Fermeture des bureaux de vote en Thaïlande

Les Thaïlandais ont voté dimanche à l'occasion des premières élections législatives depuis les manifestations pro-démocratie de 2020, sur fond de rejet du gouvernement conservateur pro-armée donné perdant dans les sondages face à l'opposition progressiste.

Le principal parti d'opposition, Pheu Thai, mené par la fille de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, espère tourner la page d'une quasi-décennie de domination par l'armée et ses alliés. © KEYSTONE/EPA/RUNGROJ YONGRIT

Les bureaux de vote ont fermé leurs portes à 17h00 (13h00 suisses), a constaté une journaliste de l'AFP. Des résultats préliminaires sont attendus dans la soirée, mais les définitifs prendront plusieurs semaines.

Le principal parti d'opposition, Pheu Thai, mené par la fille de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, espère tourner la page d'une quasi-décennie de domination par l'armée et ses alliés, incarnée par le Premier ministre sortant Prayut Chan-O-Cha, 69 ans.

La campagne a mis à nu les fractures du royaume entre les jeunes générations désireuses d'un changement et l'élite traditionnelle attachée à la monarchie.

Mais le système électoral complexe offre au candidat proche des militaires une avance confortable qui pourrait atténuer l'ampleur de l'alternance attendue, voire ouvrir une nouvelle période d'instabilité.

Un scénario qui permettrait aux militaires de se maintenir au pouvoir reste également envisageable, dans un royaume habitué aux interventions de l'armée et de la justice dans le processus démocratique.

Favorite du scrutin, Paetongtarn Shinawatra n'a montré aucun signe d'inquiétude au moment de déposer son bulletin : "Aujourd'hui (dimanche) sera une bonne journée. Je ressens une énergie très positive", a déclaré la jeune femme de 36 ans aux journalistes.

Les quelque 95'000 bureaux de vote avaient ouvert à 08h00 locales dans un contexte de croissance économique atone et de recul des libertés fondamentales qui devaient nourrir la participation, selon les observateurs.

La figure charismatique de Thaksin, milliardaire érigé en idole par les milieux ruraux du Nord et du Nord-Est qui ont profité de ses politiques sociales pionnières, polarise la vie politique thaïlandaise depuis plus de 20 ans, entre ses soutiens (dits "les Rouges") et ses adversaires conservateurs alignés sur l'armée ("les Jaunes").

Thaksin, comme Yingluck Shinawatra, la tante de Paetongtarn, ont été délogés du pouvoir par un coup d'Etat militaire, respectivement en 2006 et 2014.

"Raz-de-marée électoral"

Paetongtarn espère capitaliser sur la popularité de son clan pour réaliser un "raz-de-marée électoral", son credo de campagne, rendu indispensable pour accéder au pouvoir dans un système concoté par les militaires.

Pheu Thai a besoin de 376 sièges sur les 500 de l'Assemblée nationale pour contre-balancer l'influence des 250 sénateurs nommés par l'armée.

Alors qu'il suffit au camp pro-armée de 126 députés pour s'assurer une majorité au vote du Premier ministre, choisi par les deux chambres.

Ce mécanisme, jugé partial par les organisations de défense des droits humains, a permis en 2019 à Prayut Chan-O-Cha de rester au pouvoir, légitimant son putsch de 2014.

Aujourd'hui contesté jusque dans son ancienne coalition, l'ex-général Prayut se veut le rempart face aux idées réformistes et vante son expérience, gage de stabilité.

Le scrutin de dimanche est le premier d'envergure nationale à se tenir depuis les manifestations massives pro-démocratie de 2020, qui ont réclamé une refonte en profondeur de la monarchie, un sujet tabou en Thaïlande où le roi Maha Vajiralongkorn jouit d'un statut de quasi-divinité.

ATS
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