Le sel de route protège mais pollue: alternatives testées
Chaque hiver, 4000 tonnes de sel sont déversées sur les routes fribourgeoises. Toxique pour la nature, ce traitement pousse les communes à innover.

Les saleuses sillonnent depuis quelques jours les routes du canton de Fribourg. Un ballet hivernal indispensable à la sécurité des automobilistes, notamment, mais qui pose question d'un point de vue environnemental. Avec plus de 4000 tonnes de sel répandues annuellement sur les seules routes cantonales, selon La Liberté, l'impact sur la flore locale n'est plus négligeable.
"Si on a trop de sel, ça peut faire des dommages sur les tissus de plantes. Les feuilles deviennent blanchâtres, et ça influence fortement le développement des plantes. Ça peut causer la mort de plantes en cas de forte concentration de sel", explique Gregor Kozlowski, botaniste et directeur du jardin botanique de l'Université de Fribourg. L'accumulation de chlorure de sodium affecte particulièrement les milieux urbains et les axes très fréquentés. Les arbres, qui vivent longtemps, subissent une atteinte répétée année après année.
Le scientifique relativise toutefois l'ampleur du problème: "Bien sûr, c'est un problème relativement mineur, en comparaison d'autres problèmes environnementaux."
Face à ce constat, les services de voirie innovent. Des sondes mesurent désormais la température des routes, comme en ville de Fribourg, pour intervenir au moment optimal. Les saleuses modernes, telles que celles utilisées à Romont, adaptent automatiquement le débit de sel à la vitesse du véhicule: moins on roule vite, moins on disperse de produit. Cette commune a ainsi divisé par deux sa consommation, passant de 110-125 tonnes il y a quinze ans à 60 tonnes pour l'hiver 2024-2025.
La saumure, une solution de prévention
Des communes fribourgeoises ont adopté la saumure, un mélange dilué d'eau et de sel. "On utilise de la saumure qui, étant diluée, pénètre dans les pores du revêtement et permet de lutter efficacement contre l'humidité qui se déposerait en premier lieu", détaille François Dunand, responsable de la voirie de la ville de Fribourg. Cette technique préventive retarde la formation de glace et s'avère plus économique: "Mettre du sel sur une plaque de glace demande beaucoup de quantité de sel. Si on empêche la glace de se former dès le départ, c'est beaucoup plus économique."
Le service cantonal des ponts et chaussées a lui aussi adopté cette méthode, réduisant sa consommation de sel d'environ 10% sur les routes cantonales.
Gravier et sable aussi
D'autres solutions sont testées avec des succès variables. À Châtel-Saint-Denis et Bulle, les voiries dispersent du gravier et du sable sur certains tronçons où la neige persiste plusieurs jours. La ville de Fribourg a tenté les copeaux de bois imbibés de sel, expérimentés à La Chaux-de-Fonds, mais en raison de la fonte rapide de la neige, les copeaux finissaient par salir les commerces et obstruer les canalisations.