Le photographe voyeur risque six ans de prison
L'ex-photographe sarinois a admis avoir filmé secrètement des rapports sexuels, mais conteste toute contrainte.

Le procureur général fribourgeois Fabien Gasser a requis mardi une peine de 6 ans de prison à l'encontre d'un ancien photographe sarinois. L'homme, âgé aujourd'hui de 45 ans, est accusé d'avoir filmé à leur insu des dizaines de femmes dans des poses intimes, ou lors d'actes sexuels dans le cadre de shootings entre 2010 et 2014.
Le prévenu a reconnu avoir filmé secrètement les rapports sexuels, mais conteste les accusations de viol, de contrainte et d'abus de la détresse. Ses avocats ont débuté leurs plaidoiries en affirmant que leur client devait être jugé par rapport au droit, et non à la morale. Ils sont revenus sur des extraits de vidéos où il n'y a selon eux ni violence physique, ni violence psychique, et où certaines femmes disent parfois oui aux avances du photographe.
"Il m'a fallu 7 ans pour comprendre"
Le procureur et les avocats des plaignantes ont de leur côté insisté sur le mobbing et le harcèlement sexuel massif dont ont été victimes ces femmes, décrites comme jeunes et fragiles pour la plupart. Ils ont souligné l'ascendant du photographe sur ses proies ou encore le mécanisme d'emprise qu'il exerçait sur elles: elles n'étaient alors plus en mesure de dire "non".
Mardi, une dizaine de plaignantes ont notamment évoqué le stress post-traumatique, les idées suicidaires ou encore les blocages dans leur vie intime qu'elles subissent encore aujourd'hui. Plusieurs ont gardé le silence de nombreuses années, avant d'avoir été contactées par la police suite à une première plainte déposée en 2015 à la police neuchâteloise. "Je pense qu'il m'a fallu 7 ans pour comprendre qu'il n'était pas normal qu'un homme de 38 ans touche une fille de 17 ans", a par exemple expliqué l'une d'elles.
"Prédateur" au sang glacial
Resté de marbre durant quasiment toute l'audience, répondant presque uniquement par "Oui, monsieur le président" ou "Non, monsieur le président", le prévenu a éclaté en sanglots lorsque la fille de son ex-compagne a demandé à le voir en face. Cette dernière a elle aussi été filmée à son insu lorsqu'elle avait 14 ou 15 ans. Il s'est ensuite excusé auprès de la victime et de sa mère, en reconnaissant qu'il avait brisé cette famille.
"Ce n'est pas une affaire de consentement, mais de bri de toutes les résistances", a souligné le procureur général fribourgeois qui a conclu en s'adressant ainsi à la Cour. "Vous avez devant vous un prédateur. Vous devrez le juger en tant que prédateur".
Les avocats de la défense plaident pour une peine de moins de deux ans, avec sursis, pour violation du domaine secret au moyen d'un appareil de prise de vues. Le verdict sera rendu à la fin janvier. Certains frais seront prescrits dans quelques semaines.
Voir le sujet de La Télé sur la première journée d'audience: