"On doit insister sur la qualité du vin suisse"

Le vin helvétique fait face à une consommation en berne. Interview du Fribourgeois Pierre-Alain Bapst, le nouveau directeur de Swiss Wine Promotion.

La consommation de vin en Suisse est à la baisse. © La Télé

La Télé: Pierre-Alain Bapst, vous avez été neuf ans durant le visage du terroir du canton de Fribourg. Depuis ce lundi, vous travaillez en terre bernoise, pour défendre les intérêts des vins suisses. Un produit dont la consommation baisse drastiquement. Est-ce illusoire de penser que la promotion peut inverser cette tendance? 

Pierre-Alain Bapst: Je crois fortement qu'on peut y arriver. Et c'est aussi pour ça que j'ai accepté de relever ce défi chez Swiss Wine Promotion. Les consommateurs doivent bien sûr privilégier le vin suisse parce qu'il y a de bonnes raisons de le faire. Les Suisses doivent être fiers de leurs produits. C'est un axe sur lequel on va insister au niveau de la communication.

Comment faire justement pour que les Suisses privilégient ce vin? Est-ce qu'il n'est pas un peu cher?

Tout est relatif. Vous avez parlé de mon action chez Terroir Fribourg. C'était aussi un sujet qui nous occupait quotidiennement et on arrivait très bien à le faire sur certaines thématiques comme les fraises, comme le poulet, plusieurs produits qui viennent aussi de pays étrangers. On doit jouer sur certains arguments qui font que le consommateur, à la fin, est d'accord de payer un peu plus cher pour des produits d'une qualité supérieure. On peut prendre l'exemple du Gruyère, qui a réussi à développer son activité, même si c'est un produit principalement romand, comme le vin.

Il faut dire que la Suisse allemande se laisse un peu trop séduire par les vins étrangers. On est malheureusement entouré par de gros producteurs de vin, qui voient la Suisse comme un eldorado, dans le sens où il y a un pouvoir d'achat intéressant. On doit mieux se défendre. Aujourd'hui, un tiers de part de marché, ce n'est pas suffisant. L'objectif, c'est 40%. On doit insister sur les valeurs suisses, sur la qualité suisse pour pouvoir justement retrouver ces parts de marché perdues.

Mais alors, vous diriez quoi à un consommateur ou à un ami qui achète un vin italien à 8 francs?

On ne dit pas de ne pas consommer de vin étranger, on propose d'en consommer une fois sur deux. À titre personnel, 8 fois sur 10, c'est du vin suisse que je consomme. On n'interdit pas la découverte. Un Bordeaux reste un Bordeaux, un vin italien reste un vin italien. Mais en Suisse, on a vraiment la chance de cette diversité. Vous avez 15'000 hectares de vignes avec beaucoup de variétés dans les blancs et beaucoup de variétés dans les rouges. Si on prend le pinot noir, il n'est pas du tout le même à Salquenen que dans les Grisons. Les consommateurs suisses ont vraiment la chance d'avoir un vignoble de taille modeste, mais avec une très grande diversité. Et c'est là notre travail, c'est d'expliquer quelles sont ces diversités, avec un prix qui est aujourd'hui celui d'un produit de qualité.

Vous dites qu'il va falloir conquérir notamment le public alémanique, mais il va falloir conquérir un autre public qui boit de moins en moins de vin: les jeunes.

Effectivement, on est passé d'une consommation alimentaire à une consommation plaisir, ce qui inclut une quantité moindre. Mais à contrario, un effort est fait sur la qualité. Si je repense à la génération de mes grands-parents, la qualité était plutôt moyenne – pour ne pas dire autre chose – mais le prix était très bas. Aujourd'hui, le positionnement des vins suisses, c'est de faire des produits de haute qualité où le viticulteur, ou le vigneron, puisse bien gagner sa vie avec un prix de la bouteille plus élevé. Donc, moins de quantité, plus de qualité avec des prix rémunérateurs pour l'ensemble de la filière.

Et puis, pour les jeunes, il y a aussi plein de choses qui se développent. On sent une petite tendance sur les vins rosés. On sent deux ou trois choses qui se mettent en place aussi sur des boissons à base de raisin sans alcool. Donc, ce sont des tendances à développer. Ce que j'ai envie de dire, c'est qu'on ne doit pas rater le train.

La Télé - Camille Tissot / Adaptation web: Mattia Pillonel
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