"D'ici 2035, on pourrait voir un projet se développer"
Deux zones fribourgeoises présentent un potentiel éolien confirmé. Une installation dans le canton semble se rapprocher. Point de situation avec Serge Boschung, chef du Service de l'énergie de l'État de Fribourg.

Journaliste La Télé: Quand on dit qu'il y a un potentiel éolien dans le canton, qu'est-ce que ça signifie concrètement?
Serge Boschung: Pour l'instant, nous avons fait une planification. Cette planification a été contestée. Le Grand Conseil a donné un mandat au Conseil d'État de poser des mâts de mesure pour vérifier si les sites retenus sont confirmés ou non selon ce critère.
Il y a deux sites où le potentiel éolien est confirmé. Est-ce que ça veut dire que sur ces deux sites, il y aura des éoliennes dans le futur?
Non, absolument pas. Pour l'instant, on en est uniquement aux mesures de vent. Il faut bien se rendre compte que le vent est un critère parmi tant d'autres. Il y a plus de 30 critères qui sont analysés pour réaliser un projet. Si un développeur est intéressé, il lui faudra encore réaliser passablement d'analyses plus précises par site. Et finalement, un projet ne pourra se réaliser que si une commune, ou les communes concernées, sont intéressées d'aller de l'avant.
Le mât de mesure est installé pendant un an. C'était le cas à Billens et à Surpierre-Cheiry. Est-ce qu'un an, c'est suffisant? Est-ce que ces chiffres sont fiables?
Oui, ils sont tout à fait fiables. Après, vous pouvez vous retrouver avec des années où il y a un peu plus de vent que les années précédentes, ou un peu moins. Ces valeurs sont pondérées en fonction de différentes stations de mesure de MétéoSuisse situées aux alentours ou en Suisse. Il y a également d'autres mâts de mesure ou sites éoliens qui transmettent des informations. Tout cela est pondéré pour arriver à quelque chose de très fiable.
Qui aura le dernier mot pour les éoliennes dans le futur?
Ce seront les communes, les développeurs, la population. Ça fera partie d'un projet global qui intégrera l'ensemble des personnes concernées.
Mais pourquoi le canton veut-il installer des éoliennes? Pourquoi est-ce un besoin?
Ce n'est pas le canton qui veut absolument installer des éoliennes. À ce stade, il doit faire une planification: c'est le droit fédéral qui l'impose. Le canton reprend les critères imposés par la Confédération, fait son analyse et arrive avec une définition de périmètres dans son plan directeur. Ces périmètres sont ensuite vérifiés au sens du droit fédéral par la Confédération, par les offices fédéraux, et validés par le Conseil fédéral, ce qui a été fait en 2020.
Pour ces deux sites, qu'est-ce que vous regardez précisément dans les chiffres? La puissance du vent? La régularité?
Nous cherchons uniquement la vitesse moyenne du vent pour voir si les données de l'époque sont confirmées par rapport aux études de base. Ces études ont été contestées par une organisation appelée Paysage Libre, qui a réussi à faire valoir passablement d'arguments. Il y a eu une orchestration autour de ça, et passablement d'oppositions. Pour redonner confiance à la population, le Grand Conseil a demandé au Conseil d'État de poser ses mâts de mesure.
À quelle échéance pense-t-on pouvoir voir des éoliennes dans le canton?
J'ai posé la même question à l'IA et j'ai planté complètement le système (rires). Plus sérieusement, il faut d'abord rappeler qu'à l'heure actuelle, il n'y a pas de projet en cours dans le canton de Fribourg. Le canton a reçu le mandat de faire cette planification dans le respect du droit fédéral: le contexte est déjà bien fixé. Des décisions récentes au niveau du Parlement fédéral ont permis une accélération des procédures.
Jusqu'à aujourd'hui, un projet éolien pouvait nécessiter 20 à 25 ans, en tenant compte de toutes les oppositions. Maintenant, avec cette accélération, un projet pourrait se réaliser en environ 8 ans, en tenant compte des études encore à réaliser et de l'installation à mettre en place. Je dirais qu'au plus tôt en 2035, on pourrait voir un projet se développer dans le canton, une première éolienne, pour autant qu'un développeur dépose un projet et que des communes consentent à suivre la démarche. Les paris sont ouverts.
On a parlé de Paysage Libre, de communes opposées. Mais il y a aussi des communes qui veulent une éolienne et qui ne se trouvent pas dans les zones où des mâts de mesure ont été installés. Pour quelles raisons?
Comme je l'ai dit, il y a plus de 35 critères à prendre en considération. Ces critères créent une sorte de goulet d'étranglement: on élimine toute une série de zones au fur et à mesure que l'étude avance, et on se retrouve finalement avec les zones qui respectent l'ensemble de ces critères.
On pourrait se faciliter la tâche en disant: les communes qui ne veulent pas, on ne met pas de mât, et celles qui veulent, on les teste?
Ça ne nous sert à rien d'aller tester des communes qui ne respectent pas l'ensemble des critères. On est obligé de les respecter en premier lieu. Il y a d'ailleurs une étude qui devrait bientôt sortir sur l'analyse des critères d'exclusion pris en considération à l'époque, pour vérifier si tous les critères ont été identifiés et appliqués correctement dans notre planification. On verra si ça a été fait correctement, et si on doit ouvrir de nouvelles zones. Par exemple, un des critères ajoutés par le canton était qu'il fallait 6 éoliennes au minimum par site. On sait aujourd'hui qu'avec 3, voire 4 éoliennes, on pourrait atteindre l'intérêt national pour la production éolienne demandée par le Conseil fédéral. Si on réduit ce critère de 6 à 4 ou 3, on ouvrirait peut-être d'autres zones.


