Jenn Ayache: "J'ai commencé tôt mais je ne changerais rien"
Après 25 ans de carrière avec Superbus, Jennifer Ayache se lance dans un nouveau projet solo. Rencontre au Festival Sion sous les étoiles.
Radio Fribourg: Tu dis être fière d’être encore là, 25 ans après les débuts de Superbus, et tu peux évidemment l’être. Tu n’avais que 15 ou 16 ans à l’époque. Avec le recul, est-ce que tu te dis parfois que tu aurais aimé profiter un peu plus de ton adolescence avant de te lancer dans cette aventure?
Jennifer Ayache: C’est vrai qu’il y a des moments où je me dis quand même que j’ai commencé très tôt. Je ne le conseille pas forcément à tout le monde, parce qu’on passe un peu à côté de son adolescence, de sa jeunesse. J’étais très tôt en tournée, très tôt dans une industrie qui demande quand même beaucoup de résultats, beaucoup de choses. Je sais que c’était un peu tôt, mais j’ai appris tellement de choses, tellement vite, et j’ai fait tellement de belles rencontres… Donc c’est vrai qu’il y a les deux côtés, mais je ne changerais rien.
"OK KO", c’est le titre du dernier album de Superbus, sorti il y a une année. Et puis, il y a ce nouveau single, "About Us (Toi & Moi)", une adaptation en français d'"All About Us", du groupe t.A.T.u., sorti en 2005. Ce single annonce un nouveau projet solo: reprendre des tubes des années 90 et 2000 et les adapter en français. Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer là-dedans?
Souvent, je m’amuse à faire des covers que je garde pour moi, dans ma chambre. Mais là, j’ai eu envie de sortir ce projet. En tout cas, ce premier titre est sorti, le reste va arriver au fur et à mesure et il y aura peut-être un album en fin d’année. Pour l’instant, je suis en train de le terminer et de travailler dessus.
C’est un truc de nostalgie et je l’ai fait de manière assez spontanée, parce qu’on est beaucoup en tournée avec Superbus et que j’avais envie de me faire plaisir, de faire un projet à côté et de souffler un petit peu. J’avais envie de reprendre des titres qui me parlent, qui me touchent et qui touchent peut-être moins les gars de Superbus. Ce sont vraiment des chansons que j’ai beaucoup écoutées quand j’étais ado. J’avais envie de faire ça pour me faire plaisir et je pense que ça fera peut-être plaisir à des gens qui ont écouté les mêmes titres que moi.
Est-ce qu’on peut dire que le choix de cette première reprise de t.A.T.u., n’est pas un hasard? Je sais que c’est une chanson que tu aimes beaucoup, qui te parle, que tu aurais pu écrire aussi, et que c’est un groupe qui t’a beaucoup influencée plus jeune?
Oui. En tout cas, j’ai aimé le concept de ces deux filles qui étaient ensemble. Enfin, on pensait qu’elles étaient ensemble, mais on a finalement appris que c’était du marketing, que c’était un peu fake. J’étais donc un peu déçue quand je l’ai appris. Mais quand je voyais leurs clips apparaître sous nos yeux, je me disais : “C’est trop génial!” J’adorais leur look, leur façon d’être. Il y avait ce côté un peu russe, dark, qui me parlait beaucoup. Ce n’est pas la plus connue de t.A.T.u. mais “All About Us” me parlait particulièrement.
Est-ce que c’est aussi un peu grâce à t.A.T.u. que tu as écrit “Lola”?
Vraiment, ça pourrait complètement, parce que c’était l’un des premiers groupes pop-rock avec des filles que l’on voyait traiter de ce sujet. Quand j’ai vécu ma première histoire d’amour avec une fille, j’avais 18 ou 19 ans et je ne savais pas trop comment en parler. Je pense que des groupes comme t.A.T.u. ont pu complètement m’aider à me dire: “Moi aussi, je vais faire une chanson qui parle de ça et qui va peut-être aider des gens.” Mais ce n’était pas vraiment calculé. Je l’ai fait parce que j’avais besoin de l’exprimer.
Je suis allée fouiller sur ton compte Instagram et j’ai ressorti trois publications, dont la toute première, qui date du 5 mars 2014: une photo de toi avec Nicola Sirkis. En légende, c’est écrit: “Archives: Nicola Sirkis, Jenn Ayache, 2008.” Cette photo a donc presque vingt ans. Quand tu la revois aujourd’hui, qu’est-ce qu’elle te raconte?
Déjà, on avait déjà la même coupe de cheveux! (Rires.) Je me rappelle qu’on avait fait la couverture d’un magazine de rock ensemble. On avait fait toute une séance photo dans un très bel hôtel, c’était vraiment super, ainsi qu’une interview croisée.
Déjà en 2008, Nicola Sirkis était quelqu’un de très bienveillant avec moi et je l’adore vraiment. Je suis une grande fan d’Indochine. Il m’apprend plein de choses, de loin. Encore aujourd’hui, j’apprends beaucoup en le regardant faire.
Comme un papa spirituel de la musique?
Oui, on peut dire ça, mais il ne serait pas content que je dise ça! (rires). En tout cas, c’est une grande inspiration.
Le 6 avril, tu évoques le fait que ta santé mentale est aujourd’hui ta priorité absolue. Lorsqu’on connaît le succès très jeune, comme ça a été le cas pour toi, on peut avoir l’impression qu’il faut toujours suivre un rythme, une industrie. À quel moment as-tu compris que prendre soin de toi était finalement plus important que répondre aux attentes des autres?
En fait, il faut dépasser la limite pour se rendre compte qu’il faut faire attention. Au départ, je n’ai pas vraiment fait attention à ma santé mentale. Je faisais ce qu’on me demandait: faire des concerts, des interviews, écrire des albums en deux secondes… On te demande vraiment plein de choses et ton cerveau, au bout d’un moment, n’en peut plus. Tu n’as même plus de temps pour toi, tu n’as plus le temps pour rien.
J’ai eu un burn-out vers 19 ans et on a dû annuler des dates de tournée. Il fallait que je me repose. Il fallait que ça m’arrive, en fait, pour que j’en prenne conscience. Depuis ce temps-là, je fais attention. Je sais que, quand il y en a trop, je stoppe. Je stoppe de moi-même avant qu’il y ait un problème.
Et finalement, le 30 avril 2026, tu as publié un carrousel, dont une de toi à l’avant-première du film "Le Diable s’habille en Prada 2". Dans quel rôle tu te reconnais le plus: celui de Meryl Streep, exigeante, perfectionniste et charismatique; celui d’Anne Hathaway, curieuse, authentique et ambitieuse; ou celui d’Emily Blunt, sarcastique, mais ultra organisée et déterminée?
Anne Hathaway, je pense. Oui, parce que Meryl Streep est extraordinaire, mais elle est tellement charismatique… Je ne me vois pas du tout comme ça. Anne Hathaway a ce côté un peu curieux, elle a envie de bien faire, d’apprendre. Je me sens plus comme ça. (sourire)
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