Hantavirus: l’éclairage d’un infectiologue de l'HFR

Transmission, risques, mortalité: Dr Florian Desgranges, chef de clinique au Service d’infectiologie de l’HFR, fait le point sur l'hantavirus, ce virus à l'origine d'un cluster sur un bateau de croisière.

Le hantavirus est transmis principalement par les rongeurs infectés, via leur urine, leurs excréments ou leur salive. Le docteur Florian Desgranges rappelle que le risque de transmission entre humains reste très limité et concerne surtout la rare souche Andes. © envato, Frapp

Qu'est-ce que l'hantavirus, et qu'est-ce qu'on sait de la souche qui a circulé sur le bateau de croisière "MV Hondius" ?

L'hantavirus — ou plutôt les hantavirus — désigne en réalité une famille de plusieurs dizaines de virus. On les divise en deux grands groupes: les virus de l'Ancien Monde, présents en Europe et en Asie, et les virus du Nouveau Monde, que l'on retrouve sur le continent américain. C'est à ce second groupe qu'appartient le virus Andes, la souche impliquée dans le foyer sur le bateau "MV Hondius". Sa particularité est d'être, à notre connaissance, le seul représentant de sa famille capable de se transmettre d'une personne à une autre. L'explication retenue à ce stade par l'OMS est que le premier patient décédé avait probablement été infecté en Argentine, avant même de monter à bord. C'est lui qui aurait transmis le virus aux autres passagers. Le contexte du huis clos a sans doute favorisé la transmission, puisque celle-ci nécessite des contacts étroits.

Comment se transmet-il habituellement, et pourquoi le virus Andes fait-il exception?

À la base, les hantavirus se transmettent à l'être humain par les petits rongeurs, via leurs sécrétions: selles, urine ou salive. Un contact important avec ces animaux ou leurs déjéctions est donc nécessaire pour contracter le virus. Le virus Andes, lui, a évolué et peut se transmettre d'humain à humain. La contagion nécessite une proximité importante entre les personnes. Ce n'est en tout cas pas un virus qui se transmet aussi facilement que le Covid-19.

Avez-vous déjà pris en charge des cas de ce type en Suisse?

Ce n'est pas une infection que l'on rencontre régulièrement en Suisse (ndlr: L'OFSP a recensé entre 0 et 6 cas par an ces dernières années en Suisse, la plupart étant dus à des infections contractées à l’étranger). Pour les hantavirus de l'Ancien Monde, on compte environ 2000 cas déclarés par an en Europe et en Asie. Pour les virus du Nouveau Monde, dont le virus Andes, on tombe à moins de 200 cas annuels à l'échelle mondiale. 

Quels sont les symptômes?

Ça commence comme une grippe classique: maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, fatigue, sensation générale de mal-être. Mais dans le cas du virus Andes spécifiquement, cela peut évoluer vers une infection pulmonaire avec détresse respiratoire — ce qui ne se produit pas avec les souches européennes. Tout dépend ensuite de la réponse immunitaire de chaque personne. Certaines infections peuvent même passer complètement inaperçues.

Est-ce que l'hantavirus existe en Suisse, chez nos rongeurs?

C'est possible. Ce qui est sûr, c'est que dans la grande majorité des cas, l'infection à hantavirus en Europe est relativement bénigne. Des complications rénales ou des hémorragies sont possibles, mais les cas graves restent peu fréquents (ndlr: Selon l'OFSP, la fièvre hémorragique avec un syndrome rénal s'avère mortelle dans 1 à 15% des cas. Dans le cas du syndrome pulmonaire qui découle de la souche Andes, la létalité peut atteindre 50%).

Trois personnes sont décédées, des dizaines de cas contacts sont identifiés notamment en France. Est-ce que les mesures prises sont à la hauteur de la situation?

Oui. Dès l'annonce de ce cluster, l'OMS a coordonné une réponse internationale: suivi rapproché de toutes les personnes encore à bord, surveillance des passagers débarqués avant la détection du foyer, et information des contacts potentiels. En Suisse, le cas rentré sur le territoire a été rapidement isolé à domicile, puis hospitalisé dans des conditions d'isolement strict. Son épouse, bien que asymptomatique, est également en isolement, conformément aux recommandations de l'OFSP. C'est une bonne réponse sanitaire. Il n'y a pas lieu de s'inquiéter à grande échelle: la situation est sous contrôle et les autorités sanitaires font ce qu'il faut pour limiter la propagation.

En quoi consiste la prise en charge d'une personne malade?

Il n'existe à ce jour ni vaccin ni traitement spécifique contre l'hantavirus. La prise en charge repose essentiellement sur du soutien médical: maintenir les fonctions vitales des patients développant une forme sévère. Des pistes thérapeutiques sont à l'étude, comme c'est toujours le cas lors de l'émergence d'un nouveau foyer. 

L'OMS dit que l'hantavirus n'est pas le Covid. Qu'est-ce que cela signifie concrètement?

Cela signifie que nous ne sommes absolument pas dans la même situation. Le virus Andes est certes plus mortel que le Covid-19, mais il est nettement moins contagieux et nécessite des contacts beaucoup plus étroits pour se transmettre. Par ailleurs, contrairement au coronavirus en 2020, les hantavirus sont des virus connus. Et surtout, la transmission asymptomatique — qui avait rendu le Covid-19 si difficile à contenir — ne semble pas être un facteur majeur ici. La réponse sanitaire a donc pu être déployée bien plus rapidement.

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Frapp - Alexia Nichele
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