WEF à Davos: l’économie sous pression face à Trump
À Davos, les annonces de Trump inquiètent. Philippe Gumy, directeur adjoint à la CCIF, évoque une situation compliquée pour les entreprises fribourgeoises. Interview.
Près de 3'000 participants issus de 130 pays, ainsi qu’une soixantaine de chefs d’État, dont le président américain Donald Trump, se retrouvent cette semaine à Davos pour la 56ᵉ édition du World Economic Forum. Un rendez-vous suivi de très près par les milieux économiques, notamment à Fribourg. Entretien avec Philippe Gumy, directeur adjoint de la Chambre de commerce et d'industrie du canton de Fribourg.
La Télé: Dans le contexte économique actuel, Fribourg suit-il de près ce qui se passe à Davos?
Philippe Gumy: Très attentivement, évidemment. La situation est compliquée pour les entreprises fribourgeoises, comme pour l’ensemble des entreprises suisses, et ce depuis près de deux ans. L’an dernier, les choses se sont encore détériorées avec l’arrivée de Donald Trump et les annonces répétées sur les droits de douane. Et en ce début d’année, nous faisons face à une crise que nous n’aurions pas imaginée il y a encore deux semaines.
Donald Trump prend la parole mercredi à Davos. Son discours est très attendu, notamment sur la question des droits de douane. Il a récemment évoqué des taxes de 200% sur les vins et champagnes français. Comment interpréter ce genre d’annonces?
C’est tout le problème: on ne sait plus sur quel pied danser. La Suisse s’apprête à entamer des négociations avec l’administration Trump, alors même que des accords déjà conclus avec l’Union européenne sont aujourd’hui remis en question. Entre les annonces de 200%, les 10 % additionnels évoqués ce week-end en lien avec le différend sur le Groenland, ou encore la perspective de 25%, on se retrouve dans une situation extrêmement inquiétante.
Qu’est-ce qui est le plus difficile à gérer: la situation ou le personnage Donald Trump?
C’est clairement le personnage. Pour les entreprises, cette instabilité se traduit très concrètement par un problème d’investissements. Comment investir dans un tel climat d’incertitude? À la fin de l’année passée, la situation semblait se stabiliser, mais aujourd’hui, on est de nouveau dans un contexte totalement imprévisible.
La thématique du WEF cette année est “l’esprit de dialogue”. Un choix presque ironique…
La thématique est choisie une année à l’avance. On peut toutefois espérer que le dialogue revienne. Donald Trump est à Davos, peut-être que des discussions pourront s’engager. On l’espère notamment sur la question du Groenland, un territoire rattaché au Danemark mais indépendant, qui ne souhaite pas devenir américain. Il faudrait pouvoir discuter sur cette base, et non dans un rapport de force.
Concernant les droits de douane : un accord à 15% permettrait-il d’apaiser les choses pour l’économie suisse et fribourgeoise?
Si cet accord à 15%, validé en novembre dernier, peut être confirmé, cela offrirait une certaine stabilité pour les mois à venir. Bien sûr, 15% reste nettement supérieur aux taux précédents, qui oscillaient entre 3 et 8%. Mais les entreprises ont pu s’y préparer et se projeter. Le grand risque aujourd’hui est de savoir si un accord pourra être conclu d’ici au 31 mars et si la situation géopolitique actuelle ne viendra pas tout remettre en cause.
La présence de quatre conseillers fédéraux à Davos peut-elle faire pencher la balance?
On peut l’espérer. Le mandat de négociation est clair et a été validé la semaine dernière. La Suisse a déjà fait des concessions, notamment sur les importations de viande. L’enjeu est désormais d’obtenir des garanties: que ces 15% s’inscrivent dans la durée et qu’on ne revienne pas, dans deux ou trois mois, avec de nouvelles exigences.
Ce serait le scénario le moins mauvais?
Oui, c’est le moins pire. On peut toujours espérer mieux, mais aujourd’hui, c’est ce que les entreprises attendent.
Avec un besoin central de stabilité?
Exactement. De stabilité et de prévisibilité. Ce sont les conditions nécessaires pour permettre aux entreprises d’investir et de planifier leur avenir.



