Les ouvreurs et l'épreuve du renouvellement constant

C'est l'automne et les salles de grimpe sont prises d'assaut. L'imagination des ouvreurs de voies s'en retrouve sollicitée.

Elio Jaquier travaille comme ouvreur depuis deux ans au Hangar à Fribourg. © RadioFr.

Elio Jaquier pratique l'escalade depuis ses 13 ans, mais celui qui étudie pour devenir physiothérapeute a toujours été intrigué par le métier d'ouvreur. Le Sarinois a été intégré à l'équipe du Hangar à Fribourg il y a deux ans, après avoir discuté avec Samuel Wyler, l'un des responsables de grimper.ch.

Formé sur le tas, il travaille quelques jours par mois. Et non, contrairement à ce qu'on pourrait penser, il ne passe pas ces journées à grimper. Être ouvreur, c'est surtout une question d'imagination et de réflexion. Il conçoit un casse-tête plus ou moins difficile à résoudre. En s'appuyant sur une trame, il installe les prises sur le bloc, les teste et les ajuste jusqu'à être satisfait. 

Et Elio Jaquier veut bien l'admettre: il ne sait pas toujours où il va quand il commence. "Je ne dirais pas qu'on est tous des artistes, mais il y en a. En disposant les prises, on imagine les mouvements que feront les grimpeurs. C'est rare de créer un nouveau mouvement. On se répète beaucoup, mais on n'utilise jamais les mêmes prises, les mêmes angles. Il y a beaucoup de nuances".

Son inspiration, il la trouve lors de ses propres entraînements ou sur Instagram. "Ça ne me réveille pas la nuit, mais si je tombe sur une vidéo qui me plaît, je me demande comment je pourrais proposer le mouvement au Hangar", explique le Fribourgeois âgé de 22 ans. 

Elio Jaquier a tout de même quelques règles à respecter quand il crée une voie. Le Hangar est une salle de blocs qui accueille des sportifs de tous les niveaux. Pour les débutants, il prévoit des "bacs", des prises confortables et faciles à tenir. On grimpe comme si on montait à une échelle. Pour ceux qui recherchent de la difficulté, il propose des jetés (on lâche une prise et on se propulse pour en attraper une autre) ou des mouvements sans les pieds. 

La récompense après la frustration

Le jeune ouvreur doit aussi prendre en compte la taille des gens qui viennent au Hangar. "Quand le niveau de difficulté est bas, on fait attention à ce que ça soit accessible aux personnes plus petites. Je dois me mettre à leur place. C'est ce travail d'imagination qui est super intéressant", explique celui qui mesure 1 mètre 80.

Ce qui ne varie pas, c'est que tous les grimpeurs ont besoin de défi. D'après Elio Jaquier, la récompense vient seulement après la frustration: "il faut qu'ils se posent des questions et qu'ils se demandent pourquoi est-ce qu'ils tombent. Ce qui est satisfaisant, c'est de réussir un bloc après avoir galéré à l'enchaîner". Le défi des ouvreurs n'est pas si différent: eux se questionnent pour se renouveler.

RadioFr. - Marie Ceriani
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