Des soutien-gorges suspendus en signe de protestation

L'action a été menée dans la nuit au collège de Gambach à Fribourg. En cause: la tenue d'une étudiante jugée inadéquate par un professeur.

"On a voulu montrer notre soutien à cette étudiante", explique l'une des membres de l'entité féministe fribourgeoise à l'origine de cette action. "Dans la semaine des 50 ans du droit de vote des femmes, qu'on en soit encore là et que des professeurs se permettent de regarder la poitrine des élèves, on trouve ça déplorable!"

Le groupement, qui préfère rester anonyme, confie avoir mené cette opération dans la nuit de lundi à mardi. Ses membres ont suspendu des soutiens-gorge au portail de l'établissement. Des sous-vêtements agrémentés de messages comme C'est pas notre tenue, mais votre regard qui est inadéquat, ou encore Lâchez-nous les boobs. L'action a été suivie mardi matin par des étudiantes qui ont à leur tour suspendu leur soutien-gorge à la barrière de l'établissement.

A l'origine de cette levée de boucliers: l'affaire d'une étudiante du collège de Gambach qui s'est vue récemment reprocher par un enseignant de ne pas porter de soutien-gorge. 

Susciter le débat

Cette action a pour but de susciter la réflexion chez les étudiants, mais aussi en classe, selon la militante: "quelle est la place des femmes dans le milieu de l'éducation? On nous parle de tenue adéquate, mais qu'est-ce que ça veut dire"? Quant à la question de l'anonymat, elle dit vouloir mener "ce combat de manière désintéressée, par principe de sororité. Et accessoirement, on n'a pas voulu ébruiter nos actes afin d'éviter que la police ou l'école ne nettoient trop rapidement les lieux."

L'action a été relayée sur les réseaux sociaux par le collectif grève féministe Fribourg ainsi que par l'association de lutte contre le harcèlement Mille sept sans. S'en est suivie une vague de témoignages faisant état de propos jugés déplacés au sein d'établissements scolaires fribourgeois, lisibles notamment sur le compte instagram de la grève féministe fribourg. Certaines mentionnant le hashtag #balancetonprof.

Une tenue "adaptée"

Contacté par RadioFr., le recteur de l'établissement regrette de ne pas avoir été mis au courant de cette affaire plus tôt: "nous n'avons eu aucune remontée, ni de la part de l'élève en question, ni de la part de professeurs. C'est dommage, nous n'avons pas pu en discuter avec les personnes concernées", déplore Pierre Marti.

Selon lui, c'est la première fois que ce cas de figure se présente dans son collège. Le règlement scolaire ne mentionne évidemment pas le port ou l'absence du soutien-gorge pour les élèves. Il demande en revanche une tenue adaptée, propice aux études. Ce qui laisse une marge d'interprétation importante.

"A mon avis, ce n'est pas un problème que les élèves ne portent pas de soutien-gorge. Beaucoup de jeunes femmes le font aujourd'hui et c'est leur droit", poursuit Pierre Marti. "Cela ne dérange pas, tant que le haut n'est pas transparent par exemple. Après, les limites sont parfois difficiles à mettre, mais d'habitude, on en discute et cela se passe bien."

Frapp - Sophie Corpataux / Maëlle Robert