Où vivent les élus de la ville de Fribourg?
Deux grands quartiers de Fribourg sont largement sous-représentés au Conseil général de la ville. Analyse et décryptage de la représentativité politique par les quartiers.

Où habitent les 80 membres du Conseil général de Fribourg? Où habitent les cinq membres du Conseil communal? Est-ce que les douze quartiers que compte Fribourg sont tous représentés au parlement de la ville? Certains quartiers sont-ils les bastions d’un parti en particulier?
On décrypte le législatif et l’exécutif de la capitale sous l’angle de la territorialité.
Deux grands quartiers sous-représentés
Ce qui frappe en analysant les données, c’est de constater que l'un des plus grands quartiers de Fribourg est largement sous-représenté. Jura-Torry ne compte que deux élus au Conseil général, l’UDC Alban Kolly et le socialiste Pierre-Alain Perritaz.
Deux élus sur 80, cela signifie que ce quartier pèse pour 2.5 % dans le Conseil général, alors qu’il compte plus de 6’000 habitants, soit environ 16 % de la population. Selon les données de 2023 de la ville de Fribourg, la cité des Zaehringen avait une population de 38’500 personnes.
Comment expliquer cette sous-représentation? "Je pense que notre quartier est surtout un quartier dortoir", explique Pierre-Alain Perritaz, un des deux seuls représentants du Jura-Torry au législatif.
"Difficile de donner une explication, mais cela peut dépendre des associations de quartiers, d’un milieu associatif plus ou moins dynamique qui peut influencer les résultats", réagit Jean-Pierre Dorand, historien, auteur du livre Fribourg, histoire du quartier Jura-Torry-Miséricorde. "Cela dépend aussi si le parti de la ville a, ou non, des sections de quartier, plus ou moins dynamiques."
Une sous-représentation qui interroge
Le quartier du Schoenberg souffre lui aussi d’une importante sous-représentation. Le quartier compte treize élus – de tous les partis sauf des Verts et de l’UDC – soit 16% des élus du parlement de la ville.
Or, le Schoenberg compte plus de 9'000 habitants. Près d’un quart de la population de la ville de Fribourg y vit. "Cette sous-représentation au Schoenberg est historique", constate François Yerly-Brault, co-chef de groupe des Verts, "de même que la surreprésentation du Bourg."
Denise de Matos, élue socialiste et habitante du Schoenberg explique en partie cette sous-représentation par la composition socio-culturelle des habitants du quartier. "Il y a une importante population qui est issue de la migration au Schoenberg, tout comme au Torry."
Cette sous-représentation interpelle et questionne l’élue socialiste: "L’école de la Heitera au Schoenberg accueille toujours plus d’élèves et manque de place depuis des années. Elle devrait être rénovée et agrandit. Quand on voit que l’école de la Vignettaz a été agrandie, je ne suis pas sûre que c’était le plus urgent à faire."
Deux petits quartiers ne sont pas du tout représentés au législatif. Il s’agit du Palatinat, au nord-est de la ville, surtout connu pour la BCF Arena, et des Places en centre-ville, zone surtout commerciale et administrative. Ensemble, ces deux quartiers comptent un peu plus de 1'000 habitants.
Les explications des partis
Comment les partis politiques analysent-ils cette sous-représentation? "Nous essayons dans la mesure du possible d’avoir des candidats répartis dans l’ensemble des quartiers. Nous avions six candidats au Conseil général du quartier Jura-Torry sur les 59 candidats, soit 10% de nos candidatures. Tous les candidats sortants du Centre ont été réélus, sauf un. Nous avons quatre nouveaux entrants. Trois habitent Pérolles et un habite le Bourg", détaille Romain Chesa président section ville de Fribourg du Centre.
Il esquisse aussi une piste pour comprendre ce phénomène: "Il faudrait voir le taux de participation par quartier, mais c’est une donnée qui n’existe pas. Lors de chaque élection on se pose la question de la représentativité, mais à la fin c’est la population qui choisit."
Chez les Verts, François Yerly-Brault livre une analyse qui va dans le même sens. "Nous sommes favorables à une juste représentation des quartiers au sein du Conseil général. Il y a toutefois de nombreux enjeux et obstacles. Dans une démocratie de milice, les catégories socio-professionelles supérieures sont sur-représentées (il faut du temps, des moyens, de la compréhension pour s’engager,) et donc les quartiers où celles-ci sont elles-mêmes sur-représentées, notamment parce que les loyers y sont plus élevés, se voient par conséquent sur-représentés en politique."
Selon Nicolas Tavera du PLR, "la représentativité des quartiers est importante, mais un candidat ne se limite pas à une adresse. Chaque élu doit défendre la ville, je ne crois pas qu’il y ait un problème dans la répartition actuelle."
Des quartiers surreprésentés
A l’inverse, tous les autres quartiers de Fribourg sont surreprésentés au législatif de la ville. Avec 18 élus, Pérolles est le quartier le plus représenté. Plus d’un élu sur cinq (22%) de Conseil général habitent Pérolles, alors que 16% de la population de Fribourg y habite. Gambach-Guintzet est aussi surreprésenté avec onze élus.
Les quartiers du Bourg, le quartier d’Alt et l’Auge sont aussi surreprésentés. "Une autre population habite ces quartiers. Il y a moins de migration et beaucoup de personnes avec un parcours académique qui s’intéressent plus à la politique", analyse Denise De Matos.
Quels partis dans quels quartiers ?
La Basse-ville, qui comprend les quartiers de l’Auge et de la Neuveville, est largement marquée à gauche. Sept des neuf élus des deux quartiers de la basse sont Socialistes ou Verts. Les Verts sont très présents en Basse-ville: sur les onze élus écologistes que compte le Conseil général, quatre vivent en Basse-ville. Les partis bourgeois ne sont représentés que par un élu PLR, alors que l’inclassable Claudio Rugo, membre-président du parti des artistes complète la liste.
Comment expliquer cette forte présence des écologistes en Basse ville? François Yerly-Brault a une explication: "Des figures historiques du parti sont issues de ce quartier, à l'instar de Rainer Weibel."
Les quartier d’Alt (Collège St-Michel, BCU, Belluard) et du Bourg (Cathédrale) sont les deux seuls quartiers où la droite s’impose. Le Bourg est historiquement un quartier huppé.
Où habitent les Conseillers communaux ?
Preuve que le sujet compte, en avril dernier, au moment réagir à la nouvelle répartition des dicastères, le Parti socialiste écrit, saluant l’accès d’Elias Moussa ou poste de Syndic: "Il est un enfant du quartier populaire du Schoenberg (...)." Elias Moussa habite désormais le quartier de Vignettaz-Beaumont, à l’instar de la Centriste Isabelle Sob.
La socialiste Marine Jordan et la Verte Mirjam Ballmer habitent toutes les deux le quartier d’Alt. Le centriste Simon Murith habite le Bourg.
"Le quartier n’est pas la composante la plus importante pour les électeurs au moment de choisir un exécutif, mais d’avantage le projet politique, la composante gauche-droite", analyse Nicolas Taverna, président de la section ville de Fribourg du PLR.


