Ce que les statistiques sur la violence domestique oublient
La police intervient presque deux fois par jour dans le canton pour des violences domestiques. Une partie des cas n'apparaît dans aucune des statistiques publiées la semaine dernière par l'OFS.

L'Office fédéral de la statistique a publié la semaine dernière une version à jour de ses données en matière de violence domestique enregistrée par la police entre 2009 à 2025. 22'066 infractions enregistrées l'an dernier, contre 16'055 en 2009. La violence se concentre d'abord dans le couple, qui représente 49,4% des cas, puis dans l'ex-couple, avec 29,6% des infractions.
Mais que valent vraiment ces chiffres? À Fribourg, la police cantonale constate également une hausse des infractions entre 2009 et 2026. Passées de 500 à 872, elles restent fluctuantes et difficiles à interpréter. Sur une moyenne, la hausse est de 5% par an selon les chiffres de la police (ndlr: l'augmentation n'est pas linéaire).
Pas tout n'est comptabilisé
Interrogé sur le sujet, Martial Pugin, chef de la communication et prévention à la police cantonale, tenait d'abord à préciser: "Dans le cadre des violences domestiques, ce qu'il faut savoir, c'est que la police intervient près de deux fois par jour. C'est assez énorme. C'est assez inquiétant pour le canton de Fribourg."
"On a aussi une certaine libération de la parole, répond celui qui est interrogé sur la hausse des cas dans le canton. Il ne faut pas oublier que le canton a une augmentation de sa population régulière ces 10-15 dernières années. Plusieurs éléments peuvent expliquer, mais on n'a pas fait d'étude là-dessus."
Mais toutes les interventions des forces de l'ordre ne sont pas transférées dans les tableaux de l'OFS: "Si nous sommes en présence d'une altercation entre deux personnes où il n'y a pas eu de coups échangés, il n'y a pas eu de menaces proférées, ça n'est pas encore constitutif d'une infraction."
Des femmes privées de prestations
Martine Lachat Clerc, directrice de Solidarité Femmes Fribourg - Centre LAVI, observe une dynamique similaire depuis le terrain. Elle aussi se montre prudente sur l'interprétation des chiffres policiers, mais confirme la tendance.
"On a aussi une augmentation depuis les années 2009-2010 qui est assez drastique. Après, depuis 2022-2023, c'est plutôt stable, avec un gros pic de besoin d'hébergement de protection en 2024."
Sur les statistiques qui concernent la violence selon le type de relation, elle confirme également: "J'ai exactement les mêmes statistiques. D'abord en couple, avec une accentuation de la violence au moment de la séparation. Et puis une violence qui se poursuit après la séparation."
Martine Lachat Clerc tient à souligner ce que les chiffres ne captent pas: la violence psychologique, le contrôle coercitif, la violence économique n'existent tout simplement pas dans les statistiques policières et n'ouvrent pas non plus le droit aux prestations légales.
"La violence psychologique, la violence économique, c'est très souvent la base. C'est très souvent comme ça que commencent les violences plus graves. Ça s'installe dans un processus. Le contrôle coercitif n'est pas une infraction. La violence domestique n'est pas une infraction en tant que telle! La violence économique non plus. Et on ne peut pas offrir à ces femmes les prestations prévues par la loi sur l'aide aux victimes."


