Des prisons roumaines au Belluard Bollwerk Festival

Vanessa Cojocaru a passé six mois à Bucarest pour enquêter sur les prisons communistes roumaines. De ce travail est née une œuvre présentée samedi au festival d'art contemporain à Fribourg.

Au Belluard Bollwerk, Vanessa Cojocaru redonne une voix aux femmes emprisonnées sous le régime communiste roumain. © La Télé

« Lila est cette fois transférée dans une prison réservée aux femmes. Dans cet ancien couvent, les détenues politiques sont séparées en deux groupes qui ne se mélangent pas. »

À travers ce récit, Vanessa Cojocaru retrace l'histoire de sa grand-tante, Lila. Au début des années 1950, cette dernière est emprisonnée en Roumanie à cause de sa relation avec un membre d'un groupe opposé au régime communiste. « Des milliers de femmes ont été incarcérées pour ce genre de motifs et très peu ont témoigné », explique l'artiste.

Capacité à résister

L'histoire familiale est le point de départ d'un travail de longue haleine. Dès 2019, Vanessa Cojocaru multiplie les allers-retours entre Fribourg et Bucarest pour recueillir le témoignage de sa grand-tante. En 2025, une bourse de la Direction de la formation et des affaires culturelles (DFAC) lui permet de passer six mois en Roumanie afin d'approfondir ses recherches.

Sur place, elle collabore avec une historienne et découvre de nombreux récits similaires à celui de Lila. « J'ai été horrifiée de découvrir ces histoires et les conditions dans lesquelles ces femmes ont été détenues », confie-t-elle. Mais au-delà de la violence du système carcéral, elle est aussi marquée par leur capacité à résister. « Comme elles n'avaient pas le droit de communiquer, elles ont appris le morse pour parler d'une cellule à l'autre », raconte Vanessa Cojocaru.

Première représentation samedi

Pour donner corps à ces témoignages, l'artiste s'entoure d'objets rapportés de Roumanie et de photographies de l'appartement de sa grand-tante, resté presque intact depuis les années 1960. Les images, prises au téléphone, sont imprimées sur des draps suspendus, comme du linge qui sèche. « Je suis très attachée à tout ce qui est tissage ou broderie, qu'on retrouve beaucoup dans la tradition roumaine », explique-t-elle.

Vanessa Cojocaru peaufine encore les derniers détails de son installation avant sa première représentation, prévue samedi soir devant une centaine de spectateurs, pour le dernier jour du Belluard Bollwerk Festival.

La Télé - Océane Page
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