Les dessous du WEF par une Glânoise ex-proche d'un président

Plongée dans les coulisses du Forum économique mondial avec Michelle Sierro, une Fribourgeoise ex-conseillère de Johann Schneider-Ammann.

Lors de la 48e édition du forum de Davos, Johann Schneider-Ammann et Donald Trump s'étaient entretenus. © KEYSTONE

Entre 2010 et 2018, la Fribourgeoise Michelle Sierro a travaillé en tant que collaboratrice personnelle de Johann Schneider-Ammann. À son compteur, plusieurs éditions du Forum de Davos aux côtés de l'ancien ministre du Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche (DEFR). En 2018 dans la station grisonne, Johann Schneider-Ammann s'entretient notamment avec un certain Donald Trump: la première venue d'un président américain au WEF depuis Bill Clinton en 2000. 

Cela permet en 3-4 jours d'organiser entre vingt et trente rencontres bilatérales.

RadioFr.: Quel est le travail d'une collaboratrice personnelle d'un membre du Conseil fédéral (et président de la Confédération)?

Michelle Sierro: Ça dépend beaucoup du département. Personnellement, j'étais en charge de l'international. Je m'occupais de la planification des voyages, des visites, de l'organisation des rencontres. On détermine l'ordre du jour. On se coordonne avec les différents offices pour savoir quels sont les points à discuter avec le ministre, et on établit un dossier afin que le conseiller fédéral puisse avoir les éléments pour sa rencontre.

Vous avez participé au WEF aux côtés de Johann Schneider-Ammann, qu'est-ce que vous y faisiez? 

Cela permet en 3-4 jours d'organiser entre vingt et trente rencontres bilatérales. Donc éviter autant de voyages! Et même si ces rencontres ne sont pas très longues, elles ont plusieurs objectifs. Elles permettent de faire connaissance, parce que souvent les ministres changent. Elles peuvent être l'occasion de résoudre un problème après de longues discussions...

La Suisse, comme pays hôte, a l'avantage de recevoir. Les ministres auxquels on demandait des entretiens avaient quelques difficultés à nous répondre par la négative.

Tout le monde est à Davos! Un petit exemple, si vous voulez rencontrer les responsables des grandes entreprises suisses, ces personnes devront quasiment utiliser un jour pour venir à Berne. À Davos, cela peut se faire au petit déjeuner. C'est plus simple, et beaucoup de temps gagné pour les conseillers fédéraux. 

Vingt à trente rencontres!

Ces trois à quatre jours sont extrêmement intenses. La préparation est très importante, ces rencontres sont organisées à l'avance. Pour 30 minutes d'entretien, une bonne partie est prémâchée… En amont, il y a peut-être trois, quatre, voire cinq heures de préparation. 

Ce sont de véritables réunions? Ou alors, on se cantonne à faire "tchin-tchin"?

À l'époque, il y avait un problème avec l'aéroport de Bâle-Mulhouse, du temps où François Hollande était Président de la République et Manuel Valls le Premier Ministre. Il y avait une rencontre avec Manuel Valls à Davos.À la fin du WEF, il y a eu la possibilité de rencontrer le Président Hollande à Colmar et de résoudre ce problème. C'était un problème qui durait depuis plusieurs années! Le WEF permet de donner l'impulsion pour faire un pas. Quelquefois, simplement une avancée, et parfois la conclusion d'un problème.

Est-ce qu'il y a deux WEF? Un forum pour les petits pays comme la Suisse et un autre pour les États-Unis, la Chine et les autres grands?

La Suisse, comme pays hôte, a l'avantage de recevoir. Les ministres auxquels on demandait des entretiens avaient quelques difficultés à nous répondre par la négative. Ensuite, assurément, certains pays sont représentés à plus haut niveau que d'autres, ou par des plus grandes délégations que d'autres.

Comme la Suisse possède cette position "privilégiée", vous avez certainement dû vivre des événements marquants, une décision griffonnée sur un coin de nappe? 

Je me souviens d'une fin de soirée, après en tout cas douze heures de rencontre. On était dans notre hôtel et le vice-chancelier allemand qui était à l'époque aussi ministre de l'économie, Sigmar Gabriel, était là également. Les deux ministres de l'économie buvaient une bière au coin du bar, pendant que nous, les collaborateurs personnels, attendions patiemment d'aller nous coucher!

RadioFr. - Nathan Clément
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