La Gustav recrute à Fribourg

L’académie soutient et forme chaque année vingt jeunes venus de toute la Suisse. Reportage lors des auditions.

Hans Matantu a présenté un morceau de hip-hop avant de transiter vers le jazz lors de son audition pour participer à l’édition 2023 de La Gustav. © Frapp

Ce mardi soir, dans la salle Fri-son, à Fribourg, les quatre membres du jury discutent avec Pascal Vonlanthen - alias Gustav - des derniers préparatifs pour les auditions. Plusieurs jeunes candidats de 18 à 25 ans tenteront leur chance de passer une année au sein de l'académie qui porte le surnom du musicien.

S’ils y parviennent, elle leur offrira une année de collaboration avec des professionnels de la musique pour lancer leur carrière. Entre camps d’écriture enregistrements professionnels, concerts, festivals et voyage d’études, les membres de la Gustav recevront les connaissances nécessaires pour devenir autonome dans le domaine.

Faire ses preuves

Mais avant, encore faut-il réussir toutes les étapes pour pouvoir bénéficier du soutien de l’académie. “Il y a déjà eu des auditions à Lausanne et à Bâle, ce mardi soir, c’est à Fribourg, et il y en aura encore Lucerne et Zurich“, explique André Rossier, codirecteur. Sur 80 inscriptions, seuls 20 candidats seront retenus. 

Cette année, pour la première fois, un tri préalable a été effectué avant le test en live. “Les gens ont dû s’inscrire et nous envoyer une petite vidéo d’une minute, sans grande production, filmée avec le portable par exemple. Le but était déjà de pouvoir entendre ce qu’ils savent faire en brut“, poursuit le responsable.

Dans chaque ville où on a des auditions, on engage des gens de la scène musicale (musiciens, producteurs, organisateurs). Pour les auditions à Fribourg, un jury de cinq membres, dont André Rossier a été mis sur pied. Sur scène, Gustav accompagne les candidats avec différents instruments, pour tester leurs capacités.

Plusieurs cases à cocher

Afin de différencier les participants, des critères précis sont analysés lors de leur passage. "Tout d’abord, il y a la musicalité. Mais ce n’est pas le seul: on veut avoir un équilibre entre hommes et femmes, un équilibre linguistique aussi. Finalement, dans les 20, il faut trouver un bon mélange d’instruments“, souligne André Rossier.

Avec l’expérience, on voit tout de suite si ça peut fonctionner ou non.

Mais comment juger, lors d’une même audition, avec des critères identiques, deux artistes performant dans deux styles opposés? “C’est quelque chose de très difficile“, confie le codirecteur de La Gustav. “On les voit seulement un quart d’heure, et c’est un feeling de Pascal qui intervient lorsqu’il joue avec eux.“

Une vision générale du projet présenté entre également en compte. “Avec l’expérience, on voit tout de suite si ça peut fonctionner ou non“, ajoute André Rossier. Durant l’audition, leur disposition à jouer en groupe, à s’adapter à d’autres genres et à improviser est légalement évaluée. Au terme de l’entrevue, quelques questions sont encore posées aux participants, notamment sur leurs goûts musicaux ou leur parcours.

“Partager ma musique“

Parmi les prétendants fribourgeois, Cléa Balsiger, 17 ans, s’est présentée en solo, avec une configuration piano-chant. “La musique a une place importante dans ma vie, je vais trois fois par semaine au conservatoire et je fais mon travail de maturité en composition.“

Dans ce travail, elle reprend le thème de la nuit, entre rêves et cauchemars, comme fil rouge de ses compositions. Et c’est justement deux d’entre elles qu’elle a décidé de présenter ce mardi soir au jury de La Gustav.

“Si je suis prise, ce serait un moyen incroyable de partager ma musique. On rencontre des gens, ça ouvre des portes, notamment professionnelles, qu’on peut difficilement ouvrir seule chez soi. Niveau technique, je pense que l’académie a beaucoup à m’apporter aussi, et ça pourrait me permettre de produire une chanson!", se réjouit-elle déjà.

Jazz et improvisation

Depuis qu’il est petit, Hans Matantu chante les mélodies qui lui passent par la tête. “Je suis ensuite passé à la clarinette et j’ai joué dans une harmonie d’excellence, donc ça a vite pris beaucoup de place dans ma vie.“ Pour lui, la Gustav, c’est avant tout un challenge qu’il s’est lancé.

C’est donc sans trop de pression qu’il a abordé son audition ce mardi dans la salle de Fri-Son. “J’ai proposé un morceau dans le style hip-hop, un peu léger, avec un cajon et un piano. J’ai fait ensuite une petite transition dans le jazz, pour pouvoir improviser un peu à la clarinette“, raconte-t-il. 

Apprendre comment fonctionne l’industrie musicale, voilà le premier souhait du jeune Fribourgeois s’il est retenu pour l’année 2023 au sein de la Gustav. “Je voudrais aussi en savoir plus sur les techniques d'écriture. Qui sait, avec ça, je pourrais avoir une petite carrière musicale à côté de mes activités!“

Une année chargée 

Les candidats recevront le résultat de leur audition peu avant Noël, dans les alentours du 20 décembre. La Gustav leur promet une année pleine chargée en musique et en apprentissages, s’ils sont retenus. “Les trois premiers mois, on les emmènera dans des jardins un peu étranges. Ce sera vraiment partir à la découverte de mondes qu’ils ne connaissent pas." Le reste de l’année se déroulera entre initiation, préparation et évènements.

Avec une tournée estivale dans des festivals et un voyage à Londres agendés, on peut dire que le budget n’a pas de plafond pour former les futurs membres de l’académie. Mais il convient de relever que la formation proposée aux jeunes est gratuite, financée par la main publique, des fondations et des partenaires privés. 

Frapp - Rémi Alt
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