Notre éthique face au Mondial

Le Mondial au Qatar soulève des questions morales. Faut-il boycotter les matchs? L'éclairage du philosophe Gianfranco Soldati (UniFR).

Il faut réfléchir aux conséquences de notre participation à ce Mondial, estime Gianfranco Soldati. © KEYSTONE

Des morts qui se comptent par milliers sur les chantiers, les droits des travailleurs bafoués, des femmes discriminés, les relations homosexuelles criminalisées ou encore les aberrations écologiques: les raisons sont nombreuses pour boycotter la Coupe du Monde au Qatar.

Mais devenons-nous complices de ces abus et dégâts en allumant la télévision pour suivre le Nati? Et que pouvons-nous faire pour vibrer devant la magie du football sans se sentir trop mal? Nous avons posé ces questions à Gianfranco Soldati, professeur de philosophie à l'Université de Fribourg.

Selon lui, il n'y a rien de mal ou de bien à regarder un match de foot, qu'il se passe à Bulle ou au Qatar. L'enjeu réside plutôt dans les conséquences de notre participation à cette compétition. Et c'est sur ce terrain-là que nous pouvons agir en tentant de réduire les dégâts de cette Coupe du Monde. Un exemple: plutôt que de boycotter la compétition, nous pouvons soutenir une organisation qui se bat pour les droits des travailleurs au Qatar ou pour la défense des droits des minorités. 

Ne pas viser la pureté morale

Gianfranco Soldati reconnaît qu'en allumant notre télévision, nous avons une part de responsabilité, mais bien moindre que d'autres. "La responsabilité individuelle face à des évènements de ce type se mesure en fonction de la possibilité que l'on a de les influencer. Les dirigeants de la FIFA ont une très grande responsabilité, beaucoup plus importante que celle du fan de football qui regarde un match à la maison", explique-t-il. 

Le professeur de philosophie invite à ne pas aspirer à une sorte de pureté morale inatteignable. Il souligne que nous sommes souvent "complices" de situations problématiques, en se chauffant au gaz ou au pétrole, en achetant des vêtements ou en partant en vacances. Un conseil donc: réfléchir à ce que nous pouvons faire pour limiter les conséquences de cette complicité. 

RadioFr. - Loïc Schorderet
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