conscience, parce que tu te rends compte que finalement les choses ne sont pas éternelles. J'avais vraiment envie d'enlacer ma mère, lui dire je t'aime, à travers cette chanson qui s’appelle “La lune”. Envie de dire aux gens que je les aime, ces gens qui donnent du sens à ma vie. Parce que depuis 20 ans je grandis avec ce public et donc forcément que je parle aussi un peu du passé mais c'est surtout avec un désir profond d'apprécier ce qui se passe et arrêter de courir à droite à gauche. Et c'est vrai qu'avec les années qui passent je crois qu'on apprécie plus ce que l’on a, même si ma vie est bien, c'est accepter qu'elle soit pas parfaite, qu'elle soit pas comme vraiment je l'imaginais quand j'étais gamin, même si elle est pas loin de ce que j'imaginais.
Il y avait déjà eu ce virage en 2019 avec l’album “La vie d'artiste” où tu avais commencé à partager ta vie privée avec le public. Là, effectivement, c'est vraiment l'album le plus intime, le plus rétrospectif. Quand on discute avec toi, ça avait l’air assez facile, mais est-ce que t'as quand même eu besoin d'un peu de courage pour te mettre à nu comme ça? Ou est-ce que ça s'est fait naturellement à l’arrivée de la cinquantaine?
De toute manière, c'est un métier qui demande beaucoup de courage parce que c'est se mettre à nu. Et c'est vrai que ça me sert à ça aussi de faire ce métier là. D'écrire des chansons, c'est dire, c'est exprimer ce que je ressens et que je ne dis pas forcément au quotidien, comme dans “La lune”, j'enlace ma mère et je lui dis "je t'aime". Mais moi je viens d'une famille où l'amour se vit mais ne se dit pas forcément par pudeur. Et là ça me permet de lui dire tout simplement ce que je traverse, ce que je ressens profondément. Il n'y a pas que de la vérité dans les chansons. Je me sers des chansons aussi pour rendre les choses plus belles, mais il y a une grande part de vérité. Et c'est vrai que ça demande beaucoup de courage parce que finalement, je ne suis pas comme un acteur ou un comédien qui endosse un rôle. Moi la seule planque que j'ai, c'est de mettre ma guitare devant moi. Mais je crois que d'être le plus vrai, le plus sincère possible, c'est ce que j'essaie de faire en tous les cas à travers mes chansons, et c'est ce qui fait que je parle de cœur à cœur. Parce que raconter des histoires farfelues ou inventées de toute pièce, je pense que ça ne parlerait pas aux gens qui m'apprécient.
Je te le confirme parce que j'aimerais revenir sur “La lune”, elle groove cette chanson, mais les paroles elles, elles touchent, on va évidemment penser à sa maman, qu'elle soit encore là ou pas. Tu disais que tu viens d'une famille où l'amour se vit mais ne se dit pas. Alors j'aimerais savoir quelle approche tu as eue avec cette chanson envers ta maman. Est-ce que ça a été compliqué? Et sa réaction, parce que vous êtes les deux concernés dans ce partage?
A un moment donné je suis chez moi et puis voilà je pense à elle et j'ai envie de lui écrire cette chanson. Il y a cette première image, c'est cette lune, cette métaphore qui me parle, parce que la lune, elle est toujours présente, elle est jamais trop loin, et une mère, c'est ça. Et c'est une ode à toutes les mères, pour leur courage, pour leur force, parce qu'elles sont là toute une vie, même quand les choses vacillent, quand ça tourne pas rond. Et moi, c'est assez viscéral l'approche que j'ai, l'envie d'écrire, c'est pas écrire une chanson pour écrire une chanson de plus. C'est donner du sens à ce que je fais, donc c'est pour ça que je parle des gens que j'aime, parce que finalement c'est la vie, c'est se nourrir de l'amour. Ca peut paraître léger mais il y a rien de plus profond que ça finalement et je crois qu'il y a rien de plus compliqué que d'écrire des choses simples, de dire des sentiments qui nous traversent tous.
Il y a d'autres jolies déclarations d'amour dans cet album, je pense à ta femme. Ce n'était pas la première fois que tu lui faisais une déclaration. Et sur cet album, on retrouve “Une star”. Et il y a aussi ce titre “Adieu mon amour” en collaboration avec la chanteuse de Flamenco, Cécile Evrot. Alors je ne sais pas si t'as aussi pensé à ta femme pour ce titre parce que tu parles de la peur d'une rupture, peur de l'abandon. Est-ce que tu fais partie de ces personnes qui se disent que jamais rien n'est acquis malgré 20 ans de vie commune?
Carrément! Jamais rien n'est acquis, ça c'est clair. Je vis avec ça en permanence et c'est vrai que “Une star” c'est une chanson que j'ai écris pour ma femme parce qu'en fait pour pour tout te dire, je suis dans mon studio et je passe des journées et il n'y a rien qui vient. Et un soir je me sers un verre de vin, c'est 19 heures, c'est mon rituel. Je suis dans la cuisine et je tourne en rond et elle me voit faire. Elle me dit “Dis-moi, tu vas tourner en rond comme ça tout l'hiver ou quoi?” Et quand elle me dit ça, me vient l'idée de parler de ça parce que finalement c'est elle qui me supporte, qui me voit faire au quotidien. C'est elle qui est là, qui me porte, qui me supporte. Et je crois que c'est elle qui mérite les applaudissements, bien plus que moi. Et donc oui, c'était une évidence de lui écrire cette chanson. En fait, je la mets en lumière pour raconter aussi mes moments un peu plus fragiles et les moments où je me sens seul.
On a de la peine à imaginer la solitude dans une vie d'artiste, justement. Donc tu expliques qu’il y en a quand même?
Mais la vie d'artiste est faite d’énormément de solitude... Après c'est l'accepter cette solitude, c'est l'apprivoiser, et je m'y suis fait avec les années. Mais les premières années, sincèrement quand je finissais une tournée, j'étais chez moi, j'étais pas très bien. Et là, avec les années, plus ça va et plus j'ai fini par l'apprivoiser. J’ai pris conscience d'une chose, c'est dans ces moments-là aussi que je me construis, où j'apprends des choses sur moi, sur ma manière d'être, et de ne pas partir dans tous les sens. Souffler un peu, faire du sport, je prends du temps pour aller voir des potes, ma famille, et si j'arrive pas à écrire et à composer, je me détends. De toute manière, essayer de faire les choses en force ça vient encore moins.
Je termine toujours avec un petit instant Crush, un petit instant coup de coeur, si tu devais garder un seul de tes trois objets fétiches parmi ton harmonica, le chapelet que tu emmènes toujours sur scène et ton l'attrape rêve, ça serait lequel?
Écoute, là je pense forcément à l'harmonica. Tu m'enlèves l'harmonica, c'est une partie de moi qui s’en va.
Tu as écrit ou coécrit aussi pour plusieurs artistes. J'aimerais avoir ton plus beau souvenir parmi Johnny Hallyday, Line Renaud ou Jenifer?
Bah d'entendre la voix de Johnny sur une de mes mélodies, c'est clair que ça c'est un grand moment. C'est un truc, si on me l'avait dit, je l'aurais jamais cru. Donc c'est juste magnifique. Line Renaud, ça a été une jolie histoire aussi. Parce que j'avais adoré aller chanter cette chanson qui s'appelle ”Dans ma tête” avec elle à l'Olympia. Et puis c'est quelqu'un qui me touchait profondément, j'adore Line. Et puis avec Jenifer, ça s'est fait très naturellement. Elle était à la maison au moment où j'ai écrit cette chanson. Elle cherchait une chanson pour revenir, pour dire aux gens qui lui avaient fortement manqué. Et il y a ce truc très solaire qui me vient et je sais qu'elle prend énormément de plaisir à chanter cette chanson.
Christophe Maé sera en concert en Suisse le 16 juillet à Sion sous les étoiles, le 31 juillet à l’Estivale Open Air, ainsi que le 12 décembre 2026 et le 10 février 2027 à l’Arena de Genève.
Retrouvez l'interview de Christophe Maé en podcast:


