Mort de Lyhanna: Paris durcit sa réponse judiciaire

Sous la pression de l'affaire Lyhanna, l'exécutif français veut accélérer le traitement des crimes contre les enfants et renforcer les sanctions.

Une banderole sur laquelle on peut lire « Lyhanna, trop d'injustice » lors d'une manifestation devant le palais de justice de Montpellier, dans le sud de la France, le 8 juin 2026. Plusieurs organisations féministes et de défense des droits des enfants ont appelé à manifester pour dénoncer la justice suite au meurtre de la jeune fille Lyhanna. © KEYSTONE

Le gouvernement français a présenté mardi ses premières mesures pour tenter de répondre à la colère et à l'immense émotion suscitées dans le pays par la mort d'une collégienne de 11 ans, Lyhanna.

Cette affaire a suscité une vive polémique sur l'efficacité de la lutte contre la pédocriminalité et les moyens fournis à la justice. Dans plusieurs villes de France, plus de 60'000 personnes ont manifesté lundi soir pour exprimer leur courroux.

Le premier ministre Sébastien Lecornu, qui a réuni pendant une heure et demie plusieurs ministres, a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement.

Concernant les crimes contre les enfants, les actes d'enquête devront être effectués "dans un délai maximal de 3 mois", a également proposé le chef du gouvernement. Une mesure qui répond à l'inaction de la justice face au principal suspect dans la mort de Lyhanna dans le Gers (sud-ouest), Jérôme B. qui, avant ce drame, avait fait l'objet de plusieurs plaintes et signalements.

Certaines plaintes avaient été classées sans suite, mais l'une d'elles, déposée en août 2025, n'avait pas été suivie d'actes d'enquête suffisamment rapides. Il n'avait été ni entendu ni placé en garde à vue. L'homme de 41 ans a été inculpé et écroué la semaine dernière dans l'affaire Lyhanna.

D'autres mesures sont "en cours de finalisation", et toutes seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en Conseil des ministres il y a une dizaine de jours et qui sera examiné par le Parlement en juillet.

"Je ne comprends pas"

"La justice n'a pas fait son travail, je ne comprends pas pourquoi il faut attendre aussi longtemps", a déclaré la mère de Rosa, une enfant de 10 ans, qui accuse Jérôme B. de viol.

Retenant ses larmes, lors d'une conférence de presse à Toulouse (sud-ouest), elle a interpellé le gouvernement. Car elle avait déposé une plainte en août 2025 qui n'a débouché sur aucune convocation du suspect et qui n'a pas été suivie d'actes d'enquête suffisamment rapides.

L'avocat de la mère de Rosa a annoncé vouloir poursuivre l'Etat pour "faute lourde" et saisir la Cour de justice de la République contre le garde des Sceaux Gérald Darmanin.

Bien qu'il ait rapidement reconnu des "dysfonctionnements accablants", le ministre de la Justice a exclu de démissionner. Et il a ordonné que soient passées en revue d'ici au 14 juillet les 70'000 plaintes actuellement dans les tribunaux qui impliquent des enfants.

Dans un courrier à ses ministres rendu public lundi soir, Sébastien Lecornu avait souligné "l'effroi" mais aussi "une incompréhension sur les circonstances" du décès de Lyhanna.

"Discrédit"

Le gouvernement, et singulièrement Gérald Darmanin, sont sur une ligne de crête. Ils doivent tenir compte de l'émotion sans se mettre à dos l'ensemble de l'institution judiciaire.

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), organe garantissant l'indépendance de l'autorité judiciaire en France, a ainsi déploré le "discrédit jeté sur des milliers de magistrats", répondant aux critiques sur le traitement de l'affaire et son "instrumentalisation".

"Dans ce cas très précis, il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs", avait insisté M. Darmanin lundi à l'issue d'une réunion avec les procureurs généraux.

Plusieurs procureurs décrivent cependant à l'AFP un système judiciaire sous tension extrême, ployant sous l'accumulation de dossiers où distinguer "une super-priorité parmi les priorités" devient difficile.

En 2025 et 2026, les parquets ont reçu des dizaines de circulaires, assignant des objectifs variés - narcotrafic, violences intrafamiliales, atteintes aux élus ou à l'environnement - qui s'accumulent sans toujours être accompagnés des moyens nécessaires.

Franck Rastoul, procureur général d'Aix-en-Provence (sud) décrit un volume de procédures "considérable" à l'échelle nationale: "on est à 3,6 millions de procédures". "Il faudra (...) regarder dans le détail pour dire, celle-là, on va la considérer comme encore plus prioritaire que d'autres", explique le magistrat.

"Il faudra prioriser encore plus ces procédures, y compris si ça entraîne, évidemment, un traitement en mode dégradé pour d'autres"..

ATS
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