Confusion autour des élections
Le chef politique des Serbes de Bosnie Milorad Dodik, sanctionné par Washington, semble lundi en passe de remporter une victoire électorale cruciale, selon de premiers résultats, après une nuit chaotique au cours de laquelle sa rivale a revendiqué la victoire.

Les multiples élections de dimanche ont débouché sur des résultats qui pourraient aggraver l'instabilité de la Bosnie, petit pays pauvre divisé selon des lignes de fracture ethniques.
Jelena Trivic, 39 ans, a été la première à proclamer sa victoire à la course à la présidence de la Republika Srspka (RS), l'entité serbe du pays fracturé, après avoir promis d'éradiquer la corruption tout en jouant une partition nationaliste exacerbée.
Le leader serbe de 63 ans, grand admirateur du président russe Vladimir Poutine, l'a aussitôt contredite et accusé son adversaire de manquer de "sérieux".
La Commission électorale a annoncé lundi qu'il avait obtenu 49% des voix contre 42% à la professeure d'économie, après le décompte des voix dans 82% des bureaux de vote de la RS.
"Les derniers résultats confirment notre grande victoire", s'est réjoui sur Twitter le SNDS, la formation nationaliste de M. Dodik.
La Bosnie est gouvernée selon un système dysfonctionnel hérité des accords de paix de Dayton qui avaient mis fin à la guerre intercommunautaire en 1995. Le pays est divisé entre la Republika Srpska et une fédération croato-musulmane, reliées par un faible pouvoir central souvent paralysé.
Depuis la fin du conflit, les principaux partis ont exploité les divisions ethniques pour se maintenir au pouvoir.
Exode massif
Pendant ce temps, tous ceux qui le pouvaient ont choisi l'exil face à l'absence de perspectives tant politiques qu'économiques dans un pays où le chômage touche environ 30% de la population active.
Près de 500'000 personnes ont quitté la Bosnie depuis le dernier recensement de 2013, quand elle comptait 3,5 millions d'habitants, selon les estimations de l'Union pour un retour durable, une ONG locale.
Depuis des mois, Milorad Dodik souffle sur les braises en multipliant les menaces de sécession, ce qui lui a valu de nouvelles sanctions de Washington en janvier.
Il brigue un troisième mandat à la présidence de la RS après quatre ans passés dans le fauteuil serbe de la présidence collégiale de la Bosnie où il n'a cessé de dénigrer un pays "raté" qu'il "méprise".
Les remous en RS ne constituent pas la seule surprise du scrutin.
Dans la communauté musulmane, Bakir Izetbegovic, le chef du SDA nationaliste qui domine la vie politique depuis l'indépendance, a essuyé une cuisante défaite dans la course à la présidence tripartite.
Denis Becirovic, social-démocrate soutenu par onze partis d'opposition et qui milite pour une Bosnie "pro-européenne et unie", l'a emporté haut la main.
Côté croate, Zeljko Komsic a obtenu son quatrième mandat à la présidence collégiale, ce qui pourrait provoquer de nouvelles tensions. Porte-drapeau d'une Bosnie "citoyenne", il est apprécié des musulmans mais honni par une grande partie des Croates qui lui dénient toute légitimité.
Leurs griefs découlent de la domination démographique des musulmans dans l'entité commune qui leur permet de fait d'élire le membre croate de la présidence tripartite.
Juste après la fermeture des urnes, le Haut Représentant international Christian Schmidt a annoncé des réformes dans l'entité croato-musulmane où aucun gouvernement n'a pu être désigné à l'issue des dernières élections de 2018 en raison des désaccords entre les deux communautés.
"Ces mesures visent à améliorer la fonctionnalité de (l'entité) et à assurer la prompte mise en oeuvre du résultats des élections", a dit dans un communiqué le Haut représentant, doté d'importants pouvoirs discrétionnaires en Bosnie.


