Conflit en Iran: "Le peuple iranien espère encore"

Depuis ce week-end, un conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran embrase le Proche-Orient. Analyse et témoignage.

La guerre au Moyen-Orient s'aggrave lundi sur de multiples fronts. © La Télé

Ce samedi, les États-Unis et Israël ont mené des frappes sur l'Iran. Le guide suprême iranien Ali Khamenei a été tué dans ces attaques… Et depuis, c'est l'embrasement au Moyen-Orient. L'Iran a riposté, tout comme ses alliés.

Des explosions ont eu lieu à Dubaï, à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, au Qatar et à Bahreïn. Pour en parler, Reza Shamirani, réfugié politique iranien, et Francis Piccand, ancien conseiller politique au DFAE.

La Télé: Reza Shamirani, vous êtes iranien, réfugié, et vous vivez dans notre canton. Quel a été votre sentiment quand vous avez appris la mort du guide suprême?

Reza Shamirani: Je suis très content. La mort de Khamenei, c'est la mort d'un dictateur religieux en Iran. Désormais, le peuple iranien peut respirer la liberté.

Pour l'instant, on a peu d'informations sur place. Je ne sais pas comment ça se passe pour vous avec vos proches. Est-ce que vous avez des nouvelles?

Comme tous les Iraniens, je suis perturbé, je n'ai pas de nouvelles de ma famille. Depuis les soulèvements en Iran en janvier, le régime a tué plusieurs milliers de personnes et a coupé Internet. Est-ce que ma famille est vivante? Que se passe-t-il? Je suis inquiet pour tous les Iraniens dans le monde.

En début d'année, le régime iranien avait tiré sur des manifestants qui réclamaient plus de liberté. Francis Piccand, vous avez travaillé au Département fédéral des affaires étrangères. Quand vous avez vu cette attaque américaine, est-ce que vous étiez surpris ?

Francis Piccand: Je pensais, d'après ce qu'on pouvait lire dans la presse, que les négociations qui avaient eu lieu ces derniers jours à Genève débouchaient sur une certaine forme de compromis. Et tout à coup, voilà la surprise de cette attaque qui, sur le papier, était préparée depuis longtemps. Quand vous amenez une armada comme celle qu'on voyait se préparer en direction de l'Iran, évidemment ce n'était pas pour des prunes. Après coup, on réalise que l'opération a été préparée de connivence avec Israël depuis un petit moment. D'après les informations qu'on a, la CIA disposait d'informations précieuses qu'elle a partagées avec les services de renseignement israéliens et qui ont notamment conduit à l'assassinat du guide suprême et des hauts responsables autour de lui.

Reza Shamirani, est-ce que pour vous votre pays est libéré maintenant?

Reza Shamirani: Non, pas encore, parce que le régime des mollahs, ceux qui restent, est toujours en place. Mais on espère encore, depuis quarante-cinq ans qu'on cherche à changer le régime en Iran.

Est-ce que pour vous c'est la fin de cette dictature?

Pour moi, oui, parce que le régime des mollahs a mis toutes ses cartes sur la table et il n'a plus rien à jouer. Le peuple iranien s'est clairement manifesté dans la rue pour montrer qu'il n'en voulait plus.

Francis Piccand, vous êtes d'accord?

Francis Piccand: Évidemment que c'était un régime d'oppression. Mais l'Iran est un grand pays, plus de 90 millions d'habitants, et il y a aussi des partisans de ce régime, des gens qui ont grandi sous ce pouvoir et qui ont été endoctrinés. C'est une bonne nouvelle que cette dictature disparaisse, mais je crains que les Américains et les Israéliens aient d'autres intentions que de promouvoir un régime démocratique en Iran, ce qui me cause beaucoup de souci pour le peuple iranien.

Il y a aussi cette rumeur persistante que le fils du chah d'Iran, qui vit aux États-Unis, pourrait peut-être revenir. Est-ce que pour vous, Reza Shamirani, ce serait une bonne nouvelle?

Reza Shamirani: Je suis parfaitement contre, parce que le fils du chah n'est plus sur place. Depuis quarante-cinq ans, en 1982, il existe un Conseil national de la résistance iranienne, dirigé par Maryam Radjavi, qui lutte contre le régime des mollahs. Ils en ont payé le prix : en 1988, il y a eu un massacre, j'ai été emprisonné, 30 000 prisonniers ont été exécutés, tous partisans de l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien et de Maryam Radjavi.

Vous avez fait dix ans de prison sous le régime de Khamenei.

J'étais un partisan des moudjahiddines du peuple. Nous étions pour la liberté, pour les femmes, l'égalité, la justice, la séparation de la religion et de l'État, et c'est pour ça que j'ai été arrêté. Je ne suis pas surpris de cette guerre. Maryam Radjavi demande depuis quarante-cinq ans aux pays européens et américains d'arrêter la complaisance avec le régime des mollahs. Si vous gardez vos diplomates en Iran, si vous entretenez des relations avec le régime des mollahs, vous soutenez ce pouvoir et un jour vous aurez la guerre. Aujourd'hui, c'est le cas.

La Télé - François-Pierre Noël / Adaptation web: Mattia Pillonel
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