Les faîtières réagissent après les droits de douane des USA

Les faîtières suisses ont réagi vendredi à l'entrée en vigueur de nouveaux droits de douanes américains sur les importations suisses. Un certain soulagement pointe dans différents secteurs, mais les incertitudes demeurent.

La Maison-Blanche a annoncé jeudi l'entrée en vigueur dans la nuit de nouveaux droits de douane, de 10% ou 12,5%, visant une soixantaine de partenaires commerciaux. © KEYSTONE

Depuis le 24 février, la Suisse se voyait imposer des droits de douane additionnels forfaitaires de 10% sur ses produits vendus aux Etats-Unis. Arrivée à échéance, cette mesure est remplacée par de nouveaux droits de douane de 12,5%, que les Etats-Unis justifient par le fait que la Suisse ne lutterait pas assez efficacement contre le travail forcé.

"Cette décision n'est ni compréhensible ni justifiée. Elle pénalise des entreprises suisses par rapport à des concurrents de pays auxquels sont appliqués des droits de douane inférieurs, dont l'UE et le Royaume-Uni", regrette la faîtière économique Economiesuisse dans une prise de position.

Economiesuisse "rejette catégoriquement" l'accusation selon laquelle la Suisse n'en ferait pas assez pour lutter contre l'importation de produits issus du travail forcé, citant notamment son interdiction dans la Constitution et la ratification de plusieurs traités internationaux.

"Les nouveaux droits de douane additionnels renchérissent les exportations suisses sans lever les incertitudes", écrit la faîtière. Dans ces conditions, il est "d'autant plus important" que l'enquête en cours, portant sur de "soi-disant surcapacités" dans la production industrielle, "n'entraîne pas de droits de douane additionnels".

Tous les produits auxquels s'appliquent les droits de douane selon la clause de la nation la plus favorisée (NPF) inférieurs à 12,5% seront désormais soumis au droit de douane de 12,5%. Pour les produits dont les droits de douane NPF sont supérieurs à 12,5%, les droits de douane NPF continuent de s'appliquer.

Entre soulagement et prudence

"L'annonce est en ligne avec les scénarios auxquels on pouvait s'attendre. Avec 12,5% sur les montres, le taux est le plus bas depuis avril 2025", remarque Yves Bugmann, président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH). En avril 2025, lors du Liberation Day, l'administration américaine avait imposé des surtaxes douanières de 10%, en plus de la taxe moyenne de 5%, applicable selon la clause NPF. Le taux avait ensuite été relevé, atteignant un plus haut à 39% en août 2025, avant de redescendre à 15% à la faveur de la conclusion d'un accord bilatéral en novembre 2025.

"Le gouvernement américain n'a toutefois pas dit son dernier mot, alors que la surtaxe ne reflète pour l'instant qu'un volet des enquêtes menées pour justifier l'imposition de nouveaux droits de douane", explique M. Bugmann. En effet, les 12,5% ne sont liés qu'aux investigations sur la lutte contre le travail forcé. "Dans notre secteur, les entreprises ont adopté des standards encore plus stricts pour bannir le travail forcé, mais l'administration américaine avait besoin d'un motif".

"Les enquêtes sur les surcapacités de production, dont nous ne connaissons pas les modalités d'évaluation, devraient se terminer de manière imminente et pourraient justifier l'imposition de nouveaux droits de douane", prévient M. Bugmann. "Face à l'incertitude, la prudence demeure".

Désavantage concurrentiel

La faîtière industrielle Swissmem regrette que la surtaxe soit 2,5 points de pourcentage plus élevée pour la Suisse que pour les pays de l'Union européenne, qui bénéficie d'un taux de 10%. "Cette différence constitue un désavantage concurrentiel supplémentaire et, qui plus est, injustifié pour les entreprises du secteur technologique suisse sur le marché américain", écrit-elle.

Quant au travail forcé, "ce reproche est absurde", déclare Jean-Philippe Kohl, vice-directeur et responsable de la politique économique chez Swissmem. "On ne peut pas fabriquer de produits de haute technologie avec du travail forcé".

La faîtière a plaidé pour de nouveaux accords de libre-échange afin de faciliter l'accès de l'industrie suisse à d'autres marchés d'exportation, citant les pays du Mercosur, la Malaisie ainsi que sur le développement de l'accord avec la Chine.

Par ailleurs, elle plaide pour un renoncement à présenter une contre-proposition à la deuxième initiative sur la responsabilité des entreprises. En revanche, une loi suisse spécifique contre le travail forcé n'est pas nécessaire: "Elle ne ferait qu'engendrer davantage de bureaucratie et de réglementation".

Du côté des dispositifs médicaux, on regrette également le désavantage concurrentiel induit par rapport aux entreprises concurrentes européennes. Swiss Medtech a plaidé pour que les conditions d'implantation en Suisse soient améliorées de manière ciblée afin d'atténuer ces déséquilibres. "Cela passe notamment par une réduction systématique des formalités administratives inutiles et par l'absence de nouvelles contraintes pour les entreprises", indique-t-elle.

ATS
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