Redevance: les impacts seront importants pour la SSR

La SSR salue le rejet de l'initiative "200 francs ça suffit!" par le Conseil fédéral, tout en soulignant qu'une baisse de la redevance aura des conséquences.

Gilles Marchand est le directeur général de la SSR. © KEYSTONE

La SSR dit prendre acte de la décision du Conseil fédéral. Interrogé par Keystone-ATS, le directeur général Gilles Marchand souligne tout de même que les impacts seront importants pour la SSR, d'autant plus que "ces mesures sont simultanées au fort recul des recettes publicitaires et au renchérissement dû à l’inflation, qui ne sera plus complétement compensé". La SSR annonce que l'ensemble de ces phénomènes nécessiteront des mesures dès 2025. 

M. Marchand accueille positivement "la position très claire du gouvernement contre l'initiative "200 francs ça suffit!". "Le Conseil fédéral et le conseiller fédéral Albert Rösti vont s'engager contre l'initiative, avec nous. Ils ont pris la mesure du danger que ferait peser ce texte sur la production audiovisuelle suisse, sur l’information, sur les régions".

Un "démantèlement"

L'Union syndicale suisse (USS) critique vivement la décision du Conseil fédéral, qui est en contradiction totale avec la concession en vigueur de la SSR, avec la grande majorité des réponses données en consultation et avec les décisions prises à l'unanimité par les commissions parlementaires concernées.

En voulant couper l'herbe sous le pied à l'initiative "200 francs, ça suffit", le Conseil fédéral prive la SSR de 200 millions de francs et ce à titre purement préventif, critique la faîtière syndicale. La conséquence inévitable de ce "démantèlement" serait un affaiblissement encore plus prononcé, dans son ensemble, du secteur des médias et de la culture en Suisse.

L'autre faîtière syndicale Travail.Suisse ne croit pas non plus que c'est en abaissant le prix de la redevance que "l'on contrera l'initiative populaire". Elle propose plutôt (au Parlement) "de ficeler un solide contre-projet indirect".

Le faux compromis du Conseil fédéral à l'égard de l'UDC met en péril une couverture médiatique de qualité dans les quatre régions du pays, abonde Delphine Klopfenstein Broggini (Vert-e-s/GE). Les Vert-e-s se disent choqués de constater que le conseiller fédéral Albert Rösti "se sert une fois de plus de la voie des ordonnances et qu'il ignore les prérogatives du Parlement".

Une vision partagée par le PS, pour qui affaiblir la SSR est un non-sens. Un service public médiatique fort est une nécessité absolue en démocratie.

Le Syndicat suisse des mass media (SSM) dénonce pour sa part une décision "choquante", qui constitue une "attaque massive" contre l'audiovisuel de service public en Suisse. Ignorant les recommandations des commissions, et sans attendre les débats parlementaires et la votation sur l'initiative "200 francs, ça suffit", le Conseil fédéral prive la SSR de ressources financières considérables, sans nécessité ni justification crédible.

Telesuisse, l'Association des télévisions régionales suisses, ainsi que les radios privées, estiment que la baisse de la redevance ne doit pas se faire sur leur dos. Les mesures d'économies doivent être appliquées exclusivement à la SSR. Cette dernière ne doit pas économiser dans sa collaboration avec les acteurs régionaux.

L'association des professionnels de la création culturelle (suisseculture) a réagi avec irritation au fait que le Conseil fédéral passe outre la majorité des participants à la consultation et n'associe pas le Parlement. Une SSR forte est indispensable pour une création culturelle indépendante et diversifiée dans toutes les régions linguistiques.

Les milieux sportifs ne sont pas en reste. Swiss Olympic regrette la baisse de la redevance, qui devrait se traduire par une couverture médiatique sportive nettement moins importante et moins diversifiée à la SSR.

Pas suffisant pour l'usam

Pour l'Union suisse des arts et métiers (usam), à l'origine de l'initiative "200 francs, ça suffit" avec les Jeunes PLR et l'UDC, la proposition du Conseil fédéral "ne change rien à la double imposition inadmissible des entreprises et n'est que pure cosmétique". La redevance des entreprises reste en effet dépendante du chiffre d'affaires.

En revanche, la réduction générale de la redevance des ménages constitue pour eux un allégement bienvenu, surtout en période de hausse des coûts et des prix. Tant que l'impôt sur les médias ne sera pas complètement supprimé, la faîtière soutiendra toutefois l'initiative "200 francs ça suffit!". Contacté par Keystone-ATS, le comité d'initiative n'a pas encore pris position.

ATS
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