Marie Levrat: "Fribourg est à la traîne"
Fribourg tarde à se doter d'une loi sur les violences conjugales. Le canton repousse l'échéance à 2027. Interview de Marie Levrat.

La députée socialiste Marie Levrat et son collègue Grégoire Kubski ont déposé au mois de juillet une question au Conseil d'Etat pour l'interpeller sur le retard pris dans l'élaboration d'une loi cantonale de lutte contre les violences conjugales. Un texte "prioritaire et urgent" du canton qui ne va clairement pas assez vite pour les deux pensionnaires du Grand Conseil.
Ils s'interrogent sur une prolongation du délai de mise en œuvre jusqu'en septembre 2027. Fribourg - bientôt dernier canton romand à ne pas s'être doté d'une telle loi - a répondu cette semaine. Il évoque la complexité du projet, la nécessité d'attendre les conclusions du rapport du GREVIO et la volonté de produire une loi solide plutôt qu'une loi rapide.
RadioFr.: Qu'est-ce qui vous a poussé à déposer cette question sur les violences domestiques?
Marie Levrat: Il faut savoir que Fribourg est très à la traîne sur la lutte contre les violences domestiques. Face à l'augmentation des cas, on a déposé une motion pour demander la création d'une loi, qui a été acceptée au Grand Conseil en 2025. Et là, on a un Conseil d'État qui demande à repousser cette loi parce qu'il n'a pas mis à disposition les ressources financières nécessaires.
Ce n'est pas un problème politique pour nous. C'est un problème pour les gens sur le terrain, pour les femmes concernées. Le canton de Fribourg est l'un des derniers cantons romands à ne pas avoir de loi sur les violences conjugales, et il repousse encore son adoption. Pour nous, c'est un clair désengagement.
Est-ce la contradiction entre "prioritaire" et "repoussé à 2027" qui vous dérange?
Le canton de Fribourg est de nouveau très en retard. D'autres cantons ont mis en place une prise en charge 24h/24, 7j/7, des victimes de violences conjugales. À Fribourg, on ne l'a pas fait. On n'a pas non plus de loi, et on a un Conseil d'État qui dit que c'est une mesure prioritaire, mais qui ne la traite pas comme telle. Pour nous, c'est un énorme problème, parce que ça a des impacts réels sur la vie des femmes.
Qu'est-ce qui est différent dans les cantons voisins?
On a dix ans de retard sur les premières lois sur les violences conjugales. Le Valais a déjà révisé la sienne. Et derrière une loi, ce n'est pas uniquement un texte légal... c'est aussi des ressources qu'on met en avant, des projets qu'on soutient, une meilleure collaboration entre les organes qui luttent contre les violences domestiques.
La prise en charge des victimes 24h/24, 7j/7 qui se fait en collaboration avec plusieurs cantons, mais pas Fribourg. C'est l'illustration que ces cantons sont en avance. Les choses sont en train de bouger ici. Mais, pour nous, elles bougent encore trop lentement. Les associations font un travail magnifique, mais il manque des moyens financiers, et le canton de Fribourg ne les injecte pas. Il faut aussi rappeler que dans la stratégie de 2018, la création d'une unité de gestion des victimes au sein du HFR était marquée comme prioritaire. Cette unité a finalement été mise sur pied en 2025. Pour nous, ce n'est pas digne d'une mesure prioritaire et on n'aimerait pas que ça se reproduise avec la loi.
Le gouvernement vous a répondu cette semaine en disant, en substance, que faire une bonne loi, ça prend du temps. Vous l'entendez?
Que ça prenne du temps, je le comprends. Il faut faire une loi, même si on peut s'appuyer sur ce qu'ont fait les cantons voisins. Ce que je n'arrive pas à entendre, c'est que le gouvernement explique que cette loi doit être créée sur la base des EPT déjà octroyés au Bureau de l'égalité, et que ce bureau doit délaisser certaines tâches pour y arriver. La lutte contre les violences domestiques vaut plus que les tâches usuelles de l'État. On l'a vu avec la pétition lancée par le PS suisse, qui a récolté de nombreuses signatures. C'est devenu un sujet hyper important pour la société. Le Conseil d'État ne fait que répéter que c'est une priorité. Mais, dans les faits, il n'en fait pas une.
Quelle est la suite pour vous?
Ma priorité, c'est que cette loi sur les violences conjugales soit établie, publiée et qu'on puisse en traiter au Grand Conseil. Ça va être un gros travail. Il faudra réfléchir aux moyens mis en œuvre, pas seulement au projet. Mais en parallèle, il va falloir renforcer la prise en charge par les maisons d'accueil, et toute la chaîne de protection des femmes: la police, la justice de paix, Solidarité Femmes. On a énormément d'associations qui travaillent sur le terrain et font un travail remarquable. Il faut leur donner les moyens de le faire comme elles le voudraient.


