À quoi servent encore les inspecteurs scolaires?

Le cahier des charges des inspecteurs a beaucoup changé, alors qu’une motion menace cette fonction. Le Conseil d’État les défend.

Fribourg compte 112 écoles primaires et secondaires. © KEYSTONE

Les plus anciens d’entre nous se rappellent certainement des trois coups donnés énergiquement sur la porte de la salle de classe, qui avaient pour effet de figer élèves et enseignants. Ces trois coups, reconnaissables entre tous, étaient ceux de l’inspecteur scolaire.

Une époque aujourd’hui révolue, notamment depuis 2014 et l’introduction de la nouvelle loi sur la scolarité obligatoire. Suite à la modification de ce texte, des postes de directeurs d’établissement au niveau primaire ont été créés.

"Notre cahier des charges est partagé en deux. Une partie, c’est l’accompagnement des établissements scolaires de notre arrondissement. Et puis la deuxième, c’est le suivi des dossiers de l’enseignement", explique Carole Angéloz. Inspectrice depuis près de 15 ans, elle complète: "Le directeur de l’école va, lui, gérer tout ce qui est l’engagement des enseignants, le suivi pédagogique dans son établissement ou encore la relation école-famille." Des tâches qui étaient, jusqu’en 2014, assurées par les inspecteurs.

A la chasse aux doublons

À partir de ce constat, plusieurs politiciens estiment que cette fonction fait doublon avec celle de directeur d’établissement. C’est notamment pour cette raison qu’une motion a été déposée l’an passé par l’UDC Gabriel Kolly et le centriste François Genoud. Ils demandent la réduction du nombre d’inspecteurs, de 13 à 3, pour la centaine d’établissements scolaires dans le canton.

Au total, une quarantaine de députés ont signé cette motion, dont le socialiste et enseignant Gaétan Emonet. "Avec leur nouveau cahier des charges, les inspecteurs sont vraiment déconnectés du terrain. Certains enseignants ne savent même pas le nom de leur inspecteur. Et je pense que cet échelon hiérarchique est devenu, dans l’état, inutile", estime le Veveysan.

Sa solution? "Le cahier des charges des inspecteurs n’est pas obligé d’être assumé uniquement par des inspecteurs. Je pense que si on fait une dotation correcte, beaucoup de ces missions peuvent être remplies à l’interne par nos directions d’école."

Une fonction dans l'air du temps

En début d’année, le Conseil d’État a soutenu les inspecteurs dans sa réponse. Pour la ministre en charge de l’Éducation, Sylvie Bonvin Sansonnens: "Il y a dans le canton de Fribourg 112 écoles. Vous imaginez si on n’avait pas ces responsables territoriaux, mais aussi de thématiques pédagogiques, qui peuvent faire le relais avec le chef de service? Ce serait juste ingérable."

Les années où on imagine l’inspecteur qui entrait dans la classe et où tous les élèves étaient terrifiés, comme dans “Le Petit Nicolas”, c’est terminé.

La conseillère d’État explique qu’il faut aussi se rendre compte de l’évolution du métier d’inspecteur. "Les années où on imagine l’inspecteur qui entrait dans la classe et où tous les élèves étaient terrifiés, comme dans “Le Petit Nicolas”, c’est terminé. Aujourd’hui, cette fonction est vraiment tournée comme un soutien aux directions et comme un relais de la direction du service elle-même."

Enfin, Carole Angéloz et Sylvie Bonvin Sansonnens mettent aussi en avant l’évolution de la société. "Le métier d’enseignant se complexifie et le système scolaire devient très complexe", analyse l’inspectrice. Au final, le futur des inspecteurs scolaires est désormais entre les mains des députés du Grand Conseil, qui se réuniront pour la prochaine session, au mois de février.

RadioFr. - Léo Martinetti
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