Manif anti-G7: "Tout à coup, c'était le chaos"
A Genève dimanche, une Fribourgeoise raconte avoir été prise dans des tirs de gaz lacrymogène. Des critiques s'élèvent contre la réponse policière.

Ce lundi, Maya* n'a plus les yeux rougis par les gaz lacrymogènes, mais les traces de la veille sont encore là. "J'ai très mal dormi", souffle devant nous cette étudiante fribourgeoise de 21 ans. La voix un peu rauque, elle revient sur la manifestation anti-G7 de Genève. Une journée qu'elle était venue vivre au nom de la Grève féministe, et qui s'est terminée pour elle au milieu des gaz lacrymogènes et de la dispersion du cortège.
La jeune femme décrit d'abord une mobilisation festive. Arrivée en début d’après-midi, elle rejoint le cortège avec quatre amis et se mêle à un groupe de musiciens. "L'ambiance était super. On chantait, on dansait. Je me sentais en sécurité à ce moment-là." L’atmosphère reste sereine pendant une partie du parcours imposé par les autorités genevoises, qui ont chapeauté un dispositif de sécurité exceptionnel.
Le climat se tend sérieusement lorsque le cortège approche de la gare. Maya aperçoit alors des policiers lourdement équipés. "Là, il faut qu'on reste ensemble, ça commence à être chaud", se souvient-elle avoir entendu autour d'elle.
Les premières fumées apparaissent. "J'ai reçu du gaz lacrymogène en plein sur moi. Trois tirs ont atterri à mes pieds, un m'a touchée au niveau de la tête." Asthmatique, elle dit avoir perdu ses repères. "Je n'arrivais plus à respirer, je n'arrivais plus à ouvrir les yeux, je ne savais plus où j'étais." Elle raconte avoir été aidée par un manifestant, qu'elle identifie comme appartenant au black bloc, un groupe informel de militants généralement vêtus de noir et masqués.
La police décide alors de scinder le défilé en deux, signalant qu'il n'est plus autorisé. "Tout à coup, c'était le chaos. Il y avait des policiers partout, ça criait. C'est la partie que j'ai le moins bien vécue, parce qu'on a été séparés du reste du groupe et de cette bonne ambiance." Alors qu'ils ont effectué un tour presque complet du tracé, Maya et ses amis quittent les lieux dans la soirée pour rejoindre la gare et rentrer à Fribourg.
Des images de Maya prises lors de la manifestation:
"Disproportionnée et arbitraire"
La réponse policière a suscité de vives critiques de la part du collectif No G7 et de plusieurs partis politiques. La Grève féministe a dénoncé dans un communiqué une réponse policière "disproportionnée et arbitraire" concernant l'utilisation de gaz lacrymogène. Des réactions s'élèvent aussi contre la nasse qui a retenu des centaines de personnes pendant la nuit.
Maya partage ce constat. "C’est la première fois que j’ai ressenti que la police était contre moi", confie-t-elle. "La cible, c'était nous." La jeune femme affirme ne pas avoir compris, sur le moment, les raisons du recours aux gaz lacrymogènes et aux moyens de dispersion. "Nous n'avons pas été avertis."
Les autorités genevoises ont souligné de leur côté la présence d’environ 600 black blocs et des dégâts matériels commis durant la manifestation. "On en a vu, mais c'est vrai qu'on ne s'est pas vraiment attardé sur eux", témoigne Maya. La Fribourgeoise estime néanmoins que les auteurs des déprédations poursuivaient une démarche politique. "Ils étaient là pour revendiquer quelque chose, pas juste pour casser", avance-t-elle.
Dans un entretien accordé au Temps, la cheffe du Département genevois des institutions et du numérique, Carole-Anne Kast, défend que l'action policière a été "très proportionnée". Au total, 549 personnes ont été contrôlées dimanche. Trois personnes ont été arrêtées.
Voir l'interview de la Télé avec la Grève féministe Fribourg:


