"On est à l'abri nulle part"

Alors que Kiev se barricade, des régions plus isolées attendent l'invasion russe. Depuis Bulle et Marly, des Ukrainiennes racontent.

Des installations militaires ukrainiennes à Brovary près de Kiev après un bombardement nocturne, le 1er mars. © KEYSTONE

Ils sont près de 900'000 à fuir l'Ukraine en guerre, principalement vers la Pologne. Aux frontières, des trains bondés, des files de voitures, des tentes de fortune montrent l'ampleur du drame humanitaire qui se joue à l'est du continent. Les bombardements tuent les civils ou les prennent en otage.

Depuis la Suisse, des Ukrainiens prennent la route pour récupérer des proches, récoltent du matériel de première nécessité et tentent de rester en contact autant que possible avec les leurs, restés au pays au péril de leur vie. "C'est impossible de se cacher", explique Kateryna Sievers. Les parents de la jeune femme arrivée à Marly il y a deux mois sont toujours à Kiev, où l'armée russe concentre ses forces, faisant craindre l'assaut. "Honnêtement, je ne sais pas ce qui est le plus sûr pour ma famille maintenant, rester où ils sont ou tenter de s'échapper. On est à l'abri nulle part."

Alors que la capitale est assiégée, des régions éloignées des villes sont dans l'attente. "Mes proches sont effrayés, ils ne savent pas quoi faire", raconte Khrystyna Shevchenko, une Bulloise d'adoption dont une partie de la famille se trouve dans l'une des plus grandes stations de ski d'Ukraine, non loin de la Roumanie. Le domaine est encore calme...mais. "Si la situation continue comme ça, ils s'attendent à ce que les soldats russes arrivent d'ici à deux semaines."

Les personnes déplacées ont dû faire face à un dilemme impossible, se réfugier dans un autre pays ou rester pour défendre leur patrie. Certains n'ont pas ce choix: les hommes en âge de se battre n'ont pas le droit de quitter le territoire. "Quand votre frère vous demande de trouver des gilets pare-balles, vous pouvez imaginer à quel point on a peur", souligne encore la jeune femme de 26 ans, qui appelle aux dons pour soutenir son peuple. "Je me sens impuissante depuis la Suisse, alors j'essaie d'aider comme je peux".

Ici, la solidarité s'organise. L'association "Osons l'accueil" nous indique qu'actuellement, 85 familles (250 places d'accueil) sont prêtes à mettre à disposition une chambre ou un appartement pour accueillir des réfugiés ukrainiens. Des actions de soutien, comme celle de Khrystyna, se multiplient.

Frapp / RadioFr. - Alexia Nichele
...