Des hérons sèment la zizanie dans les étangs

Des dizaines de ces oiseaux ont fait des ravages dans l'Intyamon, ces derniers temps. Beaucoup de poissons ont ainsi été avalés. Reportage.

"Nous avons dû couvrir la totalité de la pisciculture pour se protéger de ces oiseaux parce que chaque année, entre 5 et 7 % de la population de poissons qui s'y trouvaient disparaissait", raconte Yves Sailleau, responsable de la production à la pisciculture de la Gruyère. "Tous les ans, on dénombrait entre 30 et 50 hérons sur le site. Dès qu'on s'en allait, ils se ruaient dans le bassin."

Ces oiseaux prélevaient une grande partie de leur pitance directement dans l'eau. Il arrivait aussi que des poissons soient blessés et meurent plusieurs jours après le passage des volatiles gourmands. "On se rend compte de l'impact que chaque héron a sur la population de poissons quand on les voit régurgiter 30 à 40 petits alevins sous l'effet du stress, cela représente environ 150 à 200 grammes par oiseau", précise le responsable de la pisciculture.

Car la pisciculture de la Gruyère, basée à Neirivue, fournit chaque année environ 120 tonnes de truites arc-en-ciel aux grands distributeurs. Au total, cela représente 10% de la production nationale.

Espèce protégée

Si le héron fait parler de lui, la marge de manœuvre pour l'empêcher de faire des dégâts reste limitée. En effet, cette espèce fait partie de la liste des oiseaux protégés. Avec l'aide du garde-faune, la pisciculture de la Gruyère dit avoir mis en place différents dispositifs pour éloigner ces oiseaux: des épouvantails ainsi que des hauts-parleurs pour les effaroucher. "Mais l’oiseau est malin. Il se rend compte des subterfuges et après 3-4 jours, on le retrouve à nouveau près du bassin", rigole Yves Sailleau.

Le filet installé en mars 2021 pour un montant total de 100'000 francs permet également de diminuer drastiquement le nombre de poissons que les hérons ingurgitent. "Lorsque nous comptabilisons les poissons à différents moments de l'année, on se rend compte qu'à quelques centaines de poissons près, nous en avons le même nombre. Le système de filet est donc vraiment très intéressant", explique le responsable de production.

L'hiver froid a également permit de réguler la population de hérons dans la région. Non seulement l'accès à la pisciculture leur a été rendu plus difficile, mais les autres proies telles que les mulots dans les champs se sont également raréfiés. Mais la population reste surdimensionnée dans ce coin, comme l'avance le garde-faune responsable de cette région Fabrice Maradan.

Le problème réside dans le fait que les années précédentes, les hérons avaient l'habitude de se rassasier grâce aux truites de la pisciculture. Mais depuis que ce garde-manger n'est plus accessible, ils se rabattent sur d'autres plans d'eau, comme des étangs ou des gouilles en mangeant également des crapauds. Il faut laisser le temps à la nature de se réguler. C'est-à-dire que désormais, il y a moins de nourriture, les couvées seront plus petites, et la population de hérons va s'adapter à son environnement.

Le problème est déplacé chez les privés

Plusieurs personnes nous ont confirmé que ces grands oiseaux ont fait récemment des dégâts dans la région. D'autres coins d'eau ont également connu leurs lots de mésaventures, à l'instar du home de l'Intyamon à Villars-sous-Mont. "Un jour, j'ai vu qu'un héron était proche de la gouille. J'en ai aussi vu sur le toit. Ils plongeaient dans l'eau. Après plusieurs jours, on n'avait plus de poissons (70 à 80 poissons rouges). Les crapauds venaient dans l'étang pour pondre. Il n'y avait plus de bruit, plus rien", raconte pour sa part Philippe Jaunin, responsable technique au home.

Pour repeupler l'étang, ce dernier est allé acheter d'autres poissons au magasin. La vendeuse l'informe qu'il n'est pas le premier à s'y rendre pour faire une telle course. D'ailleurs, une aide-soignante du home raconte par exemple qu'elle a connu un épisode similaire chez elle: "Dans mon jardin privé, il y a un petit étang dans lequel mon fils avait mis des carpes. Le héron s’en est régalé. Il a mangé jusqu’à ce qu’il n’y en ait quasiment plus. Lorsque mon fils est venu en remettre, il a découvert que certaines d'entre elles s’étaient cachées."

RadioFr. / Frapp - Karin Baumgartner / Adaptation web: Luca Poli