"Mobilisation partielle" en Russie

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé mercredi une "mobilisation partielle" des Russes en âge de combattre, soit 300'000 réservistes, ouvrant la voie à une escalade majeure dans le conflit en Ukraine.

L'Occident essaie de "détruire" la Russie, accuse Vladimir Poutine. © KEYSTONE/AP
Pendant ce temps sur le terrain, une femme âgée nettoie les débris de verre de l'entrée de son appartement dans un immeuble résidentiel qui a été endommagé après une attaque russe à Kharkiv, © KEYSTONE/AP/Leo Correa
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Il a aussi laissé entendre qu'il était prêt à user de l'arme nucléaire pour défendre la Russie face à l'Occident, qu'il accuse d'être déterminé à détruire son pays.

"Ce n'est pas du bluff", a martelé, la mine grave, M. Poutine, accusant les pays occidentaux de vouloir "détruire" la Russie, d'avoir recours au "chantage nucléaire" contre elle et signifiant ainsi qu'il était prêt à utiliser l'arme nucléaire. "J'aimerais rappeler (...) que notre pays aussi possède divers moyens de destruction, dont certains sont plus modernes que ceux des pays de l'Otan", a déclaré le président russe.

"J'estime nécessaire de soutenir la proposition (du ministère de la Défense) de mobilisation partielle des citoyens en réserve, ceux qui ont déjà servi (...) et qui ont une expérience pertinente", a déclaré M. Poutine dans une allocution télévisée enregistrée.

"Le décret sur la mobilisation partielle est signé" et entrera en vigueur "aujourd'hui" mercredi, a ajouté le président russe.

"Nous ne parlons que de mobilisation partielle", a-t-il affirmé, alors que des rumeurs sur une mobilisation générale couraient ces dernières heures.

25 millions de "mobilisables"

Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, cela représente 300'000 réservistes, soit "un peu plus de 1%" du nombre de personnes mobilisables dans le pays, estimé à quelque 25 millions de personnes.

Ces renforts seront déployés pour "consolider" et "contrôler" les arrières, le long d'"une ligne de front qui fait plus de 1000 kilomètres" dans le sud et l'est de l'Ukraine.

Cette décision intervient alors que les forces ukrainiennes ont mené une série de contre-offensive en septembre, forçant en particulier à la retraite l'armée russe dans la région de Kharkiv (nord-est de l'Ukraine).

Reste à voir comment l'armée russe pourra accueillir, entraîner et équiper ces centaines de milliers de personnes, alors que son offensive en Ukraine a révélé de graves difficultés logistiques.

5937 tués russes

M. Choïgou a reconnu par ailleurs un bilan de 5937 soldats tués depuis le début de son offensive fin février, un bilan largement en deçà des estimations ukrainiennes et occidentales.

Le dernier bilan annoncé par le ministère de la Défense russe faisait état fin mars de 1351 soldats tués.

Face à "la menace" représentée selon Vladimir Poutine par "le régime nazi de Kiev" et "la machine de guerre de l'Occident", "nous utiliserons certainement tous les moyens à notre disposition pour protéger la Russie et notre peuple", a averti le président russe mercredi, faisant clairement allusion aux armes nucléaires.

La menace résonne d'autant plus fort que des référendums d'annexion par la Russie sont prévus dans quatre régions ukrainiennes à partir de vendredi. Or la doctrine militaire russe prévoit la possibilité de recourir à des frappes nucléaires si des territoires considérés comme russes par Moscou sont attaqués.

"Le but de l'Ouest est d'affaiblir, de diviser et de détruire la Russie", a lancé le président russe dans son allocution télévisée.

Selon lui, l'Occident souhaite "supprimer les centres de développement souverains et indépendants" dans le monde pour se renforcer.

"Les objectifs de l'opération militaire ont été et restent inchangés", a enfin dit M. Poutine.

La Russie a lancé son offensive en Ukraine en affirmant vouloir y défendre les populations russophones opprimées par un pouvoir "nazi" et pour démilitariser le pays.

Signe de faiblesse

L'annonce par Moscou de la mobilisation partielle en Russie et de référendums d'annexion de territoires ukrainiens est un "signe de faiblesse, de l'échec russe", a estimé mercredi l'ambassadrice américaine en Ukraine Bridget Brink.

"Des référendums simulacres et une mobilisation sont des signes de faiblesse, de l'échec russe", a écrit Mme Brink sur Twitter tout en assurant que son pays allait continuer à "soutenir l'Ukraine aussi longtemps qu'il le faudra".

Le ministre britannique de la Défense Ben Wallace a aussi estimé que la mobilisation partielle constituait un "aveu d'échec" illustrant que l'Ukraine "est en train de gagner". Pour Berlin, il s'agit d'une mesure "grave et mauvaise".

L'opposant emprisonné du Kremlin Alexeï Navalny a critiqué cette mesure, estimant qu'elle mènerait à "une énorme tragédie et une énorme quantité de morts".

ATS
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