Nadine Gobet: "Voter oui juste pour le signal est un danger"

À un mois de la votation, la conseillère nationale PLR veut croire que les arguments rationnels l'emporteront sur l'émotionnel.

L'élue à Berne mène aussi campagne en tant que directrice de la Fédération patronale et économique. © Keystone

RadioFr: Tous les partis sauf l'UDC combattent l'initiative de l'UDC "Pas de Suisse à 10 millions". Mais pour l'instant, partisans et opposants sont au  coude-à-coude dans les sondages. Vous n'arrivez pas à convaincre?

Nadine Gobet: L'UDC a commencé sa campagne il y a un certain temps déjà. Elle a une longueur d'avance par rapport à son argumentation. A nous d'aller sur le terrain maintenant. Il y a encore du travail, je le concède, mais il nous reste encore un mois pour nous mobiliser afin que la population puisse voter en toute connaissance de cause. Car la proposition de l'UDC, simpliste, peut être séduisante. Le chiffre de 10 millions peut être rassurant. Par contre, ce que cela implique en termes de contingents et d'impact sur la qualité de la vie et la prospérité, ce sera cher payé. J'ai bon espoir qu'en expliquant clairement les conséquences d'un oui à cette initiative, on arrive à convaincre.

Tout comme le parti au niveau national, la section fribourgeoise du PLR s'est clairement prononcée contre cette initiative fin avril. Mais les derniers sondages montrent qu'environ 4 sympathisants PLR sur 10 seraient prêts à voter pour. Comment expliquez-vous ce décalage?

Je pense qu'il y a une partie émotionnelle, liée aux conséquences de la croissance. Il y a cette perception, on se dit, oui, j'aimerais mieux ne pas être serrée le matin quand je prends le train, j'aimerais mieux ne pas avoir de bouchons sur l'autoroute, j'aimerais qu'il y ait plus de logements. Mais au final, je pense que les sympathisants du PLR, seront rationnels. Beaucoup finiront par voter non, s'ils prennent en considération les conséquences de cette initiative par rapport à nos relations futures avec nos voisins européens, par rapport à la situation dans les domaines de l'hôtellerie ou de la construction. L'Union européenne est notre principal partenaire commercial. Aujourd'hui, on a besoin de stabilité et de sécurité.  

Vous ne vous sentez pas déconnectée de votre base?

Ces constats, je ne les conteste pas. Mais là où on n'est pas d'accord avec l'UDC, ce sont les solutions proposées face à ces saturations. Il faut qu'on investisse dans les infrastructures, les routes ou les trains. Il faut qu'on réfléchisse différemment par rapport au logement. Il faut peut-être accélérer les procédures, permettre de lever des oppositions plus facilement, il faut aussi procéder à de la densification. Ces mesures sont en route, on n'a pas attendu cette initiative pour y réfléchir.
Vous êtes très engagée dans cette campagne, dans les médias, via votre casquette de conseillère nationale ou de directrice de la Fédération économique et patronale. Redoutez-vous que le "oui" l'emporte?
Ce qui est sûr, c'est que ce sera serré. Comme je le disais, nous avons encore un peu de temps pour expliquer les enjeux. Mais il y a effectivement une chose qui m'inquiète: j'entends certaines personnes dire «Je sais que cette initiative n'est pas la bonne solution, que l'immigration n'est pas la cause de tous les problèmes. Mais c'est pour donner un signal aux politiques.» C'est dangereux. On est en train de jouer avec le feu. Parce que si cette initiative passe, des mesures devront être mises en place, assez rapidement, des contingents, cela fera de la bureaucratie, ce n'est pas ce qui va faciliter l'esprit d'entreprise. Si les gens viennent travailler en Suisse, c'est parce qu'il y a des employeurs qui ont des places de travail qu'ils n'arrivent pas à honorer avec des travailleurs suisses, et ils ont besoin, pour compléter, d'une main d'œuvre étrangère. 
Le PLR ne met pas d'argent directement dans cette campagne. Pourquoi ne pas financer plus d'actions vu l'indécision d'une partie de la population?
Je ne crois pas que c'est une question d'argent. Encore une fois, je pense qu'il faut bien expliquer les enjeux, rappeler qu'il ne suffit pas de fixer une limite et puis de mettre la Suisse sous cloche pour que tout se passe bien à futur. Les élus PLR sont très présents sur le terrain, mais aussi sur les réseaux sociaux. Mettre 100'000 de plus ne changera pas beaucoup les choses. 
RadioFr. - Maëlle Robert
...