Gaza: réouverture du passage de Rafah

Le passage de Rafah entre la bande de Gaza et l'Egypte, fermé en mai 2024, a rouvert lundi dans les deux sens, mais au compte-gouttes, pour les habitants du territoire palestinien dévasté par la guerre entre Israël et le Hamas.

Des ambulances au point de passage de Rafah, lundi 2 février 2026. © KEYSTONE

Cette réouverture limitée du seul passage entre Gaza et le monde extérieur, hormis Israël, redonne espoir à des milliers de Palestiniens, parmi lesquels des malades et des blessés qui attendent de quitter Gaza, où le cessez-le-feu reste très fragile.

Samedi encore, des frappes israéliennes ont fait des dizaines de morts, selon la Défense civile, tandis que l'armée a affirmé avoir visé des combattants palestiniens qui sortaient d'un tunnel à Rafah. Des responsables égyptiens ont annoncé que 150 personnes seraient autorisées à quitter Gaza lundi et 50 autres à y entrer.

Mahmoud, un Palestinien de 38 ans qui souffre d'une leucémie, est l'un des premiers à avoir reçu l'autorisation d'aller se faire soigner dans un hôpital égyptien et attendait lundi de pouvoir traverser la frontière.

"A Gaza il n'y a pas de traitement, pas de vie", confie-t-il. Il se dit "très heureux de pouvoir finalement recevoir un traitement", mais triste aussi de laisser ses proches à Gaza, où "la situation est catastrophique". Pour d'autres, partis se faire soigner en Egypte avant la fermeture totale de la frontière, cette réouverture signifie le retour à Gaza.

"Ma mère a fini son traitement et nous attendons qu'elle rentre d'Egypte. Pour moi, c'est un jour de joie. Je vais serrer ma mère dans mes bras", raconte Abdel Rahim Mohammed, un homme de 30 ans qui vit à Khan Younès, dans le sud de Gaza.

Sa mère âgée de 63 ans a quitté la bande de Gaza en mars 2024 pour être soignée en Egypte d'un cancer du sein. Il y a deux jours, elle a envoyé un message à son fils: "Viens m'attendre à la frontière".

Abdel Rahim Mohammed craint cependant de ne pas pouvoir atteindre Rafah. Le poste-frontière est en effet situé dans un secteur encore occupé par l'armée israélienne, qui s'est retirée d'environ la moitié de la bande de Gaza depuis le début du cessez-le-feu le 10 octobre.

L'aide humanitaire en suspens

L'armée israélienne avait pris le contrôle en mai 2024 du côté palestinien du poste-frontière, resté fermé depuis lors à l'exception d'une brève réouverture au début 2025.

Après une journée de dimanche consacrée aux préparatifs, un responsable israélien a annoncé lundi matin la réouverture de la frontière dans les deux sens pour les habitants, soumis à de strictes restrictions, après l'arrivée sur place de la mission européenne de surveillance EUBAM Rafah.

La frontière avec l'Egypte, dont la réouverture totale est réclamée par l'ONU et les organisations humanitaires, devrait en revanche rester fermée pour l'heure à l'entrée de l'aide dans le territoire en ruines. L'aide internationale venant d'Egypte transite jusqu'à présent par le poste-frontière israélien de Kerem Shalom, à quelques kilomètres de Rafah.

En Egypte, les services de santé se préparaient à accueillir malades et blessés. Le média égyptien AlQahera News a indiqué que 150 hôpitaux et 300 ambulances avaient été mobilisés, de même que 12.000 médecins et 30 équipes d'urgence.

Selon le directeur du principal hôpital de Gaza, Al-Chifa, Mohammed Abou Salmiya, il y a actuellement dans le territoire "20.000 patients, dont 4500 enfants, qui ont un besoin urgent de soins".

"Aucun avenir à Gaza"

Pour Asma Al-Arqan, une étudiante palestinienne, l'ouverture de Rafah est synonyme d'un avenir meilleur. "Il n'y a absolument aucun avenir à Gaza", témoigne la jeune femme qui espère pouvoir poursuivre ses études à l'étranger.

La réouverture totale de Rafah, après le retour en Israël de la totalité des otages de Gaza, est prévue par le plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin définitivement à la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque du Hamas sur le sol israélien.

Les autorités israéliennes ont cependant conditionné tout passage à l'obtention d'"une autorisation sécuritaire préalable" pour sortir de Gaza et y entrer, en coordination avec l'Egypte et sous la supervision de la mission européenne à Rafah.

Les Palestiniens souhaitant retourner à Gaza seront autorisés à emporter un nombre limité de bagages, sans objets métalliques ni électroniques, et avec des quantités limitées de médicaments, selon l'ambassade palestinienne au Caire.

La réouverture de la frontière devrait aussi permettre l'entrée à Gaza, à une date encore inconnue, des 15 membres du Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), chargés de gérer le territoire pendant une période transitoire sous l'autorité du "Conseil de paix" présidé par Donald Trump.

ATS
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