La précarité progresse, les structures d’accueil saturent
La demande ne cesse de croître dans les structures d'accueil fribourgeoises: une hausse qui s'explique notamment par l'augmentation de la population.

Les associations fribourgeoises qui viennent en aide aux personnes en situation de précarité voient leur fréquentation augmenter d'année en année.
À La Tuile, 760 personnes ont trouvé refuge au cours de l'année 2025. Pour son directeur, Eric Mullener, cette évolution ne signifie pas forcément que la pauvreté progresse plus vite qu'ailleurs. Elle s'explique avant tout par la croissance démographique du canton: "La proportion des personnes qui arrivent en situation de précarité ne change pas vraiment. En revanche, la population fribourgeoise a augmenté de 25% en quinze ans. Forcément, cela accroît la pression à notre porte", explique-t-il.
Des profils qui évoluent
Les responsables des structures d'accueil insistent sur un point: les personnes qui font appel à leurs services sont loin de correspondre au seul cliché de la personne sans domicile fixe.
À Banc Public, les familles avec de jeunes enfants représentent l'une des catégories qui progresse le plus rapidement. "C'est peut-être la statistique qui me fait le plus peur", confie le codirecteur Benoît Schaller-Mottas. "Entre 2022 et 2025, nous avons multiplié par 10 le nombre de repas servis aux enfants."
Les retraités sont eux aussi de plus en plus nombreux et représentent aujourd'hui près de 30% des bénéficiaires de l'association. "Ce sont des personnes qui ont travaillé toute leur vie, souvent dans des métiers peu valorisés, et qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts une fois à la retraite", souligne-t-il.
Autre réalité en progression: celle des working poor, ces personnes qui occupent un emploi mais dont le salaire ne suffit plus à couvrir les dépenses essentielles.
Des locaux devenus trop petits
Cette augmentation constante du nombre de bénéficiaires met les infrastructures existantes sous forte pression. À Banc Public, les locaux actuels avaient été pensés, lors de leur ouverture en 2013, pour servir une quarantaine de repas par jour et accueillir une soixantaine de personnes.
Aujourd'hui, ces capacités sont largement dépassées. "Nous accueillons plus du double de personnes. Nous cherchons activement de nouveaux locaux, mais c'est extrêmement compliqué", explique Benoît Schaller-Mottas.
La Tuile prépare une nouvelle pension
À Fribourg, La Tuile a trouvé une piste pour faire face à cette hausse de la demande. L'association prévoit d'ouvrir, au début de l'année 2028, une nouvelle pension d'une quinzaine de places en ville de Fribourg. L'objectif ne sera pas uniquement d'offrir un toit pour quelques nuits, mais de permettre aux personnes accueillies de retrouver progressivement leur autonomie.
"Si l'on ne propose qu'un hébergement d'urgence sans accompagnement vers la réinsertion, on ne répond qu'à une partie du problème", estime Eric Mullener. "Il faut accueillir les personnes dans l'urgence, puis leur donner les moyens de retrouver une place dans la société."


